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Dunod est plus connu dans le monde de l’édition pour ses livres d’accompagnement dans tous les domaines du savoir que par ses bandes dessinées. Il en produit néanmoins et, fort du succès des premières, il a lancé le label “Dunod Graphic” pour le deuxième semestre 2021 avec la publication de sept nouveautés dès la rentrée.
Parmi celles-ci “Alfred Nobel, le Prix de la Paix”, remarquable roman graphique réalisé à quatre mains.
Son illustrateur Lukino, assure un cours de “Design graphique et mise en page” à l’Université Paul Valéry de Montpellier. Il a longtemps collaboré à Milan Presse et Wapiti, se faisant reconnaître par ce travail dans les publications destinées à la jeunesse. Par ailleurs, ses créations graphiques ludiques, à visée pédagogique et l’originalité de son travail ne pouvaient que solliciter l’attention de la maison Dunod.
Géologue de formation, photographe de profession et esprit curieux, Christine Oberlinkels s’était penchée pendant le confinement sur la vie peu connue d’Alfred Nobel dont le nom est plus associé à cinq remises de Prix annuels, qu’à une biographie pourtant complexe… Elle apportait donc un scénario et une dense documentation.
Une rencontre amicale, l’idée est proposée. Le projet lancé et retenu par la maison Dunod.
Les premières pages de l’album relatent les circonstances qui amenèrent Alfred Nobel, chimiste de talent, homme d’affaires talentueux, à la tête d’un immense empire industriel, à rencontrer Bertha Kinsky. La future baronne Von Suttner, féministe autrichienne, ardente pacifiste exerça par la suite une influence considérable sur cet être tourmenté, poète contrarié, solitaire blessé par la vie et contesté par ses contemporains. Sans doute aussi était-il la proie de profonds remords…
Son invention ? La transformation de la nitroglycérine en dynamite, destinée à faciliter la tâche des ouvriers, bâtisseurs de routes et de tunnels, et évidemment détournée à des fins militaires…
Sa fortune ? Assise sur la vente d’explosifs et d’armes…
Les explosions ont accompagné la vie d’Alfred Nobel, à commencer par celle de l’usine paternelle où périt son plus jeune frère à l’âge de vingt ans. À elle seule, sa seconde dynamiterie, implantée en 1870 en pays catalan, sur le littoral méditerranéen, bien abritée dans l’anse de Paulilles devait en connaître six. La plus meurtrière eut lieu le 24 janvier 1882, à quinze heures, pulvérisant vingt ouvriers, dont seize femmes et fillettes.
Le site, aujourd’hui protégé, d’une beauté saisissante, entre mer et falaises, propose au visiteur un petit musée qui rappelle la condition ouvrière et ses drames jusqu’à la fermeture définitive en 1984.
L’amitié sincère et l’estime indéfectible que lui portait Bertha Von Suttner, allaient, pendant ses dernières années modifier sa perception de la science et du monde.
À son influence, nous devons ce testament, léguant son immense fortune pour la création d’une fondation destinée à décerner cinq Prix annuels (chimie, physique, médecine, littérature, Paix).
Ce cinquième Prix irait “à la personne qui aurait fait l’œuvre la meilleure pour la fraternité entre les Nations, pour l’abolition ou la réduction des armées permanentes et pour le maintien et la création de Congrès pour la Paix”.
Sans doute “le marchand d’armes” y vit une forme de rédemption ?
Bertha Von Suttner, écrivaine et journaliste, fut la première femme à obtenir le Prix de la Paix en 1905 pour son œuvre militante. Elle mourut peu de temps avant la déclaration de guerre en 1914.

Pour ce bel album, Lukino a travaillé en une bichromie rouge et noire. Elle offre une surprenante palette de nuances et rend magnifiquement l’atmosphère tourmentée de l’époque et des destins individuels.
Sauf dans quelques pages où la couleur se fait peinture, s’enflamme ou devient ténèbres, pour illustrer un poème de Shelley, les auteurs ont utilisé une ligne sobre et la précision du détail. Les phylactères explicites et la densité du dossier pédagogique rendent l’album accessible dès les années de collège, l’ouvrage se prêtant aussi bien à une lecture divertissante qu’à une réflexion approfondie.
Nul doute qu’il trouvera un large lectorat et toute sa place dans les Médiathèques et les Centres de documentation.
Quant à la collaboration Oberlinkels – Lukino, elle apparaît une réussite dans le dessin au service de la connaissance, et nous ne pouvons que souhaiter la voir se renouveler !

Christiane SISTAC
articles@marenostrum.pm

Oberlinkels, Christine & Lukino,”Alfred Nobel : le prix de la paix”, Dunod, “Dunod graphic”, 20/10/2021, 1 vol. (118 p.). 18,90€

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