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Hakim Bécheur, plus méditerranéen qu’oriental

Rencontre avec un Tunisien, médecin, Français… et écrivain.

Le mois de septembre est avancé. Nous prenons rendez-vous en face de la Mairie du 18ème arrondissement, à Paris. Nous sommes à la rue Jules Joffrin. Hakim descend depuis l’hôpital Bichat la rue du Poteau. Il ne le sait pas encore mais les lieux ont vu mes premiers pas, et mes premières années quand nous vivions à Paris dans ce quartier dans cette rue. Retour aux sources… Ma sœur cadette est d’ailleurs née, ici, à l’Hôpital Bretonneau. Je l’attends devant la Mairie. Hakim, de l’autre côté de la rue, me fait signe. Nous nous installons à l’angle de la rue du Poteau, et autour d’un verre nous commençons à discuter simplement, fraternellement…, tranquillement.

L’auteur franco-tunisien de Mare Nostrum se raconte. Sa vie défile.

Je suis né à Tunis le 1er octobre 1965 au sein d’une famille aisée et bourgeoise. Aujourd’hui, je suis médecin gastro-entérologue. Mon père, Ali Bécheur (1939-2024), a été un écrivain tunisien reconnu. J’ai pour lui à la fois l’amour filial d’un fils, mais j’avoue avoir toujours eu pour lui de l’admiration le considérant comme un modèle à imiter.

Mentor et modèle de l’écrivain accompli, Hakim revendique une identité profondément méditerranéenne, entre Paris et Tunis. Il voit dans l’écriture une manière de créer des mondes, de réfléchir à l’histoire contemporaine et de questionner les appartenances. Médecin, romancier et essayiste, il incarne une figure à la fois scientifique, humaniste et engagée d’un homme entre deux cultures, à cheval sur les deux rives de la Méditerranée.
Issu d’un milieu bourgeois, il a effectué sa scolarité à l’École publique française, ce qui explique son bilinguisme parfait. Il vient en France pour ses études de médecine, à Toulouse. Il est alors en lien avec une famille très humaniste, qui l’aide et le soutient. Il poursuit un Internat à Paris en hépato-gastro-entérologie, où il devient Chef de clinique à l’Hôpital Broussais. Après un retour en Tunisie à 32 ans, il s’installe définitivement en France et exerce comme chef du Service d’hépato-gastro-entérologie : d’abord pendant dix ans dans un hôpital en Normandie, puis depuis 2009 dans un grand CHU parisien. Ce séjour dans son pays où il naquit il y a 60 ans n’a pas été couronné par un franc succès professionnel eu égard aux tracasseries administratives tunisiennes, et certainement à un esprit un peu étroit… Contre son gré, il retourne en France avec sa famille espérant pouvoir enfin commencer une vraie vie dédiée à la médecine. C’est ce qui arriva…

Je suis actuellement Chef de Service à l’Hôpital Bichat (AP-HP) à Paris depuis 2019. Je me suis engagé dans la défense du système de santé, au travers d’un livre publié en 2012 « Colère blanche à l’hôpital » (Éditions Michalon). C’est une chronique lucide, je pense, sur le quotidien des soignants et l’avenir préoccupant de l’Hôpital public. J’essaye en parallèle, de mener une carrière littéraire.

Comment on construit une histoire ? L’Écriture c’est comment on la raconte. C’est, je crois, créer un monde à partir d’une page blanche. J’ai toujours voulu écrire. C’est, pour moi, une véritable passion... Je me sens profondément méditerranéen ; et certainement plus qu’oriental. Je suis un fils de cette Mer que j’ai voulu poser comme le personnage principal de ce polar avec son poids d’espoirs, de morts, de difficultés, de complexité…»

Son engagement littéraire est marqué par une forte dimension politique et sociale. Son roman « L’Avant-centre de l’Étoile » (Prix Comar d’Or 2020) explore les illusions, des renoncements et des espoirs liés aux identités multiples.
Il écrit enfin un thriller à dimension politique dont la Méditerranée est le personnage principal.

