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Noé Bezborodko – Napoléon est mort à Saint-Denis

Noé Bezborodko, Napoléon est mort à Saint-Denis, Les Presses littéraires, 28/03/2023, 1 vol. (245 p.), 19€.

Il y a deux branches dans la communauté des passionnés de Napoléon, ceux qui refusent qu’on égratigne le mythe, quitte à le mettre sous cloche, et ceux – comme l’auteur de cette recension – qui pensent que, même critiqué, moqué ou parodié, l’intérêt pour lui prouve la survivance du mythe à travers les siècles…
À la veille de la sortie du très attendu film de Ridley Scott, pour lequel on s’écharpe déjà – avant même de l’avoir vu – sur le respect ou non de la véracité historique, sur le respect ou non du mythe… Va-t-on glorifier un tyran ? Ou va-t-on défendre l’héritage d’un grand homme ? C’est la preuve qu’en 2023, c’est « Toujours lui ! Lui partout ! » comme l’écrivait déjà Victor Hugo en 1829 dans le recueil de poésie Les Orientales.
Le grand spécialiste de Napoléon, Jean Tulard, rappelle souvent qu’il y a davantage de films sur l’Empereur des Français que sur le Christ, et qu’on a écrit davantage de livres sur lui – quatre-vingt mille d’après les calculs de l’historien – qu’il n’y a de jours depuis sa naissance !
À l’approche donc des cent mille livres, Noé Bezborodko, publie un roman dont le titre ne peut qu’interpeller voire froisser certains admirateurs de l’Empereur : “Napoléon est mort à Saint-Denis”.
Pourtant, dans cette histoire de nécromancie, où une bande de Pieds nickelés d’un groupuscule d’historiens du dimanche appelé “Les hussards sur la Plaine”, résultat d’une dissidence avec le « Club Bonaparte » vont refaire vivre – au sens propre, mais on ne peut pas en révéler davantage – des personnages historiques de l’épopée napoléonienne…
C’est l’occasion pour l’auteur de livrer un récit drôle, avec bien entendu les avantages narratifs du voyage temporel et des anachronismes. C’est ainsi qu’un maréchal d’Empire chevauchant un scooter va se perdre – mais avec bonheur – en banlieue parisienne où “La Kiffance” a remplacé “Le Chant du départ”.

Noé Bezborodko croque surtout avec tendresse une galerie de personnages loufoques et attachants, au milieu de projets de coup d’État et de perfidies anglaises – ce qui est un pléonasme.
Mais les Français sont-ils prêts à un retour de l’Empereur lui-même ? Le Professeur Thierry Lentz se posait sérieusement la question dans Pour Napoléon (Perrin, 2021) : “Que ferait-il s’il revenait ? Question stérile, certes, mais qui révèle la nostalgie du sauveur, vieille recette hexagonale pour conjurer le sentiment d’impuissance qui étreint face aux médiocrités ambiantes”.
Pour les doux dingues du roman de Noé Bezborodko, il y a débat sur la question propice à des échanges très drôles et surréalistes entre eux…

— Écoute Bernard, je n’ai jamais rien eu contre toi mais… Tu n’es qu’une grande gueule. Tu te plains tout le temps de l’état de déliquescence de notre pays, du manque de fermeté de nos dirigeants, de la médiocrité de notre presse, de la dégradation de nos quartiers, etc. Nous avons l’opportunité extraordinaire de changer tout ça et toi tu te débines.
— Attends Lucien, je n’ai jamais dit que la solution à tout ça c’était un coup d’État militaire…
— Tu ne fais pas confiance à Napoléon ? 

Il faut dire que même si l’image de l’asile rempli de fous se prenant pour Napoléon n’est paraît-il plus une réalité en France depuis des années, il y a toujours cet intérêt follement passionné pour « Lui » qui fait dire à Dick en voyage en Italie dans Tendre est la nuit de Francis Scott Fitzgerald en 1934 : “Je déteste tout, ici. Je n’aime que la France, parce qu’en France tout le monde se prend pour Napoléon. Ici, tout le monde se prend pour le Christ”.

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On ne s’attend pas toujours à ce qu’un roman nous serre le cœur avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres.

Et pourtant, La Petite Vie d’Antoine Cargoet réussit ce miracle : faire résonner l’universel dans le murmure du personnel. Premier roman d’une maîtrise rare, ce récit retrace, avec pudeur et intensité, l’histoire d’un fils qui, face à la disparition de son père, tente de recoller les morceaux d’une mémoire ordinaire et pourtant essentielle. Rien de spectaculaire ici — juste des instants vrais, une lumière jaune sur un salon, des trajets en voiture, des films partagés en silence.

Coup de maître d’un écrivain discret, La Petite Vie redonne à la tendresse sa pleine place littéraire. Il ne s’agira pas d’oublier ce livre, mais de le garder auprès de soi, comme une photo un peu floue, un peu précieuse.

 

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