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Dans les séries et les films hollywoodiens on utilise l’anglicisme (voire l’américanisme) “Prequel”, pour définir l’œuvre dont l’histoire se déroule avant celle d’une œuvre précédente. Les Québécois qui sont heureusement toujours plus allergiques que les Français aux emprunts à la langue anglaise, parlent “d’Antépisode”, un mot juste et évocateur de sens, mais qui ressemble à un nom de médicament.

Pour le titre de son second roman, intitulé “Lifitude”, qui est donc l’antépisode de “Roger” publié en 2020, Nicolas Denize n’utilise pas un anglicisme, pire c’est un faux anglicisme comme on les aime tant en France : je porte mes “baskets” et mon plus beau “slip” pour aller faire un “footing”… Il s’agit même d’un néologisme créé par l’auteur, à la manière d’une Ségolène Royal évoquant la “Bravitude” au pied de la Grande muraille lors de son voyage officiel en Chine.

“Lifitude” est le nom du magazine branché et urbain dans lequel travaille la brillante compagne du personnage principal. Le rajout du suffixe “itude” à un mot plein de positivité et en anglais comme “Life” fait ressentir ce mélange de snobisme faussement détaché d’une partie de la population que croque avec acidité et délice Nicolas Denize.

Le romancier qui est un grand admirateur des auteurs classiques de la littérature française, en particulier de Balzac (on n’évoquera pas ici ses autres passions plus clivantes telles que la corrida, le Jack Daniel’s, ou les photos de lui en train d’uriner). Rien d’étonnant donc à ce qu’il continue avec son second ouvrage sa propre “Comédie humaine” des années 2020, faite de portraits d’une société moderne parisienne, partagée entre les insupportables bobos et les populos périphériques déclassés ne sachant pas trop ce qu’ils font ensemble dans cette jungle, voire ce zoo.

Ma longue expérience me laisse à penser que quelque chose chez moi donne l’envie irrépressible aux personnalités erratiques de venir me faire la démonstration de leurs névroses.

Le poste d’observation du narrateur est idéalement trouvé : Il est agent de sécurité pour une société en contrat avec une grande maison du luxe à la française. Quoi de mieux que ce postulat pour ainsi décrire ces deux villes, ces deux sociétés, d’en haut et d’en bas, qui vivent faussement ensemble au quotidien. En retrouvant chez lui le soir les pseudos intellos journaleux qui gravitent autour de sa copine, la boucle est bouclée afin d’offrir un panorama complet, moqueur mais tendre de notre époque, sans jamais tomber dans le jugement moral de l’autre. Les différentes pages sur la station de radio publique “France Exter” évoque d’ailleurs le roman de Beigbeder dont le titre en forme d’émoticône traduit par “L’Homme qui pleure de rire” (Grasset, 2020) relate son expérience de chroniqueur radiophonique chez France Inter.

Le studio baignait dans l’hilarité suite à l’énième micro-trottoir durant lequel Coucharrière se moquait, plus ou moins subtilement, des blancs hétérosexuels monogames qui mangent de la viande et ne votent pas à gauche.

Tous les deux sont ainsi des pourfendeurs potaches mais lettrés, de cette “épidémie de supériorité morale” dont parle Bret Easton Ellis, de plus en plus prégnante et étouffante et qui n’a aucune place dans la littérature qui sait parfois être méchante pour notre bien…

Olivier AMIEL
articles@marenostrum.pm

Denize, Nicolas,”Lifitude”, La P’tite Hélène éditions, 24/06/2021, 1 vol. (243 p.), 21€

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On ne s’attend pas toujours à ce qu’un roman nous serre le cœur avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres.

Et pourtant, La Petite Vie d’Antoine Cargoet réussit ce miracle : faire résonner l’universel dans le murmure du personnel. Premier roman d’une maîtrise rare, ce récit retrace, avec pudeur et intensité, l’histoire d’un fils qui, face à la disparition de son père, tente de recoller les morceaux d’une mémoire ordinaire et pourtant essentielle. Rien de spectaculaire ici — juste des instants vrais, une lumière jaune sur un salon, des trajets en voiture, des films partagés en silence.

Coup de maître d’un écrivain discret, La Petite Vie redonne à la tendresse sa pleine place littéraire. Il ne s’agira pas d’oublier ce livre, mais de le garder auprès de soi, comme une photo un peu floue, un peu précieuse.

 

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