0
100

Comment je suis devenu japonais – Florent Dabadie

Florent Dabadie, Comment je suis devenu japonais, Les Arènes, 02/02/2023, 1 vol. (139 p.), 15€

C’est un petit bouquin tout mignon, ou plutôt “Kawaï”, comme savent si bien le juger les Japonais. Son auteur, Florent Dabadie, est le rejeton du célèbre académicien Jean-Loup. Ce dernier, artiste aux multiples facettes et aux créations toutes couronnées de succès, y est sans doute pour beaucoup dans la personnalité attachante de Florent qui, au travers de cet ouvrage, nous livre son expérience extraordinaire dans le pays du Soleil Levant.
 Au cours de ces pages, l’écrivain néophyte nous accompagne, à marches forcées, dans les méandres mystérieux, mais toujours fascinants, de cette civilisation qui nous inquiète autant qu’elle nous fascine. L’ouvrage aurait d’ailleurs trouvé la même place dans une bibliothèque sous d’autres titres tant ce pays s’avère multiforme.

Pourquoi j’ai aimé le Japon

Le jeune Florent débarque à Tokyo avec un bon apprentissage de la langue, croit-il, et avec plusieurs cordes à son arc. Immédiatement subjugué par tout ce qui compose l’archipel nippon, le bien comme le moins bien, il envisage rapidement d’apprivoiser les multiples facettes du pays et de ses habitants. Pour cela, il va se rendre, muni de solides recommandations, aux quatre coins du pays La manière dont il est reçu, la découverte de la civilisation et des coutumes le fait tomber dans la nasse.

Comment j’ai réussi au Japon

La part de chance de chacun vaut la peine d’être exploitée. C’est en revenant de France, où il a compris que sa vie se jouait au Soleil Levant, que Florent dégote un emploi à l’ambassade de France. Un job plutôt. C’est l’époque où les Japonais s’intéressent au football dont la coupe du monde doit se dérouler en Corée du Sud et au Japon. Les Nippons se sont choisi un entraîneur français… qui ne parle pas japonais. On convoque le jeune homme pour lui signifier qu’il devient l’interprète de Philippe Troussier, alors qu’il n’est pas du métier et qu’il n’y connaît pas grand-chose en ballon rond. Les Japonais sont au comble de la folie : le football se veut devenir Le sport et supplanter le baseball ou le golf. Florent Dabadie apparaît effaré en direct sur tous les petits écrans, traduisant tant bien que mal les interventions du sélectionneur. Les jeunes et les moins jeunes se prennent d’affection pour lui, le voyant parler avec force mimiques, ils en font un héros de la télévision.

Comment j’ai cru devenir Japonais

On s’arrache désormais les interviews de Florent Dabadie. On l’invite dans des émissions sérieuses ou de divertissement et il y fait preuve d’une réelle dynamique et d’un savoir-faire original. Sa carrière est lancée. Une grande chaîne nationale l’embauche pour une émission qui va durer plusieurs années. Tout lui sourit. Sa fécondité artistique, son sens de l’humour, son inspiration lui valent d’être au centre de la planète télévision. Il enchaîne succès sur succès grâce à une imagination débordante. Il se sent désormais chez lui, épouse une Japonaise, habite comme un Japonais, se nourrit, s’habille, publie, crée comme un Japonais. Il est à la tête d’un petit empire de l’information et du divertissement et, comme souvent dans ce genre de situation, il ne fait pas attention à ses arrières. La pandémie arrive, et avec elle, un changement drastique du quotidien. De Japonais, il redevient Gaijin.

Comment je ne suis pas devenu Japonais

Mis au pied du mur d’une société dont il croyait tout savoir, il se rend vite compte de son imprudence. Optimiste, soutenu par son épouse, Florent décide de se faire tout petit et de rebondir : il déménage pour un quartier moins huppé, il revoit à la baisse ses prétentions quant à ses potentiels employeurs, il fait phosphorer son cerveau à longueur de journée et présente ses réalisations à des magnats costumés, dans d’austères bureaux, qui font mine de ne pas le remettre, lui, l’interprète de Troussier, lui le présentateur vedette de Fuji, lui l’invité de tous les talk-shows. Il n’ose plus avouer à sa compagne ses problèmes d’argent. Ses amis Français et Japonais lui rappellent la lecture du roman autobiographique d’Amélie Nothomb.

Pourquoi j’aime le Japon

Dans ces grands moments de doute et d’introspection, lors de longues balades solitaires dans les parcs et les temples bouddhistes, Florent se remémore ses jeunes années, où il avait parcouru l’archipel et avait entretenu de belles rencontres. Ceux qui l’avaient reçu en toute simplicité lui avaient donné ce qu’ils avaient dans le cœur. La manière de vivre ancestrale des Japonais lui revient en mémoire, avec tout ce qui lui avait donné envie d’y revenir. Car le vrai Japon est là, tous les jours, partout ; dans la vue, dans l’ouïe, dans l’odorat. C’est un peuple d’une magnifique résilience, où la dureté de la vie est battue en brèche par une soif de vivre inébranlable, où le respect de l’ancien temps n’est jamais remplacé par le monde moderne. Florent Dabadie aime le Japon. Les expériences, quelles qu’elles soient, lui ont été bénéfiques. Il a voulu nous faire partager ses sentiments dans une belle narration.

Comment je suis devenu Japonais…

NOS PARTENAIRES







Précédent
Suivant

Vous avez aimé cet article ?

Média indépendant et sans publicité, Mare Nostrum propose un accès libre à tous ses contenus. Seul son lectorat lui permet d’exister.
Une information exigeante a un coût : soutenez nous
(dons déductibles).

Pour contacter la rédaction – contact@marenostrum.pm


On ne s’attend pas toujours à ce qu’un roman nous serre le cœur avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres.

Et pourtant, La Petite Vie d’Antoine Cargoet réussit ce miracle : faire résonner l’universel dans le murmure du personnel. Premier roman d’une maîtrise rare, ce récit retrace, avec pudeur et intensité, l’histoire d’un fils qui, face à la disparition de son père, tente de recoller les morceaux d’une mémoire ordinaire et pourtant essentielle. Rien de spectaculaire ici — juste des instants vrais, une lumière jaune sur un salon, des trajets en voiture, des films partagés en silence.

Coup de maître d’un écrivain discret, La Petite Vie redonne à la tendresse sa pleine place littéraire. Il ne s’agira pas d’oublier ce livre, mais de le garder auprès de soi, comme une photo un peu floue, un peu précieuse.

 

À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE
Soutenez notre cause - Soutenez notre cause - Soutenez notre cause

Pour que vive la critique littéraire indépendante.

Nos articles vous inspirent ou vous éclairent ? C’est notre mission quotidienne. Mare Nostrum est un média associatif qui a fait un choix radical : un accès entièrement libre, sans paywall, et sans aucune publicité. Nous préservons un espace où la culture reste accessible à tous.

Cette liberté a un coût. Nous ne dépendons ni de revenus publicitaires ni de grands mécènes :
nous ne dépendons que de vous.

Pour continuer à vous offrir des analyses de qualité, votre soutien est crucial. Il n’y a pas de petit don : même une contribution modeste – l’équivalent d’un livre de poche – est l’assurance de notre avenir.

autres critiques
Days :
Hours :
Minutes :
Seconds