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Saupoudrer une fiction d’un zeste d’histoire est un processus d’écriture en vogue dans la littérature actuelle. Parvenir à en décrypter les méandres par l’incarnation de personnages romanesques relève d’une toute autre maîtrise. C’est le tour de force intenté, et brillamment réussi, par le nouvel opus de Metin Arditi.

En tissant une trame qui s’étale de la Palestine ottomane en 1917 jusqu’à l’intervention israélienne au Liban en 1982, l’auteur fait bien mieux que brosser un splendide portrait de femme, il en dévoile les péripéties au gré des diverses convulsions dont ce Proche-Orient n’a cessé d’être agité.
De sorte qu’à travers cette fresque fictionnelle, le lecteur assimile sans peine les soubresauts d’un conflit séculaire que nombre d’essais ont eu grand peine à élucider. Cela pour l’un des attraits de “Rachel et les siens” qui ne se réduit pas, tant s’en faut, à ce seul volet. Car par la construction même du récit, le partage d’un appartement entre une famille juive et arabe auquel va se greffer l’arrivée d’une jeune Ashkénaze et l’évolution des trois jeunes adolescents dans une ville de Jaffa aussi indolente que bouillonnante, tous les ingrédients d’éruptifs lendemains sont ici réunis.
Outre l’insolite complicité entre une jeune juive, son frère de lait arabe et une Ashkénaze orpheline, l’exil forcé de la smala dans un kibboutz insère le récit dans un tourbillon d’événements dont la dramaturgie n’a d’égale que le courage et l’esprit d’unité. Par le souffle qu’il suscite, Metin Arditi signe là une épopée vibrante d’humanité guidée par l’obsession de l’unité.
Une façon de choisir la vie comme y incitait André Chouraqui, lorsqu’il préconisait “de renoncer à jouer avec nos divisions et nos haines pour se diriger vers la chaleur de la flamme salvatrice, celle du feu de l’Alliance”. Ce sera l’incessante quête de Rachel, la petite fille qui aimait raconter des histoires, qui puisera dans le théâtre la force d’harmoniser les courants contraires et de transcender ses multiples blessures.

Une héroïne à la dimension de l’ouvrage, tout à la fois intrigante, complexe et émouvante que l’on quitte avec autant de bonheur que de regret…

Michel BOLASELL
contact@marenostrum.pm

Arditi, Metin, « Rachel et les siens », Grasset, « Littérature française », 26/08/2020, Disponible, 1 vol. (503 p.), 24,00€.

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Rarement un roman ne donne l’impression d’entrer à la fois dans une maison, un village et une mémoire comme Kaïssa, chronique d’une absence.

Dans les hauteurs de Kabylie, on suit Kaïssa, enfant puis femme, qui grandit avec un père parti  en France et une mère tisseuse dont le métier devient le vrai cœur battant de la maison. Autour d’elles, un village entier : les voix des femmes, les histoires murmurées, les départs sans retour, la rumeur politique qui gronde en sourdine. L’autrice tisse magistralement l’intime et le collectif, la douleur de l’absence et la force de celles qui restent, jusqu’à faire de l’écriture elle-même un geste de survie et de transmission.

Si vous cherchez un roman qui vous serre le cœur, vous fait voir autrement l’exil, la filiation et la parole des femmes, ne passez pas à côté de Kaïssa.

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