0
100

L’Antiquité à l’écran : le péplum dans tous ses états

Jean-Max Méjean, L’Antiquité à l’écran, Éd. Gremese, 01/10/2026, 552 pages, 35 €.

Les éditions Gremese, spécialisées dans les ouvrages de référence sur le cinéma méditerranéen (Tout sur Pasolini (2022, critiqué sur ce site), Tout sur Sergio Leone (2018), Tout sur Fellini (2020), Tout sur Luchino Visconti (2026)…) viennent de publier L’Antiquité à l’écran dirigé par Jean-Max Méjean, livre qui aurait pu aussi s’intituler Tout sur l’Antiquité ou Tout sur le Péplum, tant le genre est foisonnant et les films étudiés nombreux. Signalons que le livre, paru en octobre 2026, avait été présenté en avant-première nationale au Festival du Péplum d’Arles, Arelate ayant eu pour une fois la primeur sur Lutetia (voire Lugdunum pour les ergoteurs).

Quand l’Antique au cinéma n’est pas du toc !

Jean-Max Méjean — spécialiste français de Fellini (Fellini, un rêve, une vie (Le Cerf, 1997), Fellinicittà (Éd. de la Transparence, 2009), Giulietta Masina, la muse de Fellini (La Tour verte, 2013) et Amarcord de Federico Fellini (Gremese, 2023) — a réussi l’exploit de réunir de nombreux spécialistes français du péplum. Parmi la trentaine de collaborateurs, citons Claude Aziza, le préfacier (Le péplum, un mauvais genre en 2009), Anne-Marie Baron (La Bible à l’écran en 2016), Hervé Dumont (L’Antiquité au cinéma, Vérités, Légendes et Manipulations en 2009), Michel Éloy (auteur du légendaire site Peplum), Florent Fourcart (Le péplum italien (1946-1966) en 2012), Julien Gondat (co-président du festival Péplum d’Arles), Frédérique Lambert (Le souffle épique du néo-péplum contemporain. Du souffle antique à l’hyperréalité numérique en 2025, chroniqué aussi sur ce site), Pénélope Riboud-Seydoux (Antiquité et cinéma, le péplum dans tous ses états, en 2025), Jean-Michel Ropars (Ulysse dans le monde d’Hermès en 2023). Il faut aussi citer Éric Auphan, Michel Chion, Hugo Dervisoglou, Tatiana Antolini-Dumas, Patrice Lajus, Alexis Leroy, Bernard Lonjon, Lucas Lusinier, Caroline Masoch et Albert Montagne (votre serviteur).

Un peplum, des pepla. Un péplum, des péplums

Claude Aziza, dans sa préface, définit le péplum, qu’il a lui-même qualifié de « mauvais genre », car il a longtemps été mal vu des intellectuels. « C’est le nom latinisé du mot grec peplos qui, chez les Grecs, puis chez les Romains, désigne un vêtement de femme (…). On nomme donc communément : péplum — et souvent avec une nuance péjorative — le genre cinématographique dont les films se passent dans l’Antiquité ». Ce terme est apparu sous la plume de Bertrand Tavernier dans les années 1960. Par imitation du « film à costumes » qui désignait les films historiques, il devient « film à péplum » puis « péplum », désignant les films « à toges et à jupettes » pour les aristocrates drapés dans leur dignité et pour les gladiateurs aux muscles saillants et virils. Les Anglo-Saxons parlent, eux, de Sword and sandals, littéralement « films d’épée et de sandales », expression imagée qui fait logiquement penser aux films de cape et d’épée. Mais ce genre historique cache de nombreux sous-genres : le muet (Néron essayant des poisons sur des esclaves), le religieux (Jésus de Nazareth), le fantastique (Fellini-Roma), le mythologique (Hercule dans l’Atlantide), la comédie musicale (La Chérie de Jupiter), le porno (Caligula), la bande dessinée (Astérix le Gaulois), le comique (Monty Python : La Vie de Brian), le numérique (300), le théâtral (Pier Paolo Pasolini et Orson Welles).

