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Voyage spirituel à travers les lettres sacrées de l’alphabet hébreu

Frank Lalou, Les lettres sacrées de l’alphabet hébreu, Guy Trédaniel, 28/08/2025, 336 pages, 26 €

Frank Lalou, calligraphe hébraïque de renom international, propose un voyage au cœur des 22 lettres de l’alphabet hébreu, envisagées non comme de simples signes linguistiques, mais comme de véritables forces créatrices. Dans la tradition hébraïque les lettres précèdent le Monde. Elles sont les vecteurs, les lieux de passage par lesquels Dieu crée, structure et anime la réalité. L’auteur s’inscrit pleinement dans cette vision et montre que chaque lettre est une énergie, un archétype, un pont entre le visible et l’invisible.

Une méditation guidée lettre après lettre

de l’alphabet hébreu, chacune faisant l’objet d’un chapitre comprenant tout à la fois plusieurs niveaux de compréhension et de propositions pour s’approcher de chaque lettre : la lettre calligraphiée (souvent sous plusieurs formes), son nom, sa valeur numérique (Gematria), sa symbolique spirituelle, ses résonances bibliques et mystiques. Nous trouvons aussi des correspondances avec le corps, le souffle, le temps ou l’espace. La lettre devient souffle, lumière et chemin intérieur. La calligraphie devient ici acte spirituel.

Un livre qui s’appuie sur des sources majeures

Un chemin est proposé au lecteur au cœur de ce beau livre au format de cahier. Beau au toucher comme dans sa facture (des photos, des lettres hébraïques bien sûr, un papier glacé, une belle composition…). Les lettres sont incarnées visuellement, presque contemplatives. La pédagogie est intuitive et, même sans connaître l’hébreu, le lecteur peut entrer dans le livre tant les concepts complexes sont rendus accessibles pour le béotien. L’accent est mis sur l’expérience intérieure plus que sur l’érudition. L’auteur reste fidèle à la Tradition kabbalistique. Frank Lalou s’appuie sur des sources majeures telles que le Sefer Yetsira, la mystique juive médiévale, et la tradition des lettres comme forces cosmiques. Il considère ce livre comme un instrument de passage et de transmission pour les générations, un lieu d’apprentissage où l’on « colle » à nouveau à la réalité spirituelle au fil d’une lecture lente et méditative. Comme dans ce genre d’ouvrage la proposition est subjective. Certaines interprétations relèvent de la sensibilité personnelle de l’auteur ; et l’on pourra soit être étonné et voire en désaccord. Le livre n’est pas une thèse académique mais un ouvrage que l’on s’approprie, que l’on habite devenant un lieu personnel pour devenir et être, pour faire anamnèse de ce qui est caché au plus profond et derrière la lettre.

L’exemple de quelques lettres de l’Alphabet

Prenons l’exemple de quelques lettres pour nous approcher de ce que nous propose l’auteur.

La première lettre de l’Alphabet hébraïque : Aleph (א). Sa valeur numérique est 1. Son sens symbolique dit l’unité (l’Un), le souffle, l’origine silencieuse. Aleph est la première lettre, mais aussi une lettre muette : elle ne produit pas de son propre. Elle symbolise le principe invisible, la source avant toute manifestation. Dans la mystique hébraïque, Aleph représente : l’unité divine, le souffle vital, le point d’équilibre entre le haut et le bas. Elle est la lettre du commencement intérieur, de l’écoute et de l’humilité.

Beth (ב), deuxième lettre de l’Alphabet hébraïque. Sa valeur numérique est 2. Son sens symbolique représente la maison, l’accueil, la création Beth signifie littéralement « maison ». La Torah commence par cette lettre (Bereshit), indiquant que le monde est une demeure pour le divin. Symboliquement cette lettre évoque le passage de l’unité à la dualité, la matrice de la Création, l’espace où la vie peut se déployer. La lettre de l’incarnation, de la relation et de l’hospitalité.

Shin (ש). Valeur numérique : 300. Son sens symbolique renvoie au feu, à la présence divine, à la transformation. Shin est une lettre flamboyante, associée au feu et à l’énergie active. Elle est liée au Nom divin (Shaddaï) et à la présence vivante de Dieu. Elle évoque la flamme intérieure, la purification, la transformation spirituelle. Elle est la lettre de l’éveil, du passage et de la révélation.

Yod (י). La plus petite des lettres de l’Alphabet. Une valeur numérique correspondant à 10.
Sens symbolique : le point, la semence, le potentiel. Elle contient tout en germe.
Dans la tradition mystique, elle est le point de départ de toute création. Yod représente l’étincelle divine, l’intention première, la concentration de l’énergie. Elle est la lettre du commencement discret, de la graine invisible.

Faire un retour à l’essentiel, un retour fondamental sur soi et sur sa vie

Découvrir chaque lettre dans ce corpus fondateur permet de faire un retour à l’essentiel, un retour fondamental sur soi et sur sa vie (Techouva). C’est entrer dans la maison, dans l’accueil, et l’incarnation. C’est donner de la place à un espace ouvert à l’intérieur, Un espace simple, calme, habité. Avec ces lettres, et au travers de la lecture de ce livre une question fait surface à chaque page : Qu’est-ce que j’accueille en moi aujourd’hui ? Qu’est-ce que cette lettre dit de moi et de Dieu ?

L’ouvrage proposé par les Éditions Guy Trénadiel nous offre un beau cadeau en ce temps de la Fête de Hanoucca. Celle d’une hospitalité sacrée qui vient frapper à la porte de ta maison intérieure. C’est une présence qui demande à être accueillie. « Les lettres sacrées de l’alphabet hébreu », les lettres ne sont pas de simples signes, mais des lieux de passage, des formes de conscience, des gestes calligraphiques porteurs de souffle. Méditer une lettre, c’est laisser son énergie nous traverser plutôt que chercher à la comprendre intellectuellement. Un ouvrage incontournable pour qui s’intéresse à la spiritualité hébraïque et à la symbolique des lettres.

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