0
100

Montredon restitue la mémoire vive des luttes viticoles occitanes meurtries

Bernard Revel, Montredon. Souviens-toi vigneron, Balzac éditeur, 25/03/2026, 416 pages, 25€

En fils de l’Aude rebelle et longtemps laissée pour compte par les diverses instances parisiennes, Bernard Revel n’a jamais manqué de fidélité aux siens.

Les siens, à savoir ces viticulteurs courageux, saignés à blanc par l’État et pieds et poings liés par les injonctions de Bruxelles, qu’il n’a cessé de défendre à travers plusieurs livres et une pléthore de chroniques journalistiques dans L’Indépendant, où il fut une plume majeure plusieurs décennies durant, ainsi que dans La Semaine du Roussillon, tout récemment avec son « Libérez Teisseyre ».

Cette volonté sans faille de conter l’existence des sans-grade, comme celle des troubadours ou des poètes, ne tient pas à son seul talent d’écriture.

Pour mieux comprendre le feu intérieur de ce Carcassonnais, il faut sans doute se référer à cette quête biographique qu’il nous donne à lire dans L’Enfant de la Matrie, dont nous avons recensé le premier tome dans ces mêmes colonnes : “Je vivais dans la lune entre Corbières et Canigou. Et moi au milieu, tout petit, j’étais enveloppé de jeunesse », écrivait-il pour décrire cette ferme nommée Matrie, en référence au terroir natal.

Si ce temps de l’enfance paraît, a priori, bien éloigné de la thématique de son dernier ouvrage, il en constitue cependant toute la sève.

Car, bien mieux que de retracer l’épopée chronologique d’une révolte vigneronne, Bernard Revel restitue l’humanisme de tous ces viticulteurs du Midi, à ce point privés du fruit de leur labeur qu’ils n’eurent bientôt plus que l’action violente pour faire entendre leur voix.

C’est dire que, par-delà la stricte chronologie des affrontements, d’émouvants portraits émaillent cet ouvrage, dont les images et les voix résonnent encore aujourd’hui.

On y croise celles de Marcellin Albert, lors des premières manifestations de Carcassonne à l’orée du siècle précédent, celle du député de l’Hérault, Édouard Barthe, trois décennies plus tard, ou encore celle d’André Cases, passionné de rugby aux côtés de Laurent Spanghero autant que de son terroir viticole, dont il fait une émouvante élégie : “Regarde, c’est plein de pudeur, une vigne. Elle cache ses fruits sous ses branches, les tient au chaud comme une cane qui rassemble ses petits sous son aile.”

Cette verve poétique, au gré des promesses non tenues des gouvernants successifs, n’a d’égale que les coups d’éclat, tout aussi légitimes que véhéments, des leaders de la révolte.

Ceux d’André Cases, d’abord, puis d’une cohorte de contestataires tels que le tribun Maffre-Baugé, Castéra le Terrible, le Faucon Vialade et bien d’autres, qui luttèrent courageusement contre l’iniquité.

Aux porte-paroles de cette sédition s’agrègent les pamphlets d’échotiers comme Fabre-Colbert ou le refrain du chanteur Claude Marti, dont le slogan « Ome d’Oc, as dreit a la paraula, parla ! » — Homme d’Occitanie, tu as droit à la parole : parle ! — deviendra un cri du cœur générationnel.

Décrite ensuite dans une fidèle succession d’événements, des années 1970 à 2025, cette guerre du vin se déploie ainsi au long d’une trentaine de chapitres aux libellés évocateurs.

Du « Coup de Verzeille » à « La nuit blanche de Lagrasse », en passant par le « Raid chez le milliardaire rouge » ou encore « Libérez Teisseyre », ce sont autant de hauts faits, ciselés en hommage à tous ces gens de la terre qui refusèrent de mourir, que Bernard Revel nous relate avec acuité et authenticité.

Dans la préface, Claude Marti conseille de déguster ce livre gravement, à l’ombre d’une treille, un verre d’excellent vin d’ici à portée de la main. Un ouvrage souverain contre l’amnésie et, par conséquent, pour l’intelligence.

Vous avez aimé cet article ?

Média indépendant et sans publicité, Mare Nostrum propose un accès libre à tous ses contenus. Seul son lectorat lui permet d’exister.
Une information exigeante a un coût : soutenez nous
(dons déductibles).

Pour contacter la rédaction – contact@marenostrum.pm

Couverture de l'Odyssée du savoir. Tome 1

Et si l’humanité avait toujours préféré les grandes légendes à la vérité ?

Des grottes de Lascaux aux mystères de la Mésopotamie et de l’Égypte ancienne ; de Göbekli Tepe aux origines du christianisme : pourquoi notre cerveau invente-t-il des dieux, des Atlantes et des anciens astronautes plutôt que d’accepter le génie ordinaire des hommes ?

Parce que croire est plus facile que comprendre.

Ce premier tome de l’Odyssée du Savoir remonte aux racines de cette tension fondamentale entre connaissance authentique et fausses croyances. Un voyage de la préhistoire à l’Antiquité tardive, rigoureux et passionnant.

Derrière chaque légende, chaque mythe, il y a une vérité plus stupéfiante encore. Un livre qui change le regard sur tout ce que vous croyez savoir.

 

À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE
Soutenez notre cause - Soutenez notre cause - Soutenez notre cause

Pour que vive la critique littéraire indépendante.

Nos articles vous inspirent ou vous éclairent ? C’est notre mission quotidienne. Mare Nostrum est un média associatif qui a fait un choix radical : un accès entièrement libre, sans paywall, et sans aucune publicité. Nous préservons un espace où la culture reste accessible à tous.

Cette liberté a un coût. Nous ne dépendons ni de revenus publicitaires ni de grands mécènes :
nous ne dépendons que de vous.

Pour continuer à vous offrir des analyses de qualité, votre soutien est crucial. Il n’y a pas de petit don : même une contribution modeste – l’équivalent d’un livre de poche – est l’assurance de notre avenir.

autres critiques
Days :
Hours :
Minutes :
Seconds