Gilles Navarro & Rodrigo Capo Ortega, Rugby sous pression. Quelle vie quand le sport s’arrête ?, Éditions Privat, 03/09/2026, 162 pages, 18,90 €
Sous la plume de Gilles Navarro, ancien grand reporter à L’Équipe, l’emblématique deuxième ligne du Castres Olympique (CO) Rodrigo Capo Ortega livre avec Rugby sous pression un récit personnel glaçant sur l’après-carrière d’un sportif de haut niveau.
S’il a fait preuve d’éclectisme dans le journalisme sportif – la Formule 1 et l’athlétisme notamment – durant ses années passées à L’Équipe, Gilles Navarro n’en demeure pas moins viscéralement attaché au rugby. En témoignent son passé de joueur, sa présence assidue sur les bancs de presse des stades Aimé-Giral et Gilbert-Brutus et, davantage encore, les nombreux ouvrages qu’il a publiés sur ce sport, parmi lesquels ceux consacrés à Guy Novès, Vincent Clerc, Guilhem Guirado ou, plus récemment, Lucien Mias. C’est dire combien il connaît l’univers de l’ovale, qu’il s’agisse de l’analyse du jeu, de la mémoire de ses grandes figures ou des revers qui accompagnent sa pratique.
Les pièges de la quatrième mi-temps
L’auteur a choisi d’explorer cet ultime volet, celui de l’après-carrière, à travers le parcours de Rodrigo Capo Ortega, qui en a éprouvé les pièges après tant d’autres. Chez cet homme resté dix-huit saisons fidèle à son club, les propos rapportés dans la préface sont éminemment révélateurs.
« Rien ne nous prépare vraiment à l’après. On pense que la carrière durera toujours… On croit que l’on aura le temps de réfléchir à la suite… Mais le jour où tout s’arrête, si on n’a pas anticipé ce moment, on peut perdre ses repères, son identité, son équilibre. »
Pour « Capo », comme le surnomment ses fidèles, la bascule est venue de la fin brutale de sa carrière, en pleine crise du Covid, alors que rien ne l’y préparait. Cette rupture avec « le moteur essentiel de sa vie » allait l’enfermer sournoisement dans une profonde dépression, avec son cortège d’excès – l’alcool, la violence – et l’isolement social qui s’ensuivrait.
Une fois évoqués ses origines et les temps forts de son palmarès – deux titres de champion de France avec le CO, 403 matchs sous le même maillot, 41 sélections avec l’équipe d’Uruguay –, « Capo » détaille sans fard, sous la plume de l’auteur, les étapes de sa longue descente aux enfers.
Témoigner pour mettre en garde
Du « Pétage de plomb » aux prémices de la dépression, en passant par « Le triste clap de fin », pour reprendre les intitulés de plusieurs chapitres, le rugueux quinziste d’hier n’occulte rien des souffrances endurées ni des addictions subies. « Je dilapide l’argent du ménage pour assouvir mes vices cachés. J’ai le sentiment de ne servir à rien, de n’être plus personne. Jaloux de la réussite de Julie [sa femme], je finis par devenir violent sans le vouloir, dépendant sans le savoir. Je suis dans le déni complet. »
À ces aveux sincères s’ajoute le témoignage, tout aussi émouvant, de son épouse, qui, compréhensive autant qu’aimante, l’aide à entrouvrir les portes de la rédemption. « Tu vas jouer ce match et le gagner… », le rassure-t-elle lorsqu’elle se résout à le confier à une clinique psychiatrique, avant de l’entourer d’une famille bienveillante. Les soins et cet entourage concourront à sa pleine guérison.
Mais, sitôt sorti de ces années de galère grâce aux siens et à la famille du CO, qui l’a toujours soutenu, l’ancien deuxième ligne ne pouvait en rester là. Depuis lors, il ne cesse de témoigner, pour donner un sens aux souffrances qu’il a connues et mettre en garde les nouvelles générations de sportifs. Édifiant !