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Paysages pauvres explore nos marges urbaines avec une poésie lucide

Fanny Chiarello, Paysages pauvres, Le Castor Astral, 16/04/2026, 300 pages, 22€

Née dans une sous-préfecture du Pas-de-Calais, Fanny Chiarello a beaucoup déménagé les 7 premières années de sa vie. Esprit curieux, sportive, elle se révèle être, dans ce récit, au sens propre comme au sens figuré, une globe-trotter des connaissances.

Une autrice humaniste

Profondément empreinte d’une démarche digne des humanistes du XVIe siècle, férue d’urbanisme, de science historique, de biologie, de géographie, de cartographie, d’art cinématographique, de toponymie, d’écologie, de biodiversité et de philosophie, elle s’intéresse aussi à la signalétique, à l’influence des sons et des odeurs. Elle affine l’application de ses connaissances théoriques et instinctives en pratiquant des interviews de personnes âgées pour recueillir leurs témoignages sur l’époque qu’elles ont vécue, en quête de la découverte de l’« avant » que lui transmet cette mémoire orale. Elle a fait beaucoup d’études, a noirci beaucoup de cahiers et porte un grand intérêt à l’actualité.
Sa finesse d’esprit et sa perspicacité la conduisent à un fourmillement de déductions. Elle nous entraîne dans un voyage bien ancré dans le XXIe siècle, à la découverte de nos espaces naturels et urbains, en partant de l’infiniment petit vers l’infiniment grand, et/ou vice versa.
Son cadre d’intérêt est la planète et l’(es) espace(s). Si elle reste beaucoup dans la métropole lilloise et le bassin minier des Hauts-de-France, à Béthune, Mons-en-Baroeul et Lambersart, elle nous plonge aussi avec grand intérêt, dans d’autres réalités : aux États-Unis, en Louisiane, à Los Angeles, à Miami ou à Londres, etc. Pour la rédaction de cet ouvrage, elle a passé un mois à la villa Yourcenar, à Saint-Jans-Cappel, près de la frontière belge.

Un livre engagé et militant…

Elle positionne l’urbain dans le temps et dans l’espace, et avoue sa fascination pour les villes nouvelles. Elle différencie la nature et la campagne, envisage notre position dans l’univers et sur terre, autour des espaces et de la place qui nous y est impartie. Elle analyse l’organisation des foyers de l’activité humaine, les articulations des zones urbaines et rurales.
Elle nous fait passer du construit à l’état de nature, de l’humain à l’animal. De la métropole à la capitale en passant par les lotissements et les ZUP, elle envisage tous les schémas territoriaux. Leur description met en parallèle l’urbanisme et l’organisation sociale.
Elle porte un regard très critique sur les politiques territoriales et la société de consommation en analysant les différents marqueurs sociaux. Elle décrit comment et pourquoi nos sociétés ne laissent plus de place à l’esprit de décision de l’individu, qui se retrouve sans quête de l’inconnu et de découverte possible. Par là même, d’émerveillement. Tout est devenu ou peut devenir « propagande touristique ». L’assistanat est de plus en plus élevé dans l’espace public. Elle dénonce les incivilités, les peurs. Elle nous fait découvrir avec force détails le monde des riches, celui des classes moyennes et « l’arrière-monde » : celui des a-sociaux, des déchets, des ordures, des rats, des sites interdits où l’on ne va que la nuit.
Elle démontre comment s’est effectuée la chute des centres-villes qui sont devenus repoussants, la disparition des commerces et des cafés, et l’attrait des zones commerciales détenues par le grand capital, ainsi que l’hypocrisie des politiques par rapport à la biodiversité et aux espaces verts.
Elle aborde la fin de vie et les lieux mémoriaux avec originalité, esprit critique et émotion. Plusieurs mémoires individuelles se rencontrent en un même lieu : « nous tissons des lignes pointillées de nos existences à celles des lieux que nous occupons que nous traversons que nous investissons d’affect ».

Derrière ses descriptions poétiques des villes, de la campagne et de la nature, se dessine une nature qui peut se passer de l’homme qui règne et décime, une nature qui finit toujours par reprendre le dessus sur ce que l’homme abandonne. Un homme pour qui le clocher de l’église reste un phare.

… qui rayonne vers l’universalité

En passant d’un lieu à un autre, d’un pays à un autre, elle universalise son discours, ce qui rend ce récit particulièrement attractif et inédit. Elle utilise un style rédactionnel qui différencie les deux sexes : l’Humain avec un grand H n’existe pas pour elle. Il y a l’homme et la femme. En faisant cette différence graphique par l’utilisation des traits d’union (ami-es, usager-es, etc) ou des contractions (iel, celleux, etc), elle met en place et impose le concept d’égalité des sexes.
Dans ce récit où l’ironie et l’humour sont délicieusement présents, elle entre dans les moindres détails. Son écriture poétique conserve un côté agréable et sublime une réalité parfois terrible. « je me réjouis d’avoir l’émerveillement facile », écrit-elle.

Sa particularité, qui fait tout l’attrait de cet ouvrage, est qu’elle a fait à pied, en vélo et dans les livres, des milliers de kilomètres, là où elle n’a rien à faire. Elle est allée nulle part : « personne ne va nulle part / où iel n’a rien à faire /moi si »

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