Albert Jacquemin, Le choix de la rupture, Éditions du Cerf, 07/05/2026, 240 pages, 20,90€
Bien que datant de près d’un demi-siècle, l’affaire Lefebvre constitue le plus grand schisme contemporain au sein de l’Église catholique, et ses répercussions demeurent encore prégnantes de nos jours. Suspendu « a divinis » par le pape Paul VI à la fin du mois de juillet 1976, l’ancien supérieur général des Spiritains avait accentué la fracture en présidant, un mois plus tard, une messe devant 6 000 personnes, laquelle officialisait une contestation radicale.
C’est pour mieux comprendre et analyser les raisons d’être d’une rupture sans précédent que les Éditions du Cerf viennent de publier consécutivement deux ouvrages majeurs : La crise dans l’Église du cardinal Yves Congar, qui, en qualité de témoin direct et d’acteur du concile Vatican II, porte le regard d’un théologien sur l’origine de cette fracture ; et Le choix de la rupture, d’Albert Jacquemin, actuel président du Tribunal pénal canonique national de la Conférence des évêques de France, dont l’ancienne proximité avec la Fraternité Saint-Pie-X apporte un éclairage particulier sur les questions ecclésiologiques ayant suscité cette crise. Comme il l’explicite dans l’avant-propos, son ambition se veut objective.
"Eût-il connu personnellement certains événements qui ont marqué la crise de 1988, son but n’est pas de nourrir une controverse supplémentaire, mais de contribuer à une compréhension des faits et des positions doctrinales en présence."
Cette profession de fidélité demeure cependant relative, tant elle était assortie d’une restriction conditionnée par le rejet de ce que Mgr Lefebvre désignait comme l’esprit conciliaire, identifié indifféremment au libéralisme, au modernisme, à la liberté religieuse, à l’œcuménisme, à la collégialité et à l’esprit d’Assise.
C’est dire que, face aux efforts du futur Benoît XVI cherchant à orienter les enseignements du concile Vatican II dans une herméneutique de continuité, les dés paraissaient pipés. Ce qui faisait apparaître cette rupture de 1988 moins comme un événement improvisé que comme l’issue logique d’un désaccord devenu insurmontable. Ce schisme se trouve déjà tout entier contenu dans l’opuscule J’accuse le Concile, publié dès 1976, dans lequel l’évêque rebelle livrait le fond de sa pensée.
"Pourquoi ce titre J’accuse le Concile ? Parce que nous sommes fondés à affirmer, par des arguments tant de critique interne qu’externe, que l’esprit qui a dominé au Concile et en a inspiré tant de textes ambigus et équivoques et même franchement erronés, n’est pas l’Esprit Saint, mais l’esprit du monde moderne, teilhardien, moderniste, opposé au règne de Notre Seigneur Jésus-Christ."
Vain espoir de retour à l’unité
Ce volet historique évoqué, l’auteur relate ensuite les diverses amorces d’un dialogue doctrinal engagées au cours de ces deux dernières décennies, lesquelles ont achoppé en majeure partie sur la notion même de tradition, comme il le résume :
"Pour Rome, le Concile s’insère pleinement dans la tradition et son interprétation normative appartient de fait au magistère, tandis que pour Écône, la tradition constitue une norme supérieure permettant de juger le Concile et les réformes conciliaires.posé au règne de Notre Seigneur Jésus-Christ."
Un point de bascule d’autant plus irrémédiable et voué à l’échec que, sous l’autorité du nouveau supérieur, l’abbé David Pagliarini, la Fraternité Saint-Pie-X a décidé de procéder à de nouvelles consécrations épiscopales sans mandat pontifical le 1er juillet prochain. C’est dire l’échec définitif de tout espoir de retour à l’unité ! Un regrettable loupé aux conséquences irrémédiables, dont l’auteur situe la portée dans l’ultime paragraphe de son épilogue.
"Être fidèle signifie persévérer dans la communion de l’Église, même au cœur des crises. Rompre avec l’autorité hiérarchique pour prétendre sauver la Tradition revient paradoxalement à en nier la nature et à se couper de la vie de la foi dont elle est l’expression vivante."