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Le temps des loups

Olivier Maulin, Le temps des loups, Le Cherche Midi, 22/09/2022, 15€

Écrivain à multiples facettes, diariste dans Histoire des Cocotiers (Éditions Rue Fromentin), qui vit le ton Maulin naître sur les plages du lointain Brésil, avec l’intention déjà évidente de mettre son grain de sable un peu partout, chroniqueur lucide et sincère, portant sur notre société un regard rappelant, en son temps, celui de Marcel Aymé : Le populisme ou la mort (Via Romana), romancier créatif et inspiré, fuyant d’instinct les sentiers archi-rebattus, le réjouissant Gueule de bois ou le délirant La fête est finie (Denoël), Olivier Maulin, découvert par Éric Naulleau à la Belle Époque de L’Esprit des Péninsules et affichant depuis constance et forme royale, nous revient avec Le Temps des Loups (Borderline/ Le Cherche Midi), un roman enlevé se distinguant par une série de kidnappings, réglés à coups de fusil de chasse, dans le silence à peine troublé des nobles forêts vosgiennes.
Sous l’impulsion de Blanche, la ferme du Renard-Pendu s’accorde une seconde chance, l’occasion faisant les petits lardons de ses omelettes, et, d’une certaine façon, la révolution se met en marche, retourne dans l’arène. Une jolie description des salons littéraires de province plus loin (“Les romanciers nationaux n’émergeraient qu’à partir de 10 heures… :”Ils arriveraient avec des tronches de déterrés, les cheveux en bataille, les yeux vitreux cachés derrière des lunettes noires, et prendraient place en rang d’oignons derrière leurs livres ou sur l’estrade, d’où ils ne cesseraient de consulter leur téléphone portable pour signifier qu’ils étaient liés à des mondes infiniment plus héroïques et mystérieux.”
Une nouvelle définition du romantisme pour la route : “Un romantique, c’est un mec qui s’en fout des couchers de soleil et qui pense que les femmes sont des trous.”
Des personnages truculents, plus vrais que nature, s’invitent dans une sarabande endiablée, de Gorin Le Lorrain, montant Gringalet comme Quichotte Rossinante, à Babou la Patagonne, sans oublier les simplets-triplés Grosdidier ou l’inévitable bande à Bader, bref de drôles de loups-loups, le colonel local allant jusqu’à transformer son fauteuil roulant en char de combat. Quelques bonnes vérités plus loin : “Pour être français, il faut accepter de vivre en Français, point final !”, “  Un tribunal musulman ! Je vous l’affirme : c’est la fin de la France !”,
Maulin introduit, hache en pogne, la Franc-bûcheronnerie, dont le but est, évidemment, de “réhabiliter l’obscurantisme, de revenir aux forêts hantées, aux prières collectives à la Vierge Marie et aux ballets des fées sur les landes embrumées.”  Shakespeare n’est pas loin, My Kingdom for a Wolf ! Mais, en vous régalant au fil de ces pages gorgées de malice, dégoulinantes de joyeusetés, c’est plutôt l’image de Rabelais ou de Blondin qui s’imposera à vous,
Maulin comme un singe en hiver, quoi !

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On ne s’attend pas toujours à ce qu’un roman nous serre le cœur avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres.

Et pourtant, La Petite Vie d’Antoine Cargoet réussit ce miracle : faire résonner l’universel dans le murmure du personnel. Premier roman d’une maîtrise rare, ce récit retrace, avec pudeur et intensité, l’histoire d’un fils qui, face à la disparition de son père, tente de recoller les morceaux d’une mémoire ordinaire et pourtant essentielle. Rien de spectaculaire ici — juste des instants vrais, une lumière jaune sur un salon, des trajets en voiture, des films partagés en silence.

Coup de maître d’un écrivain discret, La Petite Vie redonne à la tendresse sa pleine place littéraire. Il ne s’agira pas d’oublier ce livre, mais de le garder auprès de soi, comme une photo un peu floue, un peu précieuse.

 

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