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Une immersion dans la complexité des émotions adolescentes

Robin Josserand, Un adolescent amoureux, Mercure de France, 22/08/2024, 152p, 17€.

Il y a un petit peu plus d’un an, nous avions chroniqué le premier roman d’un auteur prometteur, Robin Josserand, qui, avec Prélude à son absence, réussissait une entrée remarquée sur la scène littéraire française. Une petite année plus tard, le prolixe auteur récidive avec Un adolescent amoureux où l’on retrouve avec bonheur sa plume vive et son style désormais affirmé au service d’une histoire d’amour tourmentée.

Le héros et narrateur est un lycéen de Terminale, sage adolescent, bon élève et encore totalement sous la coupe de parents aimants et inquiets auxquels il se soumet sans réelle velléité de révolte visible. En son for intérieur pourtant, brûle un feu qui consume son corps et son cœur, attiré qu’il est par les corps masculins, secret honteux qu’il ne partage avec personne et qui le cloue dans une solitude emplie de mal-être. La ville provinciale sans nom dans laquelle il vit, grise, étouffante et où chacun est au courant de ce que l’autre fait, est peu propice aux expériences anonymes pas plus que le lycée qu’il fréquente et au sein duquel, comme dans tous les lycées du Monde, garçons et filles usent l’essentiel de leur énergie à courir les uns après les autres. Plus tard, il y aura un destin, une liberté à conquérir ailleurs mais pour l’heure rien ne semble possible à notre lycéen sans perspective.

L’arrivée de A., nouvel élève plus âgé et aux allures de voyou va révolutionner le petit monde de notre narrateur. Le nouvel arrivant affiche un mépris ostentatoire pour la chose scolaire, fume des cigarettes roulées, s’habille différemment des autres lycéens et s’acoquine rapidement avec tous les petits trafiquants du quartier. Pour notre héros, A. va devenir un point de référence et lui ressembler une obsession permanente dans un mimétisme épousant tout de sa manière d’être, de vivre, de brûler. Il va surtout devenir un point de désir incandescent, obsessionnel, il est LE garçon — fantasme dans lequel se reflètent tous les garçons, tous les hommes à désirer. Pour lui plaire, le narrateur va naviguer en terres inconnues, traverser des tempêtes, pousser au plus loin le mimétisme avec sa nouvelle idole pour finalement s’approcher de lui-même.

Dans Un adolescent amoureux, Robin Josserand retrouve ses thèmes de prédilection autour des amours homosexuelles, des “mauvais garçons”, des influences littéraires qui, l’air de rien, façonnent ses personnages comme ils ont sans doute façonné le bibliothécaire et l’auteur qu’il est devenu. Il conserve également avec bonheur son format de roman bref et dense, ses courts chapitres et ses phrases incisives. La mise en abîme vertigineuse des dernières pages où une scène du roman est reprise en passant du “je” narrateur au “il” conteur, confirme que le romancier prend le dessus sur l’auto-biographe et que Robin Josserand aura encore à nous offrir, dans les années à venir, des romans qui conteront autant qu’ils compteront.

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On ne s’attend pas toujours à ce qu’un roman nous serre le cœur avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres.

Et pourtant, La Petite Vie d’Antoine Cargoet réussit ce miracle : faire résonner l’universel dans le murmure du personnel. Premier roman d’une maîtrise rare, ce récit retrace, avec pudeur et intensité, l’histoire d’un fils qui, face à la disparition de son père, tente de recoller les morceaux d’une mémoire ordinaire et pourtant essentielle. Rien de spectaculaire ici — juste des instants vrais, une lumière jaune sur un salon, des trajets en voiture, des films partagés en silence.

Coup de maître d’un écrivain discret, La Petite Vie redonne à la tendresse sa pleine place littéraire. Il ne s’agira pas d’oublier ce livre, mais de le garder auprès de soi, comme une photo un peu floue, un peu précieuse.

 

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