Antoine Idier, Réprimer et réparer. Une histoire effacée de l’homosexualité. Éditions Textuel. 02/04/2025, 222 pages, 19,90€
Le livre « Réprimer et réparer » est publié en 2025 dans la collection Petite encyclopédie critique aux Éditions Textuel. L’auteur né en 1988, est un scientifique politique. Chercheur au CESDIP, et Maître de conférences en science politique à Sciences PO. Il est aussi Coordinateur des enseignements « arts et culture », et Directeur du Master 2 en Politiques de Création. Ses domaines de recherche sont larges : Histoire sociale des idées et des mouvements politiques, Histoire de l’homosexualité et des mouvements LGBTQI+, théories minoritaires, répression, pénalisation et dépénalisation de l’homosexualité, Art, culture et politiques artistiques, et enfin Théories des images. C’est un jeune Chercheur de son temps, et pleinement engagé. Son livre s’inscrit dans un débat social et parlementaire actuel.
Une colère devant la présentation d’une Proposition de Loi pour la reconnaissance et la réparation des préjudices subis par les homosexuels entre 1942 et 1982.
Le livre fait suite à un sentiment de colère ressentie lors des débats parlementaires. Selon l’auteur, un mensonge historique allait s’installer, et lui semblait qu’il fallait y répondre. Cette Proposition de Loi n’envisageait la répression de l’homosexualité qu’à partir de 1942, oubliant qu’elle est bien plus ancienne, et elle laisse de côté toute une variété de pratiques punitives antérieures. Le harcèlement policier n’était, selon lui, pas abordé. Pourtant, il aurait fallu mettre l’accent sur l’ampleur de cette répression, à reconnaître l’existence d’une politique et d’une violence structurelles. L’auteur examine le débat contemporain en France sur le sujet, et s’interroge sur la portée et la forme de la réparation : symbolique ? financière ? étatique ? administrative ? Ce livre est donc daté. Il est récent. Le Sénat a réexaminé en 2025 la Proposition de Loi « pour la reconnaissance et la réparation des préjudices subis par les homosexuels entre 1942 et 1982 ». Ce livre est donc au cœur de l’actualité de la sociologie politique et sociale est une contribution pour dénoncer les limites d’un texte parlementaire « aux contours fluides ».
Quatre thématiques principales sont abordées dans cette étude.
L’auteur aborde tour à tour la répression historique en explorant les pratiques policières et des condamnations judiciaires qui ont ciblé les homosexuels au fil du temps. Puis, il consulte les archives en analysant la manière dont les archives policières ont répertorié les faits, des personnes, des actes répressifs ; ce qui permette de reconstituer des vies effacées. Le rôle des institutions est aussi abordé dans la persécution des homosexuels. Ce qui aboutit à une autre thématique concernant l’effacement mémoriel ; c’est-à-dire menant une réflexion sur pourquoi et comment cette histoire a été oubliée ou minorée dans les récits. Enfin, la justice transitionnelle qui lit le questionnement sur les démarches contemporaines de réparation et de reconnaissance institutionnelle des victimes.
Une histoire approfondie de la répression de l’homosexualité en France, depuis le 19e siècle jusqu’à aujourd’hui.
Dans cet essai, il s’appuie sur des archives judiciaires et policières peu exploitées pour explorer la répression de l’homosexualité en France. Il cherche à saisir comment cette histoire a été effacée et oubliée. Il investigue à la fois l’histoire des mécanismes répressifs et la question actuelle de la justice transitionnelle et de la réparation des victimes de cette répression. L’homosexualité en France n’a pas seulement été criminalisée par des lois explicites. Elle a été ciblée par des pratiques policières, judiciaires et administratives. La répression selon l’auteur n’est jamais simplement ponctuelle. Elle est systémique et continue sur plusieurs siècles. La compréhension des effets de cette répression permet de réparer le passé mais aussi de réfléchir à la manière de prévenir les discriminations futures, et de renforcer la mémoire sociale des minorités sexuelles. Il s’agit d’évoquer la réparation des exclusions sociales au sens large, et ici ramenée à l’expérience singulière de la communauté LGBTQ+.
Un travail approfondi des archives policières et judiciaires comme outil de reconstitution, de vérité pour dégager des faits en vue de la justice historique.
