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Cocaïne sans frontières décrypte l’empire mondial d’une poudre blanche aujourd’hui

Alain Delpirou, Cocaïne sans frontières. Enquête sur une drogue mondialisée, Les Éditions du Cerf, 02/04/26, 240 pages, 19,90€

Une chose est de retenir telle ou telle saisie de cocaïne, quotidiennement ressassée par les médias, et d’en constater les méfaits ; une autre consiste à en mesurer l’ampleur à l’échelle internationale et à en remonter jusqu’aux origines.

C’est tout l’attrait de Cocaïne sans frontières : une vaste enquête nourrie par les chiffres, autant que fondée sur l’analyse d’une industrie tentaculaire que rien ne semble pouvoir endiguer. Il faut dire qu’Alain Delpirou, membre de la Société de géographie, n’en est pas à son coup d’essai sur le sujet.

De Cocaïne, histoire mondiale d’une drogue à Coca Coke et Les Cartels criminels, l’auteur a déjà, à plusieurs reprises, exploré la question. Ce parcours donne à son dernier opus le crédit d’un spécialiste, tout en lui permettant d’en embrasser le contenu dans sa totalité. À commencer par l’histoire des débuts de cette drogue, au milieu du XIXe siècle, à une époque où de nombreux botanistes et médecins la considéraient encore comme un remède, une substance aux vertus anesthésiantes, voire un breuvage bénéfique.

Après le lancement, par le pharmacien parisien Angelo Mariani, du « Vin Mariani à la coca du Pérou », en 1871, un médecin américain affirmait ainsi avoir soigné des patients atteints d’asthme grâce aux feuilles de coca.

De la production aux routes d’exportation

Autant de prétendus bienfaits avant que l’État fédéral américain ne procède officiellement au bannissement de ce produit, en 1906. Puis, après avoir brièvement expliqué les différents processus de fabrication de la cocaïne, Alain Delpirou dresse un long historique des pays producteurs.

Ébauchée à partir des années 1940, la culture de la coca n’a cessé de s’étendre dans trois principaux pays d’Amérique du Sud : la Colombie, loin devant depuis les années 1970, suivie par le Pérou et la Bolivie, où les surfaces cultivées atteignent respectivement 250 000, 130 000 et 60 000 hectares. À ces trois pays se sont ajoutés de nouveaux venus, tels que le Mexique, le Guatemala, le Venezuela et l’Équateur, tant les retombées financières attirent des populations souvent démunies.

Ce volet de production évoqué, l’auteur entame ensuite un long chapitre sur les saisies qui, si elles se multiplient à travers le monde, n’empêchent guère le trafic d’augmenter, y compris dans des pays a priori situés hors des routes classiques d’exportation. Tel est le cas de l’Australie, où la consommation de cocaïne, quasi confidentielle jusqu’en 1960, n’a cessé depuis de croître par l’intermédiaire du cartel de Cali, qui acheminait la drogue à travers l’océan Pacifique au moyen des embarcations les plus diverses.

Un trafic constamment réadapté

Ainsi, selon les statistiques de l’OCDE, les Australiens, dès l’âge de quatorze ans, sont devenus les plus grands consommateurs de cocaïne par habitant au monde, suivis par les Britanniques. Un exemple parmi d’autres, qui révèle combien ce produit, transformé dans des laboratoires clandestins puis exporté, suppose une logistique sophistiquée. Sur ce point, l’ouvrage casse l’image simpliste du trafiquant unique et tout-puissant. Le trafic ne se limite pas à une histoire de cartels : outre les producteurs, il implique de nombreux intermédiaires, des réseaux criminels et parfois des complicités politiques ou économiques.

Le plus grave, comme l’indique Alain Delpirou, c’est que, grâce à un trafic constamment réadapté pour contourner les contrôles, en dépit de saisies record, ce marché générant des milliards de dollars ne semble pas près de s’interrompre. Il suffit de constater l’accroissement des bénéfices réalisés en France, ainsi que l’augmentation du nombre de consommateurs. Ainsi, de 250 000 usagers réguliers de cocaïne en 2005, on est passé à 600 000 en 2018, selon les données de SOS Addictions, pour franchir huit ans plus tard la barre des deux millions. Autant de chiffres et d’éléments inquiétants qui, dans l’Hexagone comme dans le monde, attestent des ravages d’une industrie de la cocaïne que tous les plans d’éradication mis en œuvre ne parviennent pas à juguler.

Un état des lieux des plus inquiétants, que l’ouvrage de ce spécialiste éclaire — graphiques et données à l’appui — avec une parfaite clarté.

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