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La Grèce en neuf récits magiques entre mythe et réel

Vincent Corlaix, Neuf perles de komboloï, Gephyre éditions, 10/10/2024, 160 pages, 20€

Un komboloï s’égrène entre les doigts comme les heures méditerranéennes, et Vincent Corlaix nous invite à palper chaque perle de son chapelet narratif. Neuf perles de komboloï compose une cartographie intime de la Grèce éternelle, celle qui pulse sous la peau du présent et irrigue les veines du mythe.

L’auteur déploie une Grèce poreuse où les frontières vacillent : entre visible et invisible, entre homme et dieu, entre pierre et chair. Ses contes habitent cette béance lumineuse où un chat dialogue avec le Christ Pantocrator, où une bergère devient paysage, où des enfants disparaissent dans les plis d’un cirque de papier. Vincent Corlaix sculpte une géographie sensible où chaque île, chaque montagne, chaque monastère devient chambre d’écho entre les mondes. Le Dieu-rocher du premier conte établit d’emblée cette grammaire du sacré ordinaire : trois galets deviennent offrande, le rituel se transmet par mimétisme muet, et la divinité pulse dans la matière brute.

La langue de Vincent Corlaix épouse les courbes sinueuses des sentiers grecs. Elle progresse par paliers, comme ces chemins de chèvre qui grimpent vers les monastères des Météores, alternant descriptions minutieuses et fulgurances poétiques. L’auteur tisse dans sa prose des mots grecs – yaya, mangkas, komboloï – qui fonctionnent comme des talismans sonores, des portes linguistiques vers l’altérité. Cette oralité affleure particulièrement dans “Le stéki”, où le rébétiko rythme une descente orphique dans les bas-fonds athéniens, ou dans “Le berger aux étoiles” où les bêlements deviennent constellation. La musicalité du texte fait corps avec son projet : chaque conte possède sa tonalité propre, du grave mystique au piccolo ironique, composant ensemble une symphonie égéenne.

Ces neuf perles roulent toutes autour d’un même axe invisible : la métamorphose. Hélène vieillit en marchant jusqu’à devenir la vieille qu’elle cherchait, les enfants deviennent figurines de papier, un berger et son troupeau se muent en étoiles. Vincent Corlaix explore cette plasticité fondamentale du réel grec où Ovide dialogue encore avec le présent. Le temps lui-même devient matière malléable : quatre ans s’écoulent comme trois semaines dans “La cent-dix-huitième île”, une nuit contient des décennies dans “Le navire de nulle part”. Cette temporalité spiralée, ce kairos perpétuel, irrigue l’ensemble du recueil et propose une métaphysique douce où l’éternité se love dans l’instant.

L’insularité traverse l’œuvre comme une obsession féconde. Chaque conte devient île, espace circonscrit où les lois ordinaires se dissolvent. Le monastère du chat forme un cosmos miniature, le cirque de papier constitue un univers parallèle, le ferry nocturne dérive dans un archipel de solitudes jumelles. Cette géographie fragmentée reflète la condition humaine selon Corlaix : nous sommes tous des îles qui cherchent leur continent, des Ulysse domestiques naviguant entre isolement et communion.

Le recueil dialogue subtilement avec notre époque sans jamais verser dans la nostalgie. Les smartphones qui se vident mystérieusement, les GPS qui guident vers l’impossible, les réseaux sociaux absents des villages : Vincent Corlaix interroge notre rapport à la technologie tout en célébrant d’autres formes de connexion. Ses personnages – photographe, instituteur, berger – incarnent des quêtes contemporaines d’authenticité qui trouvent dans la Grèce éternelle un miroir troublant.

Neuf perles de komboloï offre une expérience de lecture qui dépasse la classique collection de contes. L’auteur invente une mythologie intime où le merveilleux irrigue le quotidien sans jamais l’annuler. Son écriture fait advenir cette Grèce parallèle qui existe dans les interstices du monde connu, accessible à qui sait planter un bâton pour observer l’ombre tourner. Ces neuf perles forment finalement un rosaire païen, où chaque grain contient un cosmos, où chaque histoire ouvre sur l’infini des possibles narratifs, invitant le lecteur à poursuivre lui-même ce patient égrenage du mystère grec.


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