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Dominique Loreau, Détonation : roman & photographies

Dominique Loreau, Détonation : roman & photographies, Esperluète, 19/05/2023, 1 vol. (64 p.), 18€.

Ce bel objet discret est si mince qu’on le perd dans la pile à lire… Mais son titre résonne, brutal, et sur la première de couverture, la photographie intrigue et distille déjà le malaise. De dos, une femme qu’on devine jeune s’avance dans un décor incertain : une plage déserte et un massif touffu sous un ciel encombré de nuages… Un thriller ?

Le texte est aéré, se déroule en brefs paragraphes et frôle parfois, souvent même, une disposition typographique de poème en prose… Quelques très belles photos en noir et blanc brossent un cadre et invitent à des hypothèses de lecture. Elles sont de l’auteure, sauf la dernière, une énigmatique et insolite spirale, œuvre de l’ethnopsychiatre Philippe Woitchik.

La maison d’édition Esperluète a largement ouvert ses collections à Dominique Loreau, écrivaine et cinéaste belge (ne pas la confondre avec son homonyme française, essayiste, qui vit au Japon et s’est fait connaître par son très remarqué L’Art de la légèreté paru en 2005 chez Laffont). De 2004 à 2020, six textes, tous illustrés par des plasticiens renommés, ont été publiés sous ce signe typographique qui se veut symbole du lien entre l’écrivain et l’artiste, entre le livre et son lecteur. Détonation est le septième. Une trame simple : un couple de touristes européens lambda accompagne leur fille dans ses premiers pas sur le sol du pays où elle a choisi d’étudier la sociologie pendant plusieurs mois. Tout d’abord, il y a l’excitation mais aussi plusieurs sujets d’inquiétude dans ce Brésil aux brûlants contrastes, dont la langue leur est étrangère. Pourtant, peu à peu, les paysages, les rencontres chaleureuses ou pittoresques, les musiques et la tiédeur de la mer abolissent à la fois la peur et le sentiment d’étrangeté. Et cette impression de faire corps avec le pays d’accueil les fait perdre toute prudence… La rencontre de deux gamins affamés de drogue va faire basculer leur vie.

En physique, dans une détonation, on perçoit l’onde de choc puis l’onde de combustion. La seconde naît de la première et l’entretient. Dans ce court roman, on peut repérer deux parties bien distinctes et tout aussi intimement liées. Elles sont marquées par le passage appuyé du pronom “ils” au pronom “elle”. Pour que l’onde de choc se produise, il faut que les conditions soient réunies. Dans un roman, au regard de l’absolue injustice sociale, peu de choses suffisent à la déclencher : un vieil appareil argentique, une pochette suspecte contenant d’inestimables trésors, les cheveux blonds d’une fille du nord… L’instant se fige et les conséquences s’inscrivent indélébiles dans le temps, en lente combustion des idéalismes ou en prise de conscience d’une insoutenable réalité.

Plongez dans Détonation, un voyage palpitant au cœur du Brésil, où le dépaysement se heurte à l’injustice sociale. Entre idéalisme et réalité brutale, l’auteure tisse un suspense haletant qui vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière page.

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On ne s’attend pas toujours à ce qu’un roman nous serre le cœur avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres.

Et pourtant, La Petite Vie d’Antoine Cargoet réussit ce miracle : faire résonner l’universel dans le murmure du personnel. Premier roman d’une maîtrise rare, ce récit retrace, avec pudeur et intensité, l’histoire d’un fils qui, face à la disparition de son père, tente de recoller les morceaux d’une mémoire ordinaire et pourtant essentielle. Rien de spectaculaire ici — juste des instants vrais, une lumière jaune sur un salon, des trajets en voiture, des films partagés en silence.

Coup de maître d’un écrivain discret, La Petite Vie redonne à la tendresse sa pleine place littéraire. Il ne s’agira pas d’oublier ce livre, mais de le garder auprès de soi, comme une photo un peu floue, un peu précieuse.

 

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