Ce travail n’est pas quelconque. L’auteur s’investit, comme nous l’avons dit, dans l’étude approfondie des archives policières et judiciaires rarement exploitées, ce qui permet de faire surgir des voix individuelles et des parcours souvent ignorés dans les récits historiques entendus. Une idée de fond se dégage ; à savoir comment la répression a été structurée pour rester invisible (absence de textes explicites, invisibilisation sociale, manque de reconnaissance des victimes). La faiblesse des politiques mémorielles en France par rapport à d’autres pays européens est interrogée. Ce n’est pas vrai, par exemple, pour l’Espagne… Ces derniers, ici ou là, ont mis en place des mécanismes de réparation plus conséquents et publics.
Cette étude permet également de combler les lacunes de la mémoire collective et de poser la question de la réparation. Antoine Idier questionne alors ce que signifie réparer vraiment : s’agit‑il de réparations symboliques, financières, ou d’une reconnaissance institutionnelle plus large ? Les archives permettent de reconstituer les vies et expériences effacées révélant des trajectoires de vies réprimées. Les persécutions touchent tous les milieux sociaux, pas seulement certaines catégories de population. Les parcours individuels sont identifiés autant que faire se peut, ainsi que les méthodes de contrôle et des stratégies de survie des personnes persécutées. La répression est aussi indirecte (violences administratives, stigmatisation sociale, marginalisation économique).
Une répression a été conçue pour rester invisible, ce qui a conduit à un effacement du vécu homosexuel.
La répression de l’homosexualité n’a jamais vraiment cessé, même en l’absence de lois explicites, les autorités ont utilisé des mesures administratives, policières ou sociales pour contrôler et stigmatiser les homosexuels. Environ 10.000 condamnations ont été prononcées en vertu de l’article qui établissait un âge de consentement spécifique, et environ 40.000 pour le motif d’outrage public à la pudeur “homosexuel”, selon Régis Schlagdenhauffen, Maître de conférences à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS).
Antoine Idier analyse les mécanismes de répression et l’invisibilisation. Le livre souligne que la répression n’a pas été une simple période limitée à la criminalisation formelle, mais qu’elle a pris diverses formes (contrôles policiers, violences administratives, humiliations sociales) ; rendant l’expérience homosexuelle invisible. L’essayiste propose une réflexion éthique et politique sur ce que serait une vraie réparation. L’approche historique s’ancre dans une volonté de justice sociale, tout en soulignant que l’oubli fait partie intégrante du système de répression. La violence d’État contre les homosexuels implique non seulement d’accéder aux faits mais aussi de repenser la manière dont les sociétés reconnaissent et réparent leurs injustices passées. Cela se manifeste par l’absence de récits, de reconnaissance dans l’histoire sociale. Les voix ont été étouffées et les parcours de vie réprimés. Une absence de récits publics, la destruction, la non-utilisation des archives, et le manque de politique mémorielle sont aujourd’hui documentés, indéniables et incontournables. Tout est vérifiable.
Les contours possibles et envisagés d’une réparation : Justice transitionnelle
Le livre discute de la nécessité de réparations contemporaines pour les victimes qu’elles soient symboliques, financières ou institutionnelles. Il questionne les limites des démarches actuelles. Antoine Idier questionne la portée réelle de ces mesures : une loi seule suffit-elle ? Faut-il une reconnaissance sociale et mémorielle ?
La reconnaissance des victimes implique à la fois la mémoire officielle et l’inclusion des récits dans la conscience sociale. L’absence de Mémoriaux ou de commémorations contribue à cet effacement. Cela a été particulièrement vrai lorsqu’il s’est agi de participer aux commémorations, à Paris, pour commémorer les morts de la Shoah durant la Deuxième Guerre mondiale. La communauté LGBTQ+ a été priée de ne pas y participer. Le film « Un amour à taire » documente cet épisode douloureux pour la Communauté homosexuelle. Une exposition, en 2021 au Mémorial de la Shoah (Paris), a réparé cette béance mémorielle avec raison et force.
La reconnaissance sociale est indissociable de la justice historique et de la réparation. Le travail sur la mémoire collective participe à la lutte contre l’homophobie et les discriminations contemporaines. Il aide à former une société plus inclusive et informée sur les violences passées. Elle ne peut être réduite à un geste légal. Elle nécessite une réflexion sur l’histoire, la mémoire et l’éducation. La société est invitée à reconnaître les injustices passées et à en tirer des leçons pour le présent.