Le péplum, un mauvais genre devenu chic et choc !

À l’origine, le péplum emprunte au théâtre et au drame, comme en témoignent La Vie et la Passion de Jésus-Christ de Ferdinand Zecca et Néron et Locuste de Georges Méliès ; il devient ensuite ludique et musculeux avec les films italiens consacrés à Maciste, Hercule et Ulysse dans les années 1950. Tombé dans l’oubli et le discrédit pendant plusieurs décennies, il a été ressuscité par Gladiator de Ridley Scott (2000), puis conforté par 300 de Zack Snyder (2006). Les nouvelles technologies ont apporté une nouvelle légitimité au genre et un souffle épique aux scènes de foules, aux batailles et aux décors pharaoniques et fantastiques. Pour se retrouver dans le labyrinthe filmique et nominal, l’ouvrage est divisé en neuf chapitres : Mythologie et religions ; Le pouvoir et le peuple ; Des guerres et des conquêtes ; Les jeux du cirque ; La place de la femme dans le péplum ; L’Antiquité revisitée ; L’Antiquité hors du temps ; Voyage en Méditerranée ; Les métamorphoses du genre péplum. Enfin, une présentation des auteurs, un index des films cités, un index conséquent des noms cités (Dieux et déesses, Empereurs et dirigeants romains, Rois, reines et héros historiques et mythologiques, Figures bibliques et religieuses, Philosophes et intellectuels de l’Antiquité, Figures créées ou adaptées par le cinéma) et une bibliographie complètent utilement l’ensemble. Cet ouvrage, qui constitue un pavé dans la Mare nostrum (plus de 500 pages abondamment illustrées), s’impose d’ores et déjà comme une bible pour les cinéphiles et les amoureux de l’histoire.

Vous avez aimé cet article ?

Média indépendant et sans publicité, Mare Nostrum propose un accès libre à tous ses contenus. Seul son lectorat lui permet d’exister.
Une information exigeante a un coût : soutenez nous
(dons déductibles).

Pour contacter la rédaction – contact@marenostrum.pm

Couverture de l'Odyssée du savoir. Tome 1

Et si l’humanité avait toujours préféré les grandes légendes à la vérité ?

Des grottes de Lascaux aux mystères de la Mésopotamie et de l’Égypte ancienne ; de Göbekli Tepe aux origines du christianisme : pourquoi notre cerveau invente-t-il des dieux, des Atlantes et des anciens astronautes plutôt que d’accepter le génie ordinaire des hommes ?

Parce que croire est plus facile que comprendre.

Ce premier tome de l’Odyssée du Savoir remonte aux racines de cette tension fondamentale entre connaissance authentique et fausses croyances. Un voyage de la préhistoire à l’Antiquité tardive, rigoureux et passionnant.

Derrière chaque légende, chaque mythe, il y a une vérité plus stupéfiante encore. Un livre qui change le regard sur tout ce que vous croyez savoir.

 

À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE
Soutenez notre cause - Soutenez notre cause - Soutenez notre cause

Pour que vive la critique littéraire indépendante.

Nos articles vous inspirent ou vous éclairent ? C’est notre mission quotidienne. Mare Nostrum est un média associatif qui a fait un choix radical : un accès entièrement libre, sans paywall, et sans aucune publicité. Nous préservons un espace où la culture reste accessible à tous.

Cette liberté a un coût. Nous ne dépendons ni de revenus publicitaires ni de grands mécènes :
nous ne dépendons que de vous.

Pour continuer à vous offrir des analyses de qualité, votre soutien est crucial. Il n’y a pas de petit don : même une contribution modeste – l’équivalent d’un livre de poche – est l’assurance de notre avenir.

autres critiques
Days :
Hours :
Minutes :
Seconds