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“Rien n’arrête une idée dont le temps est venu !” Le temps, voilà peut-être le fil d’Ariane du dernier essai de Michel Maffesoli, “L’ère des soulèvement”s. Dénonçant les errements d’une Caste en barricade, arc-boutée dans un microcosme consanguin cloisonné, si éloigné du monde réel, l’auteur invite son lecteur à s’interroger sur le sens des révoltes qui grondent et font trembler cette élite déliquescente.
À la faveur de la crise sanitaire, la Caste, essentiellement politique et médiatique, s’est enrichie d’une nouvelle catégorie de courtisans, les scientistes. Se réfugiant aveuglément derrière le savoir scientifique de ces gourous d’un nouveau genre, la Caste serine un refrain anxiogène destiné à “mettre au pas un peuple toujours prompt à se rebeller” : la peur de la mort. Si l’idée de mani(pul)er cette crainte ontologique pour contrôler les populations n’est pas nouvelle, la crise de la Covid-19 lui a conféré une puissance phénoménale, portée par une tribune médiatique ininterrompue. Elle a surtout offert aux gouvernants un répit inespéré après les manifestations contre la réforme des retraites et l’insurrection des Gilets Jaunes. Le décompte macabre, perfusé au quotidien dans les foyers apeurés, renforce le besoin de sécurité et limite les risques de soulèvements. La finitude, pourtant, se vit différemment selon les classes.
Pour les “technoclones” qui constituent la Caste, la mort est une tragédie. Elle marque la fin d’une époque, elle referme une parenthèse. Cette inéluctable fin, la Caste s’y refuse. Elle s’accroche à ses privilèges, à son pouvoir, à ses apparats avec l’obstination pathétique des désespérés. La peur du vide, celle du néant, celle de sa propre fin, la Caste et ses notables ne peuvent s’y résoudre puisqu’ils sont “dans l’incapacité de comprendre la fin du monde qui est le leur”.
Pour le peuple, a contrario, la mort n’est qu’un drame (“drao, trouver une solution”), en cela que la solution se trouve peut-être tout simplement dans l’acceptation de la finitude. De ce point de vue, un schisme métaphysique oppose deux camps irréconciliables. Le peuple “ne se sent plus représenté par ses élites, qui s’accrochent à leur pouvoir et à leurs privilèges”. Alors, il fait sécession et se soulève contre de biens pâles “théâtocrates” endimanchés dans des costumes trop mal ajustés à la réalité de l’époque.
La Caste assiste impuissante, mais sans en avoir vraiment conscience, à sa propre fin et à la gestation d’une ère des soulèvements, qu’elle méprise avec la suffisance souveraine du totalitarisme doux. N’est-ce point précisément l’une des étymologies du mot crise (krisis), le “jugement porté par ce qui est en train de naître sur ce qui est en train de mourir” ? Elle ignore l’émergence de ce nouvel être ensemble qui fait communauté, celle d’un peuple sachant que le “lieu est un lien”. La naissance d’une communauté qui ne tolère plus la “sodomination” qu’elle a trop longtemps consentie ; qui “n’accepte plus de se faire enculer”, pour paraphraser Gilles Deleuze et Félix Guattari. La naissance d’une communauté en révolte contre une oligarchie mondaine qui accapare les pouvoirs puisque, selon elle, le peuple “ignore ce qu’il veut, seul le Prince le sait”. (Hegel).
Le polythéisme des valeurs revendiquées par le peuple en révolte – ce fouillis bordélique, chaotique, antinomique, irrationnel, parfois violent – déconcerte une élite déconnectée et incapable d’accepter le tribalisme postmoderne naissant. Pendant que la Caste cherche à préserver son pouvoir dans des tergiversations comme seule l’énarchie est en capacité d’en produire, la révolte de la puissance populaire gronde “et elle continuera à gronder”. La crise des Gilets Jaunes a illustré l’émergence d’un idéal communautaire en gestation, la recherche d’une “âme collective” et bien saisi que le “lieu fait lien” avec l’occupation hebdomadaire des ronds-points.
Ces ronds-points de la souffrance, de la colère, de la révolte sont autant de trous noirs populaires, optiquement invisibles, occultés par l’horizon des événements, mais happant avec conviction toute la matière de la technostructure. Un espace-temps caractérisé par le rejet le plus fondamental d’une Caste jacobine aveugle et sourde aux revendications des déshérités, des naufragés, des laissés pour compte d’un système moribond.
Avec cet essai aux saveurs pamphlétaires, Michel Maffesoli annonce la fin d’une Caste en déshérence, car “ce qui est sûr c’est qu’une “ère des soulèvements” est en gestation”.

Maffesoli, Michel, assisté de Hélène Strohl, “L’ère des soulèvements”, Le Cerf, “Philosophie, 06/05/2021, 1 vol. (168 p.), 19,00€

Florian BENOIT
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