Élisabeth Hériard-Dubreuil, Connaître les icônes. Coll. « Voix de l’Orthodoxie ». Éditions Salvator, 15/05/2025. 196 pages. 24,90 €
L’ouvrage « Connaître les icônes » est un essai de 190 pages paru en mai 2025 dans la collection Voix de l’orthodoxie aux Éditions Salvator. Élisabeth Hériard-Dubreuil met en regard la tradition iconographique avec l’Écriture Sainte et la liturgie, soulignant le rôle de l’icône comme « fenêtre sur l’invisible », et moyen de prière dans l’Église et dans le Monde.
« La distance entre Dieu et l’homme reste grande. Quand l’homme d’aujourd’hui se trouve devant une icône orthodoxe il lui arrive de la juger trop sévère ou trop obscure. La vénération des icônes n’est-elle qu’une question de foi ? » (p 9)
Cette approche globale en fait une ressource utile pour comprendre l’icône vivant autant dans l’art que dans la foi. Elle part d’un constat simple : « Des enfants sans éducation théologique ou artistique distinguent immédiatement une icône orthodoxe d’une peinture religieuse. »
C’est une introduction approfondie à l’icône chrétienne, vue comme langage théologique autant qu’expression artistique. Le livre explore l’histoire, la symbolique, la fabrication et sa place dans la tradition orthodoxe, tout en restant accessible à un large public. Élisabeth Hériard-Dubreuil n’est pas une universitaire qui pratique l’iconographie active reconnue (fondatrice d’un atelier d’iconographie et impliquée dans des projets d’aménagement d’églises), ce qui donne au livre une posture à la fois pratique et spirituelle. Le livre couvre plusieurs dimensions fondamentales de l’icône : historique, technique (préparation du bois, pigments, étapes de réalisation), symbolique et théologique.
L’icône n’est pas seulement expliquée, elle est vécue comme un acte spirituel et liturgique. Élisabeth Hériard-Dubreuil propose une introduction claire et accessible à l’iconographie chrétienne, envisagée comme un art indissociable de la théologie et de la prière. Le regard d’une iconographe praticienne donne au propos une profondeur concrète. Elle réussit à faire comprendre à un large public l’importance, le sens et la fabrication des icônes dans la tradition chrétienne orientale. L’axe principal est d’ouvrir l’accès à un univers théologique complexe sans sacrifier la dimension spirituelle. L’enracinement pratique en fait une référence pour comprendre ce qu’est la spiritualité de l’icône dans son contexte religieux orthodoxe.
Un livre organisé autour de six chapitres de manière logique et progressive.
Il permet à des néophytes de pouvoir accéder à ce qui est exposé. Les explications sont souvent structurées en questions-réponses, ce qui facilite la compréhension de notions parfois complexes (par exemple, la perspective inversée ou le rôle liturgique des icônes). Le livre aborde successivement la définition de l’icône et sa distinction par rapport à la peinture religieuse, les principes et codes iconographiques (comme la perspective inversée), les thèmes majeurs représentés, les étapes de fabrication (du bois aux pigments), une brève histoire de l’iconographie, et une réflexion sur les questions théologiques sous-tendant l’icône. La présence d’un cahier central d’illustrations numérotées permet au lecteur de visualiser directement les concepts évoqués dans le texte, ce qui renforce l’apprentissage visuel. Comment parler d’icônes sans les voir ?
Le livre réussit à intégrer les dimensions spirituelles, liturgique et théologique de l’icône, montrant combien cet art est inséparable de la foi orthodoxe. La clarté pédagogique, l’approche structurée et l’usage d’illustrations pertinentes en font un livre accessible tant aux novices qu’aux lecteurs plus avertis intéressés par l’art sacré et la spiritualité orthodoxe. C’est un livre d’initiation. Les notions théologiques et symboliques, parfois complexes, sont expliquées avec simplicité. L’auteure permet de comprendre l’icône comme un langage à part entière, et non comme une simple image religieuse. Nous comprenons que l’icône est une écriture et un chemin. On ne peint pas une icône. On l’écrit… Elle est un sujet vivant et « parlant ». Elle révèle une véritable présence que l’on vénère, touche, contemple, embrasse dans les diverses réalités de l’Orthodoxie.
La pédagogie rigoureuse permet au lecteur néophyte de comprendre les codes symboliques, la fonction liturgique et les techniques de fabrication des icônes. Le regard de l’auteure, iconographe, confère au texte une dimension vécue et incarnée. Elle adopte le point de vue orthodoxe. Qui s’en étonnera ? La démarche est celle de la transmission.
L’auteure n’ouvre pas de débat théologique, et ne propose pas non plus un document réflexif. Il n’y a pas de débat critique ou une analyse comparative entre les différentes Écoles culturelles et spirituelles dans l’Orient chrétien. Certains débats théologiques, historiques ou esthétiques autour de l’icône sont peu abordés ; ce qui aurait donné au livre une autre épaisseur et certainement un lieu de discussion entre les traditions orthodoxes avec l’Orient chrétien et l’Église latine. Lieux de passage et de prière ouverts pour la sanctification du croyant ; et c’est sans doute là le chemin de l’icône. « Les icônes ouvrent notre regard vers l’infini, vers le royaume de Dieu, royaume qui se trouve aussi à l’intérieur de nous-mêmes. Regarder une icône, c’est convertir son regard et aussi avoir conscience d’être vu. C’est prier avec le saint représenté et grandir en amour, vers l’amour sans limites qui est celui du Christ » (pp 173-174).
Elle révèle le Mystère du Christ et ouvre le Monde au Ciel dans une transcendance alors que beaucoup de contemporains préfèrent l’immanence. Un petit livre qui nous ouvre à une dimension aussi grande que le Ciel.