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Le dernier ouvrage de Georges Soler est un voyage. C’est une ode aux terres du Roussillon, à l’effervescence Italienne, et la piété Espagnole. C’est aussi une réhabilitation du pape Borgia, politicien rusé pris au piège par les ambitions religieuses, politiques, et personnelles de chacun.

Au rythme des lettres échangées pendant dix années par Joan, Jaume, et Pere, le lecteur est embarqué dans un voyage qui le mène à Rome, Florence, Pise, Perpignan, et jusqu’au Nouveau Monde. Vu à travers les yeux de ces trois jeunes hommes, l’Europe de la Renaissance est bien celle d’un “monde infini ”, expression que nous empruntons à Alexandre Koyré. Drapier, Jaume est envoyé en Italie pour faire fructifier le commerce familial. Il assiste à l’élection du pape Alexandre VI, un pair catalan, qu’il défend malgré les accusations et rumeurs malsaines qui courent sur son compte. Il nous décrit son inquiétude face aux nouvelles doctrines religieuses qui éclosent en Italie. De Mascile Ficin à Pic de la Mirandole, tout en passant par les savants grecs, Jaume manifeste son incompréhension pour le néoplatonisme et les théories kabbalistes. Il aborde aussi l’élan de puritanisme radical incarné par Jérôme Savoranole, condamné par Alexandre VI. Dans un climat de peur, il assiste à la conquête des villes italiennes et du royaume de Naples par Charles VIII, souverain français sans pitié, et aux ambitions grandioses. De l’autre côté de la Méditerranée, Joan et Pere subissent l’occupation française du Roussillon. Les deux frères sont les victimes de ce conflit et assistent en première lignes aux tensions, et aux persécutions.
Nonobstant, la figure centrale de ce roman est Rodrigue Borgia. Élu pape en 1492, Alexandre VI est un homme craint, détesté, raillé. Décrit comme libertin, barbare, sanguinaire, il est accusé d’athéisme. Édige de Viterbe (1465-1532), vicaire général des Augustins écrit à propos du pontificat d’Alexandre VI, que Rome ne connut “ni loi, ni divinité, mais l’or, la violence, et l’empire de Vénus”. Georges Soler entreprend une démystification de ce pape catalan. Il se concentre sur ses actions politiques, et son pontificat marqué par les découvertes de Christophe Colomb, la Reconquista espagnole, et les campagnes de Charles VIII. L’auteur montre Alexandre VI tel qu’il devait être : un stratège, un homme intelligent, un financier, et un animal politique. Souillé par des rumeurs de luxure, d’inceste et de meurtre, la finesse d’esprit de Rodrigue Borgia est souvent oubliée. George Soler s’engage à le réhabiliter. Nous regrettons seulement que le personnage d’Alexandre VI ne soit pas aussi développé que ses actions politiques.
La petite histoire de ces trois Perpignanais s’inscrit dans la grande. Avec passion et intelligence, ils nous dépeignent le tableau de l’Europe à un des moments les plus cruciaux de son histoire. Ils sont les témoins de leur époque, ses acteurs, et ses conteurs depuis la forteresse de Salses, la Loge de Mer, et l’évêché d’Elne. George Soler est un autodidacte, et c’est ce qui le rend si talentueux. Il ressuscite le roman épistolaire tel qu’on le pratiquait à la Renaissance et on pressent chez lui l’inspiration d’un Raymond Lulle avec “Le Livre du gentil et des trois sages”. Il rend hommage au Roussillon et à la Catalogne, dont on a oublié, grâce à Lulle, qu’elle fut la première langue philosophique…

Éliane BEDU
contact@marenostrum.pm

Georges Soler ; « Alexandre VI, le pape Catalan, controverses et réalité » ; Cap Béar éditions ; Perpignan, 08/2020. 285p. 18€.

Retrouvez cet ouvrage sur le site de L’ÉDITEUR

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