« C’est venu comme ça !!! Un livre, un manuscrit qui est devenu un polar sur la suggestion de la Directrice de Collection aux Éditions de L’Aube ». En 2025, il se distingue avec  Mission Mare Nostrum , son premier polar. Il est finaliste du Prix Méditerranéen du Polar. Ce livre haletant, construit en 24 chapitres pour 24 heures d’action dans le contexte de la Méditerranée. Il met en scène Jalel Tounsi, journaliste franco-tunisien pris dans un complot mêlant espionnage, corruption, crise migratoire et tensions postrévolutionnaires en Tunisie. À travers ce récit, Hakim Bécheur interroge les fractures Nord-Sud, l’héritage colonial, la crise migratoire en Méditerranée et l’engagement individuel face à l’injustice.
L’auteur se distingue par un roman qui dépasse le simple thriller. Il aborde de front des thèmes brûlants – crise migratoire en Méditerranée, héritage colonial franco-tunisien, désillusion post-printemps arabe, corruption des élites – avec une lucidité saluée. Cette profondeur donne au récit une dimension réflexive rare pour un polar. Structuré en 24 chapitres sur 24 heures, le roman adopte un rythme proche de la série 24 heures chrono. Les cliffhangers (suspenses) sont maîtrisés, les rebondissements nombreux, maintenant une tension continue, et un rythme haletant.
Le personnage principal, Jalel Tounsi, journaliste franco-tunisien, incarne les dilemmes de l’engagement et de l’identité. Les personnages secondaires (Emma, Fatma, Chaouachi) enrichissent le récit par leurs motivations complexes, rendant crédibles les tensions politiques et humaines dans cette Tunisie traversée par des revendications populaires dans un contexte économique, politique et spirituel complexe. La Tunisie est dépeinte comme un véritable personnage, avec des descriptions précises de lieux et d’ambiances, loin des clichés touristiques rendant le tout réaliste, partant du réel et non pas des sentiments ou d’un imaginaire vague et lointain. Les sens sont bien présents, et épousent les émotions des Gens du Sud…
Ce livre est un foisonnement qui veut embrasser, (trop peut-être) différents sujets. En voulant couvrir l’espionnage, la critique sociale, le trauma personnel et la satire politique, L’auteur franco-tunisien multiplie les pistes. La trame complexe et le grand nombre de personnages secondaires peuvent désorienter. L’absence de repères temporels précis confère une portée universelle, mais diminue parfois la portée dramatique. Mission Mare Nostrum est un roman dense et engagé. Hakim Bécheur y conjugue sens du suspense et réflexion éthique, tout en offrant un portrait nuancé des fractures méditerranéennes. S’il peut sembler foisonnant ou légèrement déséquilibré, il séduit par son audace et sa profondeur – un livre qui cherche moins à distraire qu’à provoquer une prise de conscience.

J’admets qu’il y a dans mon écrit une part historique, une référence à l’Empire romain, à l’Antiquité en général où la mer intérieure était comme le « nombril du monde ». C’est aussi une référence à l’Italie fasciste de Benito Mussolini qui fit de la « Mare Nostrum » une référence marquée pour construire à nouveau un espace italien dans le sillage des grands hommes de l’ancien Empire en annexant et en en conquérant des peuples. Échec fracassant ! Je prends, bien évidemment, le contrepied de cette vision en proposant une autre dynamique fédératrice qui met l’Homme toujours au centre.

Hakim Bécheur est déjà en train d’écrire les premières lignes de son prochain roman alliant l’exercice de la médecine avec cet art qu’il sut très jeune savourer auprès de son père. Il écrit aussi avec ce regard qui continue à se poser sur lui. La thématique de son prochain livre se centrera sur l’identité que les Méditerranéens cherchent à trouver au travers de mille et un défis. C’est une identité en construction. Paris sera le cadre de ce nouvel opus. Nous l’attendons avec impatience. Nous nous séparons avec la promesse de se revoir très vite. Fils tous les deux de la Méditerranée nous parlerons à nouveau de ce lieu de passage, de dialogue aux identités multiples et à l’esprit créatif et résilient malgré l’actualité politico-économique et migratoire sous tension. Nous avons donc de belles heures à passer ensemble…

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On ne s’attend pas toujours à ce qu’un roman nous serre le cœur avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres.

Et pourtant, La Petite Vie d’Antoine Cargoet réussit ce miracle : faire résonner l’universel dans le murmure du personnel. Premier roman d’une maîtrise rare, ce récit retrace, avec pudeur et intensité, l’histoire d’un fils qui, face à la disparition de son père, tente de recoller les morceaux d’une mémoire ordinaire et pourtant essentielle. Rien de spectaculaire ici — juste des instants vrais, une lumière jaune sur un salon, des trajets en voiture, des films partagés en silence.

Coup de maître d’un écrivain discret, La Petite Vie redonne à la tendresse sa pleine place littéraire. Il ne s’agira pas d’oublier ce livre, mais de le garder auprès de soi, comme une photo un peu floue, un peu précieuse.

 

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