Le jeune Chercheur s’est interrogé sur la portée de ces réparations et ce que signifie « réparer vraiment ».
Alors qu’en France une Loi de réparation des condamnations liées à l’homosexualité était en discussion (notamment pour la période 1942‑1982), le livre s’est invité dans les débats en France sur la réparation des victimes de condamnations liées à l’homosexualité (Loi déposée en 2022). Selon lui, l’oubli ou l’effacement n’est pas accidentel. C’est une conséquence des structures de pouvoir. Antoine Idier réussit à démontrer qu’il y a eu durant ces années une continuité de la répression des personnes homosexuelles au fil des siècles. La répression de l’homosexualité n’a jamais été simplement décrite par des lois pénales isolées. Elle a été une pratique continue, sociale et étatique, souvent invisible, et il est nécessaire de la reconnaître et de la réparer à travers une mémoire collective. On ne peut pas faire comme si…
C’est ainsi que l’ouvrage articule une analyse croisée entre histoire, mémoire et justice. Une idéologie et une volonté politiques et sociales sont en œuvre. Il montre que la répression de l’homosexualité est longue, systémique et souvent invisible. L’invisibilisation a eu des conséquences concrètes sur l’organisation sociale et politique contemporaine. Se souvenir des persécutés est un acte de justice sociale et culturelle.
Reconnaître et rendre visibles ces histoires est un enjeu émancipateur et éducatif.
Les archives utilisées et étudiées avec rigueur sont des outils précieux pour faire émerger ces vies effacées, mais la mémoire collective et les réparations institutionnelles sont essentielles pour reconstruire une société juste et inclusive en appelant à ne plus effacer ces histoires, pour construire une société qui reconnaît les injustices passées, la lutte contre les discriminations toujours actuelles et les actes homophobes qui sont en croissance exponentielle depuis ces dernières années. Le livre « Réprimer et réparer. Une histoire effacée de l’homosexualité » permet donc de comprendre l’histoire de la répression de l’homosexualité en France, ainsi que les enjeux actuels liés à la reconnaissance et à la réparation des victimes.
On constate toutes les semaines que des actes homophobes sont perpétrés en France, qu’une homophobie larvée est toujours d’actualité dans l’attribution d’un logement, la réception d’une candidature professionnelle, la violence verbale ou physique dans les stades de football. Le chemin semble encore compliqué même si deux lois principales ont été votées par le Parlement (la Loi Forni qui dépénalise l’homosexualité le 4 août 1982 ; et récemment la Proposition de Loi n° 2286. L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité jeudi 18 décembre proposition de loi visant à réhabiliter les personnes condamnées pour homosexualité en France. En première et en deuxième lecture (le 6 mai 2025), le Sénat a modifié la période couverte pour la faire démarrer en 1945, estimant que la République n’avait pas à « s’excuser pour les crimes du régime de Vichy ». Il a également supprimé le volet indemnitaire. Un chemin est amorcé, mais il faudra certainement à Antoine Idier de devoir reprendre sa plume et ses études rigoureuses pour que les horizons soient plus inclusifs, égalitaires, moins rances… ; et forcément plus respectueuse de la vie de chacun. Allez…, on y croit !!!
Le roman s’ouvre sur un seuil, celui d’une maison de Constantine assiégée par l’Histoire. Nous sommes en 1999, à l’instant T où le pays bascule vers la “Concorde civile”, mais où la peur reste le métronome du quotidien. Leïla Marouane déploie une topographie de l’enfermement : de la maison familiale aux casernes de l’Oranie, en passant par les appartements barricadés, l’espace se rétrécit autour des corps.
Cette chronique d’un huis clos national dépasse le cadre historique pour devenir une chambre d’écho des névroses collectives. La menace n’est pas seulement celle des groupes armés ou des barrages militaires ; elle est diffuse, inscrite dans les regards et les silences. L’auteure capte magistralement cette atmosphère poisseuse où l’extérieur est un danger mortel et l’intérieur une prison étouffante, transformant la ville des ponts en un labyrinthe sans issue.