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Un fils explore les mystères d’une vie paternelle cachée

Frédéric Beigbeder, Un homme seul, Grasset, 08/01/2025, 220 pages, 20,00€

On pourrait imaginer qu’il s’agit d’un règlement de compte familial, au sens violent, comme c’est trop à la mode chez beaucoup d’écrivains contemporains.
On comprend vite que le dernier livre de Frédéric Beigbeder est en fait un règlement « à l’amiable » et posthume d’un différend voire plutôt d’un quiproquo, par un fils qui vient de perdre son père.

La personne pour qui ce livre est écrit ne le lira pas ; avouez que c’est ballot.

Ressentir trop tard le fait qu’on a aimé et surtout compris ses parents une fois qu’ils sont partis est une situation banale qu’on retrouve dans toutes les familles du monde.
Mais dans Un homme seul, c’est avec le brio et les mots terriblement tendres de Frédéric Beigbeder qui reste ironique et drôle dans sa façon de décrire les choses, même s’il semble achever sa mue plus émouvante et grave constatée déjà dans ses derniers ouvrages.
L’écrivain relate une vie avec des passages éprouvants et touchants sur l’enfance de son père dans un pensionnat aux méthodes inhumaines. Il arrive à nous intéresser au métier surprenant de chasseur de têtes dans les hautes sphères de la finance et nous fait sourire avec sa théorie d’une prétendue carrière en parallèle d’espion pour la CIA… Et surtout, les pages sur la maladie et les moments précédant la disparition avec les regards croisés et les petits arrangements avec la réalité, sont tout simplement bouleversantes.
Le règlement de compte n’est définitivement pas une vengeance dans ce livre. Au contraire il est la preuve d’un respect entre ce qui devient deux curiosités de l’Histoire : la génération des boomers et celle de leurs enfants de la génération X.
Comment à l’heure des offensés de tous poils, de la déconstruction et du retour du puritanisme, comprendre qu’un fils n’en veuille pas à son père de ses absences répétées, de l’avoir laissé seul avec son frère pendant des vacances à l’autre bout du monde alors qu’il draguait des minettes au bar de l’hôtel, ou de n’avoir jamais exprimé clairement sa fierté pour l’accomplissement de ses enfants ?
Ce que notre époque bien-pensante et fragile prend comme de l’égoïsme et du cynisme, est en fait une preuve que la paternité – tout comme d’autres aspects de la vie – est vue par la génération X sous le prisme de l’altérité, c’est-à-dire comme la nécessité d’essayer de se mettre à la place de l’autre afin de pacifier les relations avec son père boomer tout en tentant de tenir son propre rôle de père.
C’est cette leçon d’altérité que donne Frédéric Beigbeder dans son beau et émouvant récit au son de la sonate numéro 16 de Mozart, du morceau folk « Everything I own » de Bread, et du poème basque « Hegoak », les ailes, comme une épitaphe à son père :

Si je lui avais coupé les ailes
Il aurait été à moi
Il ne serait pas parti
Mais ainsi
Il n’aurait plus été un oiseau
Et moi, c’est l’oiseau que j’aimais
Et moi, et moi, c’est l’oiseau que j’aimais.

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On ne s’attend pas toujours à ce qu’un roman nous serre le cœur avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres.

Et pourtant, La Petite Vie d’Antoine Cargoet réussit ce miracle : faire résonner l’universel dans le murmure du personnel. Premier roman d’une maîtrise rare, ce récit retrace, avec pudeur et intensité, l’histoire d’un fils qui, face à la disparition de son père, tente de recoller les morceaux d’une mémoire ordinaire et pourtant essentielle. Rien de spectaculaire ici — juste des instants vrais, une lumière jaune sur un salon, des trajets en voiture, des films partagés en silence.

Coup de maître d’un écrivain discret, La Petite Vie redonne à la tendresse sa pleine place littéraire. Il ne s’agira pas d’oublier ce livre, mais de le garder auprès de soi, comme une photo un peu floue, un peu précieuse.

 

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