Cécile Schouler et Sébastien, Nous serons un jour d’été, Les Éditions du Panseur, 09/04/2026, 208 pages, 19€
Après Comme une lanterne sur les ruines, Cécile Schouler continue l’histoire de Cécile et Sébastien dans Nous serons un jour d’été. Sébastien, son premier amour, est décédé d’une overdose alors qu’elle avait 12 ans. Dans ce nouvel ouvrage, elle instaure un dialogue avec lui, par-delà sa mort. Elle évoque sa propre réalité sur une page et publie en miroir sur la page d’à côté autant de bribes d’écrits que ce jeune poète déchiré, qui rédigeait partout et sur tout, lui a transmises.
Cécile et Sébastien, deux mondes intérieurs qui s’interpénètrent…
Cécile nous plonge dans son monde intérieur, où Sébastien est omniprésent, obsessionnel même. Elle nous entraîne dans un univers tragique dans lequel elle tente, à travers différentes approches plutôt décousues, de conceptualiser sa mort tout en la reniant : « Ça ne veut rien dire de mourir ».
Le fait de ne pas arriver à accepter cette disparition l’enfonce dans un isolement profond. Elle met en parallèle le rapport torturé à son corps d’adolescente – elle devient boulimique – avec l’expression des tortures intérieures de Sébastien : « Je fais de ma vie des cotillons de gerbe ». Comme lui, elle vomit, et comme lui aussi, elle prend la plume. En établissant ainsi une nouvelle relation avec lui, elle tente d’apprivoiser son absence dans une communion de leurs univers : « Mes greniers restent pleins de toi », lui assure-t-elle.
Les écrits de Sébastien accompagnent le parcours de vie de Cécile et s’harmonisent avec une partie de son histoire, jusqu’à frôler parfois le mimétisme. Sans domicile fixe, en profonde errance affective et sociale, prostitué, alcoolique et drogué, Sébastien l’a bouleversée très profondément, au point que son parcours douloureux a fini par devenir, quelque part, inspirant pour elle. Inspirant non pas comme un modèle, mais dans le partage amoureux d’un naufrage virtuel, duquel il n’a pas réchappé. Pendant son deuil, elle s’est retrouvée sur le même bateau que lui, par-delà la mort.
… dans une société fracturée
Cécile traverse et s’adapte à la chute sociale de sa mère et de la famille avec une certaine tranquillité et en tout cas beaucoup de recul. Cette situation douloureuse ne la rapproche-t-elle pas encore plus de Sébastien ? Elle partage désormais avec lui la connaissance et la « pratique » de la pauvreté, ainsi que celles de la drogue : « Je flotte dans un silence liquide et patient. Gestes et pensées rident à peine la surface de ma bulle ».
La reprise d’activité de sa mère, son premier appartement et son premier emploi – elle a alors 20 ans – lui font découvrir la sociabilisation. Mais elle s’y jette à corps perdu, multiplie les rencontres sexuelles sans lendemain et comble comme elle le peut une période de sa vie dénuée de sentiments heureux, pleine de tristesse, de rage et de rancœur(s), de dégoût aussi. Pourtant, ce déséquilibre affectif ne nuit pas à sa réussite professionnelle, et la propulse inéluctablement vers Sébastien : « Si je n’avais ni bouche, ni cul, je serais un saint ».
Contrairement à Sébastien, l’alcool et les aventures d’un soir n’auront pour elle qu’un temps.
À 30 ans, c’est la rencontre avec Lui, celui dont elle tombe amoureuse, le père de ses enfants. Et elle connaît enfin l’apaisement de l’esprit et du corps. Lui, c’est un homme sans prénom. Leur mariage revêt pour Cécile l’expression d’une vraie renaissance : « Renaître, ce n’est pas triompher : c’est murmurer sa paix ». Une nouvelle page de sa vie s’ouvre, et Sébastien y tient une nouvelle place.
Cécile et Sébastien ont des styles différents mais tous deux emplis de pudeur et de poésie.
Cet ouvrage porte en lui une grande foi en l’humanité et l’humanisation de notre société. Au-delà de l’histoire d’amour déchirée par la mort, il est un messager pour nous aider à apprendre à briser les barrières d’un monde qui applique les codes bourgeois – même s’il est bien loin d’en atteindre le niveau de vie –, avec le monde de ceux que l’on croise dans la rue, assez souvent sans les regarder. Au-delà de cette belle et profonde histoire, se trouve un message social incontournable et intemporel.