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Émilie Frèche – Les amants du Lutetia

Émilie Frèche, Les amants du Lutetia, Albin Michel, 23/08/2023, 1 vol. (367 p.), 21,90€

Ezra et Maud Kerr forment un couple d’octogénaires connus et reconnus pour avoir brillamment réussi leur vie professionnelle dans le domaine de la publicité. Au soir de leur vie et alors qu’ils sont encore en bonne santé, ils louent pour un soir la suite Eiffel Luxe du palace parisien le Lutetia, y passent la nuit puis, au matin, commandent un petit déjeuner au room service avant de se suicider simultanément en recouvrant leur tête d’un sac de congélation. L’employé venu servir le petit déjeuner commandé les trouve morts quelques minutes plus tard, allongés côte à côte sur le lit, vêtus de leurs plus beaux habits et laissant pour seule explication à leur acte, une lettre destinée à leur fille unique Eléonore.
Cette dernière est l’unique narratrice du roman, la dépositaire principale d’un geste qui la dépasse, la détruit, la dévore. La lettre laissée à son intention, brève, magnifique, soulève chez Eléonore plus de questions qu’elle n’apporte de réponses et le mystère s’épaissit d’autant plus quand elle comprend que le pacte suicidaire conclu par ses parents semble avoir été préparé de longue date.
Peu à peu, avec l’aide de son fils, de son ex-mari, d’un mystérieux homme de confiance engagé par ses parents, Eléonore va avancer à tâtons dans les réalités complexes d’un couple qu’au fond elle connait bien mal, celui de ses parents défunts. Un duo  formant une entité unique, monstre à deux têtes en apparence ouvert sur l’extérieur, sur les fêtes permanentes, les invités, les amis, maîtresses innombrables mais demeurant un coffre fermé à double tour pour qui n’est pas eux, aussi proche soit-il. Modèles de réussite professionnelle insolente, surfant sur la vague de la publicité et de l’argent facile, Ezra et Maud Kerr consacrent leur vie à leur travail, à l’agence qu’ils ont créée et délaissent une enfant qu’ils n’ont pas vraiment désirée. C’est à cette enfant plus que jamais abandonnée que revient d’écrire l’ultime portrait de géniteurs qui n’auront finalement jamais cessé d’être les deux orphelins revenus des camps, un matin de fin de guerre, sous les ors du Lutetia…
Emilie Frèche est une auteure, scénariste désormais installée dans le paysage littéraire français et elle sait composer une histoire et des personnages qui captivent et emportent le lecteur. Au bout de quelques chapitres, on se prend même à jeter un œil aux ultimes pages afin de vérifier s’il s’agit d’une fiction ou bien d’un témoignage personnel. Mais, si elle s’est inspirée de plusieurs histoires réelles, si elle pose en toile de fond de son histoire de grands débats de société comme ici la fin de vie, si elle a grappillé ci et là  des références dans l’actualité des époques ou des lieux décrits (notamment en faisant de la villa d’architecte Les Bulles un véritable personnage de son roman), Emilie Frèche fait bien  œuvre romanesque avec un talent et une aisance remarquables. Les amants du Lutetia sera, à coup sûr, l’un des évènements de la rentrée littéraire 2023.

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On ne s’attend pas toujours à ce qu’un roman nous serre le cœur avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres.

Et pourtant, La Petite Vie d’Antoine Cargoet réussit ce miracle : faire résonner l’universel dans le murmure du personnel. Premier roman d’une maîtrise rare, ce récit retrace, avec pudeur et intensité, l’histoire d’un fils qui, face à la disparition de son père, tente de recoller les morceaux d’une mémoire ordinaire et pourtant essentielle. Rien de spectaculaire ici — juste des instants vrais, une lumière jaune sur un salon, des trajets en voiture, des films partagés en silence.

Coup de maître d’un écrivain discret, La Petite Vie redonne à la tendresse sa pleine place littéraire. Il ne s’agira pas d’oublier ce livre, mais de le garder auprès de soi, comme une photo un peu floue, un peu précieuse.

 

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