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L’accompagnateur : soixante ans de musique au cinéma français

Alain Jomy, L’accompagnateur. 60 ans de musique de films, Le Condottiere, 04/06/2025, 320 pages, 19€.

Alain Jomy est un compositeur de musiques de films pour le cinéma et la télévision et un réalisateur et documentariste français. Il se définit lui-même comme un Agent double mais il est en réalité un agent triple car il est aussi écrivain. Il a publié deux romans (Heureux comme à Monterey et Le livre d’Hélena en 2000 et 2007), un récit (Olga et les siens en 2018) et une biographie (Kurt Weill en France en 2023). Journaliste à ses débuts, critique musical et de cinéma. Comme le suggère joliment le titre, L’accompagnateur, il est un compositeur qui a parcouru le cinéma français en 60 ans de musique de films (né en 1941, il a donc 84 ans). Son œuvre musicale impressionnante ne se réduit certes pas à sa filmographie musicale de courts et longs métrages, de documentaires et feuilletons, elle porte aussi sur des génériques de radios, des musiques de scènes, son activité de concertiste. Si pour le duc Orsino dans La Nuit des rois de Shakespeare, “la musique est ce qui nourrit l’amour, alors continue à jouer“, la musique nourrit donc toute sa vie.

Les années de courts et de séries

Diplômé de l’IDHEC en 1961 (section réalisation /production/ régie), Jomy commence en solo en 1963 avec un court de 15 mn sur Erik Satie dont aucun producteur n’a voulu. Coup de chance, le film est acheté, la mise de fonds récupérée et Tibériade, un deuxième court de 10 minutes de 1964 est tourné en Israël, mais bloqué pendant trois ans et seulement distribué en 1967 en complément du film Les amants de Louis Malle. En 1966, il entre au Service de recherche musicale de l’ORTF qu’il quitte un an plus tard. Il écrit la musique de La saison prochaine, un documentaire de François Porcile sur Belle-Île- en-mer. En 1967, il signe la musique d’un court animé pour EDF, Un homme au courant, puis Rude journée, autre dessin animé, en 1968. Une série de courts (Alu Manu, Patients en tous genres, Play Golf, L’eau nouvelle, et Croquis de mai (qui frôle l’interdiction pour son sujet alors brûlant) lui permet d’apprendre son métier. En 1969, il quitte la France et devient correspondant de presse à Tel Aviv. Il revient en 1970, écrit une partition pour Written in Stone et commence à avoir des commandes pour la télévision. Avec les feuilletons arrivent les thèmes musicaux mémorisables pour fidéliser les spectateurs avec L’étang de la Breure (1973), Opération condor (1985), Schlagg for Schlagg (1989).

Les années Miller

En 1972, Jomy se voit confier la musique de Ce que savait Morgan, un téléfilm de Luc Béraud. Claude Miller, qui figurait en habit d’époque, le félicite lors de la projection du film pour l’équipe pour son beau travail. En 1974, le cinéaste l’engage pour la musique de La meilleure façon de marcher, son premier long métrage co-écrit avec Luc Béraud. Le film est un succès et Miller et Béraud le réengagent pour Dites-lui que je l’aime en 1977. Les collaborations s’enchaînent avec L’effrontée (1983), La petite voleuse (1988), L’accompagnatrice (1992). Le titre du présent livre prend alors tout son sens : L’accompagnateur est une référence directe au film de Miller dont Jomy composa la musique originale. De fait, si Georges Delerue est le compositeur indissociable de François Truffaut et Éric Serra celui de Luc Besson, Alain Jomy est celui de Claude Miller. L’osmose et la confiance vont de pair(e) entre les deux hommes, le musicien accompagnant les idées du cinéaste et donnant du volume (sonore) à ses images.

Les années post Miller

Les années filmiques 1990 sont celles des eaux dormantes de Jacques Tréfouel (1992), Oranges amères de Michel Such, J’aime de António-Pedro Vasconcelos. Arrive en 2001, The Devil i the Flesh (Le diable au corps) de Gérard Corbiau. C’est un OFNI (objet filmique non identifié), un projet fou qui trainera pendant des années, car axé sur un opéra filmé adapté du roman éponyme de Raymond Radiguet déjà mis en images par Claude Autant-Lara en 1947, et qui s’étendra sur les années 2004-2007 et 2011-2012. S’ensuivent La Storia di B et Les marais criminels d’Alexandre Messina (2005, 2009), 26 lettres et un philosophe et Alegria séfarade de Suzy Cohen (2011 et 2020), L’avenir de la mémoire de Diane Baratier (2012) et À une heure incertaine de Carlos Saboga.

Comme le conclut l’auteur, les meilleurs alliés des compositeurs sont les monteurs – Jean-Bernard Bonis, Françoise Collin, Chantal Delattre, Jean-Claude Bonfanti…, accoucheurs des films et téléfilms qui savent donner le rythme en (r)accordant la musique aux plans. Les pires ennemis sont, a contrario, les “monteurs son” – et leurs employeurs – qui, dans un souci vériste, ajoutent des effets sonores. Il ne faut pas que la musique soit le parent pauvre du film et un convive invité au dernier instant. Le cinéaste doit considérer la musique comme un élément essentiel du film – au même titre que l’image, le décor – et comme un personnage en action, et le compositeur comme un auteur à part entière rétribué pour ses partitions. Un mariage de raison et d’amour doit unir le compositeur et le cinéaste, pour la plus grande joie du spectateur. Un livre filmographique qui dévoile un pan méconnu du cinéma, celui des artistes invisibles, les compositeurs et les monteurs de films et de téléfilms, et qui fait entendre une voix nouvelle.

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