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Cet été il neige – une famille sous un soleil menaçant

Pauline de Vergnette, Cet été il neige, Les éditions du Panseur, 20/08/2026, 19€.

Dans la grande maison du Sud où une famille se retrouve chaque été, on fredonne une vieille comptine dont les derniers mots font crier au secours un enfant sous le grand soleil. Poétesse de L’Endroit aigu et autrice de trois romans, Pauline de Vergnette bâtit tout son livre sur ce chant où l’insouciance de l’été tourne peu à peu à l’effroi. Les éditions du Panseur présentent comme une histoire-poème ce roman d’une tribu qu’une aïeule bientôt centenaire réunit pour des vacances écrasées de canicule, avant qu’un Noël sous la neige la rassemble encore, et signent là un pari qui honore l’édition indépendante.

Ici, tout revient comme un refrain. De chapitre en chapitre reparaît le même relevé de chaleur, jour d’été, grand soleil, tandis que la langue, amollie par la touffeur, soude ses mots en joursoleil ou en heures lourdelentes. Sous le rituel des cafés sucrés et des siestes, dans une maison dont les craquements font une musique, le roman démonte ce manège domestique où chacun reprend le costume taillé dans l’enfance, où l’adulte, sa figure fixée, tourne comme la ballerine d’une boîte à musique. Il pose à la tribu le paradoxe antique du bateau de Thésée, dont on remplace une à une les planches. Margaux, la sœur médiatrice, attend de voir qui brisera la roue.

Grand-mère couvre le passé du son de sa télévision et défend un présent qu’elle a édifié à mains nues, quand l’aîné cherche dans les lettres jaunies de l’arrière-grand-mère l’origine de ses dépressions et rêve que le miroir de l’escalier ait retenu les visages de tous ceux qui s’y sont regardés. La mélancolie des aînés court de génération en génération comme une fêlure dans la porcelaine, et elle affleure chez les petits-enfants, dans le cousin qui se répète qu’il faut tenir comme dans le sourcil froncé de la fillette aux cheveux longs. Près de la piscine, Margaux trouve les mots de cet héritage, “nous avons le corps formé par d’anciennes vacances”. Pauline de Vergnette touche là une vérité de lignée, celle d’une famille qui se transmet ses humeurs et en tait la source.

La canicule fait entrer l’histoire dans ce huis clos, où la mare du bois a séché et où les criquets se raréfient. Alex, le frère militant, y lit l’apocalypse des forêts et accuse les siens de parasitisme bourgeois, lui compris. Grand-mère lui objecte une fin du monde déjà consommée pour elle, avec la mort des gens d’autrefois.

Le livre a la lucidité de donner à ces deux deuils un poids égal, comme d’entendre, derrière la consigne qui bannit la politique des repas, la rumeur des rues où d’autres meurent pendant que la propriété garde son calme. Cassandre, que son père a nommée pour qu’elle annonce les jours mauvais, voit du haut de son arbre monter la marée.

Écrit comme un poème, le récit circule d’une conscience à l’autre, le récit circule d’une conscience à l’autre comme un courant d’air entre les chambres aux volets clos et accueille des complaintes, dont une élégie pour les arbres disparus. Il prête aux plus silencieux une voix juste, à une belle-sœur presque muette qui adresse à la lune sa question obstinée sur le temps qui passe, comme à l’enfant à naître qui explique à sa mère qu’une fois né il sera le dehors.

L’hiver venu, la neige que le Sud avait oubliée tombe sur un berceau neuf et recouvre mal la trace laissée par l’été. Grand-mère s’y souvient des veilles de Noël où son père menait la maisonnée au cimetière acquitter la dette des morts avant de fêter le sang des vivants. Margaux, dont les toiles fuient les visages, reçoit d’elle la commande d’un portrait de groupe pour le réveillon.

Pauline de Vergnette a fait de cette vieille comptine un grand roman de famille, d’une langue si neuve qu’on croirait la découvrir avec les enfants de la maison, où chaque lecteur retrouve les siens et où le cri d’un enfant sous le soleil de juillet se mue, dans la neige de décembre, en berceuse.

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