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Comment les auteurs depuis les origines du christianisme ont raconté et embelli l’épopée de Madeleine qui conduit l’amie de Jésus jusqu’en Provence et ses restes jusqu’à Vézelay.

La plume du père Jean de Launoy (1603-1678), historien, philosophe, théologien de haute érudition est sans concession lorsqu’il s’agit de dénoncer tout ce qui dans la littérature hagiographique consacrée aux saints est de nature à leurrer et manipuler le grand peuple chrétien. Lorsqu’il examine en 1641 la légende de Madeleine, amie du Christ, témoin de sa résurrection et dont Vézelay et Saint-Maximin-la-Sainte-Baume se sont disputés les reliques pendant des siècles, avec une rage sans pareille, c’est pour dénoncer la tradition, pour lui sans aucun fondement, qui cherche à unifier en une seule femme les trois figures de Marie de Magdala, Marie de Béthanie et la pécheresse évoquée par Luc (36-50). Pour lui Marie de Magdala ne pouvait pas avoir été la sœur de Marthe et de Lazare, et si son corps était quelque part, il n’était certainement pas en Bourgogne ou en Provence mais à l’entrée de la grotte des Sept Dormants à Éphèse comme une tradition ancienne l’attestait.
Jean de Launoy n’est pas, loin s’en faut, le premier à essayer de faire la lumière dans cet imbroglio doctrinal et légendaire où la mauvaise foi se dispute à l’appétit inextinguible de merveilleux. De Madeleine et de sa vie, il existe autant de versions depuis les premiers siècles de l’ère chrétienne jusqu’à nos jours qu’il existe de “corps” de la sainte. Ainsi, si sa tête et sa mâchoire sont à Saint-Maximin, un de ses pieds est à Bude, en Cornouailles britanniques ; un bras à Saint-Maurice d’Angers, l’autre à Dijon ; deux côtes à Saint-Pierre et Saint-Paul à Poitiers, une autre à Marseille, une autre encore à Auxerre. Les autres ressurgiront un jour, nécessairement. Quant à ses cheveux, une partie est à Cysoing, l’autre à Saint-Hilaire de Montilliers. Plus précieux encore, un fragment de peau, l’endroit précis où le doigt du Christ du “Noli me tangere” a touché son crâne, à l’église Sainte-Marie-Madeleine de la Cité à Paris. Sans compter d’autres ossements, ou des fragments, voire des miettes, à Nogent-le-Rotrou, Saint-Martin d’Eppeville et jusqu’à Saint-Pierre d’Erfurt et à Lorch en Allemagne. Madeleine façon puzzle.
François Herbaux examine avec rigueur et bienveillance les éléments du dossier, écoute tous ceux qui ont participé à l’engraissement de la légende, cherche à son tour à démêler le vrai du faux, montre comment, d’une certaine manière, l’amie du Christ ne cesse de s’engendrer chaque fois qu’on remet en question la légitimité de sa vocation évangélisatrice, le bien-fondé de sa mission d’amour en Occident. Comme le dit Lorant Hecquet, libraire fondateur de l’Or des Étoiles à Vézelay, faisant visiter la basilique : “Madeleine n’est peut-être pas là, mais elle est là”. Enquête passionnante, unificatrice.

Jean-Philippe DE TONNAC
contact@marenostrum.pm

Herbaux, François, « Une femme culte : enquête sur l’histoire et les légendes de Marie Madeleine », Gaussen, 10/06/2020, Disponible, 1 vol. (240 p.), 17,00€.

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