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Dieu ou comment s’en débarrasser face au désert spirituel contemporain

Thierry-Dominique Humbrecht, Dieu ou comment s’en débarrasser, Éditions du Cerf, 12/03/2026, 216 pages, 20€

Docteur en théologie et en philosophie, lauréat du Prix de l’Académie française et auteur de nombreux ouvrages, en particulier sur la métaphysique de saint Thomas d’Aquin, la prédication chrétienne ou les diverses questions de société, Thierry-Dominique Humbrecht est ce que l’on peut qualifier de grande pointure de la pensée contemporaine.
Une large somme de connaissances qui lui ont fait aborder maints domaines théologiques et le poussent désormais à débroussailler le contexte religieux ambiant fait d’autant de malentendus que de fausses évidences.
Dans un précédent livre, l’Évangélisation impertinente, visant à approfondir le débat sur l’identité contre-culturelle du christianisme, le dominicain avait sensiblement ébauché le sujet.
Il y revient avec force, arguments à l’appui dans cet ultime ouvrage au titre choc de Dieu ou comment s’en débarrasser.
Pour étayer la manière dont l’homme d’aujourd’hui a pris ses distances avec le divin, il va établir la comparaison avec l’enfouissement des sites archéologiques
Au fil des siècles, les amas de pierres se sont entassés, écroulés, recouverts de terre et de sable, mais dégagés après maints efforts ils sont pourtant réapparus intacts, magnifiques comme du temps de leur splendeur palatiale.
C’est à partir de là, en s’efforçant de transposer cet événement du côté de Dieu que l’auteur va orienter sa réflexion.

Le positionnement ambigu de l’athée occidental

« D’où viennent les recouvrements qui l’ont ainsi enterré et fait oublier ? Ce n’est plus Notre-Dame incendiée, c’est Notre-Dame ensablée. Il faut examiner l’origine et aussi la nature des couches d’enfouissement pour en dégager Dieu. Cela ne signifie pas faire de lui une pièce de musée après restauration, car ce n’est pas une divinité ancienne qui est ainsi exhumée, et il n’a pas besoin de ressusciter, il l’a déjà fait. C’est nous qui risquons de nous dessiller et d’être renvoyés à nos aveuglements. Le sable, c’est nous. »

Un ensablement qui révèle trois couches comme il les énonce dès son introduction. La première est celle de l’athéisme, la plus radicale, celle dont le croyant qui se pique d’évangélisation ou d’apologétique pense se défaire facilement, à coups de ferveur, de générosité ou bien d’arguments, mais qui revient toujours et qui couvre peu à peu la surface de la société. La deuxième couche de sable est une fausse idée de la providence chrétienne, aussi répandue que peu interrogée. La troisième est tout entière contenue dans la vie de l’Église elle-même, entre décisions spirituelles et courage chrétien dans le monde et face au monde. Un dernier volet pour le devenir d’une église en conformité avec le vrai sel du message évangélique comme il l’affirme vertement : « Le risque pour un catholique est plus que jamais d’affadir l’annonce, non pas en renonçant à dire la vérité, mais en contraignant celle-ci dans les limites de la mondanité, du possible plutôt que du nécessaire, de l’implicite, de la diplomatie ecclésiastique ou même des intérêts familiaux. »

Les malentendus sur la providence

En évoquant l’idée d’un athéisme contemporain qui ne cesse de gagner du terrain, l’auteur souligne le positionnement ambigu de l’athée occidental tirant tous les bénéfices d’un catholicisme dont il dit s’être sorti.

 « Le Dieu dont il ne veut plus a tellement fécondé sa culture, approfondi le débat, établi sa dignité de personne humaine (l’idée de personne vient de la théologie trinitaire), élargi le territoire de sa liberté, fondé la distinction politique du temporel et du spirituel, qu’il ne mesure que très incomplètement que ce qui lui permet de sortir du christianisme est cela même que le christianisme lui apporte. »

Si l’athéisme est au regard de l’auteur la façon la plus radicale de se débarrasser de Dieu, elle n’est cependant pas la seule. En deux grands chapitres divisés en petites sections, il va inventorier les divers sujets occultant la question de Dieu en Occident que sont les malentendus sur la providence et l’affaiblissement du discours chrétien par la recherche du consensus.
Pour ce qui est de la providence, sujet explosif parce qu’il mêle divers composants incompatibles comme le souligne l’auteur, il faut se garder tout attribuer à Dieu seul dans la conduction des actions de notre vie, ce qui semble ainsi lui rendre gloire en toutes choses, conduit à tout lui retirer, expérience faite du mal, de l’échec, de son silence.

« Parce que créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, c’est cette autonomie supérieure qui demeure la clef de notre participation à la providence. Une sorte de coopération libre au salut qui est pleinement étayé par le propos de Saint Augustin : Dieu nous a créés sans nous, il n’a pas voulu nous sauver sans nous. »

Un malentendu qui n’a d’égal au regard de Thierry-Dominique Humbrecht, que l’apathie de nombre de catholiques pour l’annonce de l’Évangile. D’où sa mise garde entre le comportement de chrétiens modestes et téméraires qu’il dénonce fermement : « Croire que l’on témoigne du Christ par l’exemplarité de sa vie, mais sans jamais l’annoncer par sa bouche, voilà qui a été possible dans le contexte saturé de chrétienté, mais qui est insuffisant aujourd’hui. Une façon d’inciter l’Église à retrouver un dynamisme salutaire parce que l’implicite nous tue. »
Par-delà l’invitation au courage qu’il propose, c’est dire combien cet ouvrage à contre-courant des idées reçues, suscite autant de pertinence que d’actualité.

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