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Le peintre célèbre du village voisin entre art et oubli

Blaise Hofmann, Le peintre célèbre du village voisin, Éditions Zoé, 05/03/2026, 256 pages, 19,50€

L’auteur est né dans le village voisin de Pietro Sarto, peintre figuratif et graveur suisse né à Chiasso, petit bourg à la frontière de l’Italie. Il a rencontré Sarto pour la première fois quand il était enfant. L’artiste vit et travaille à Saint-Prex, au bord du lac Leman. À 94 ans, les cheveux blancs et les yeux bleus, un peu voûté et amaigri, il conserve une carrure imposante. Il ne peint plus beaucoup et n’en accepte pas l’idée.

Une technique biographique originale…

Blaise Hofmann, dans cet ouvrage, présente l’histoire de Sarto en jonglant avec les époques, de sa naissance dans l’Italie fasciste à son quotidien actuel, en passant par les Trente glorieuses. Par petites touches, le puzzle de sa vie prend forme. Cette alternance des temps nous fait voyager dans différents lieux – en Suisse mais aussi à Paris où il a fait ses études aux Beaux-arts – et côtoyer de nombreux personnages qui ont été et sont encore importants pour lui. À défaut de pouvoir recueillir la mémoire de Sarto, il a obtenu les témoignages et des photographies de tout son entourage : une des deux femmes de sa vie et ses amis les plus proches, des artistes peintres, des critiques d’art, des galeristes, le président de l’association des Amis de Sarto, etc. Pour mieux étudier son œuvre, il a pu consulter une revue de presse de l’artiste qui remonte à 1987, ainsi que 666 de ses gravures conservées dans un musée.

Ses descriptions, fines, subtiles et détaillées permettent de brosser le portrait d’un artiste dans la société de son époque. Derrière les titres énigmatiques des différents chapitres, surgissent les différentes facettes de la personnalité de Sarto : un homme convivial et chaleureux, qui aime rassembler ses amis à sa table, militant au parti communiste et toute sa vie viscéralement antifasciste, parfois irascible, très sensible aux honneurs, aux prix et aux diplômes, même s’il a du mal à le reconnaître. Sarto a un attrait tout particulier pour l’art « social ». Il aime « inviter l’art là où on ne l’attend pas ».

… qui conduit dans les coulisses de la création

L’exploration de la nature sous toutes ses formes et sous tous les angles, est omniprésente dans son œuvre. La gymnastique du regard devient le creuset de ses créations. Il s’attache à réunir dans un même tableau plusieurs points de vue. Les rencontres avec des cinéastes le poussent à transcrire dans son art les possibilités de la caméra. « Le cinéma éduque son œil ». Dramaturge des nuages, il commence toujours par le ciel. Peintre de paysages et de natures mortes, dans lesquels l’Homme est toujours absent.
Le rapport de Sarto à l’histoire de l’art est important. S’il s’attache à reproduire des tableaux dans les musées, c’est avec l’état d’esprit que la connaissance fait évoluer le passé et lui procure des questionnements pour peindre les matières et agencer les couleurs. La fréquentation des ateliers de restauration complète cette « autoformation ».
La gravure occupe une place prépondérante dans sa pratique artistique. « La gravure est collective, la peinture est solitaire ». Avec des amis, il crée l’Atelier de Saint-Prex, un atelier de taille-douce qui acquiert une réputation internationale. L’auteur s’attache à détailler le monde des papiers et des encres, celui des estampes, autant de matières et de techniques passionnantes et méconnues du grand public.

La question de la notoriété dans le temps

Sarto est un peintre célèbre, consacré et renommé, qui a réalisé de très nombreuses expositions, imprimé des ouvrages avec un grand talent, des affiches aussi, et qui continue de recevoir des commandes qu’il a de plus en plus de mal à honorer. Pourtant, il le sait, le succès est éphémère, et l’oubli arrive très vite. « C’est la loi du remplacement. Si un nouvel artiste se révèle, il faut bien qu’un ancien disparaisse ».
Sarto n’a pas voulu d’enfant et se pose aujourd’hui la question de la transmission de sa maison et de ses œuvres : « Quoi, un musée atelier ? Jamais ! »

Les descriptions de Blaise Hofmann sont tellement belles qu’elles donnent l’impression de visualiser les peintures, les aquarelles, les dessins de Sarto et de rencontrer tous les personnages, après les avoir découverts lentement. Je vous invite à entrer et à vous laisser aller dans cette prose douce, apaisante et profondément nourrissante.

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