En décembre 1914, la préfecture interdit à Ferdinand Cheval d’enterrer sa femme dans le Palais idéal qu’il a mis trente-trois ans à bâtir. À soixante-dix-huit ans, il achète une concession au cimetière d’Hauterives et recommence tout : huit années de mortier pétri à mains nues, sans plan, pour un monument presque abstrait que l’histoire de l’art n’a jamais regardé. Eugénie Bey raconte ce chantier oublié et démonte au passage un siècle de légendes sur le Facteur Cheval.
Auteur/autrice : MARE NOSTRUM
Les Transfuges, du Nord-Cameroun à Douala, un eldorado qui dévore
Elles ont fui les mariages forcés du Nord-Cameroun pour Douala, où une compatriote les héberge, les conseille et les loue à des notables sans que le mot prostitution soit jamais prononcé.
Les boomers se rebiffent, réponse cinglante au procès des générations
On accuse les baby-boomers d’avoir tout eu et tout gâché. Guy Baret, né en 1946, plaide non coupable et rouvre le dossier des Trente Glorieuses : bidonvilles jusqu’en 1970, logements sans eau courante, silicose et amiante, châtiments corporels à l’école, femmes civilement mineures jusqu’en 1965, guerre d’Algérie et menace atomique. Un contre-réquisitoire vif et documenté, qui défend une génération sur sa jeunesse — et se tait sur son âge adulte.
Droites nationalistes et homosexualités : un siècle de contradictions politiques françaises
Comment vit-on à droite de la droite quand on désire des hommes ? Mickaël Studnicki remonte cent quarante ans de discours nationalistes sur l’homosexualité, de Drumont au Rassemblement national. Il y trouve moins une haine massive qu’un mécanisme instable : une invective permanente qui ne réclame presque jamais la prison, une esthétique virile qui exclut et attire à la fois, et des hommes qui ont tenu, dans ce camp-là, des vies impossibles.
Shalom Jésus, chronique d’une enfance juive algérienne exilée en France
Née juive à l’ombre d’une Algérie perdue, élevée dans les interdits et l’insulte, une petite fille de l’Isère tombe amoureuse de Jésus au catéchisme de la voisine et paie cher cette trahison. Shalom Jésus suit quarante ans de honte, de faim et de fuite, du village alpin à une chambre de bonne parisienne, jusqu’au moment où l’écriture et la parole lui rendent un corps habitable.
Matériel pour consolation : cinquante-cinq fragments contre la fatigue du monde
Cinquante-cinq proses d’une page, chacune tenue en une seule phrase sans point final. Une ombre devenue personnage, une Reine murée dans le silence et un enfant mort-né traversent un décor de cuisines, de trains et de compost. Claudine Gaetzi n’y promet aucun réconfort : elle assemble méthodiquement le matériel nécessaire pour en fabriquer un.
Face aux empires : la voie méditerranéenne, un essai politique majeur
Les empires reviennent — américain, russe, chinois — et la Méditerranée en est le champ de ruines. Thierry Fabre leur oppose une autre voie : celle de la mesure camusienne, d’une Méditerranée non plus patrimoniale mais créatrice, portée par les jeunesses des rives sud et est, et d’un héritage judéo-arabe escamoté qu’il faut réactiver. Cent cinquante pages qui refusent de tenir le désastre pour un destin.
La Bible est-elle un manuel de subversion ?
Historien des religions, Stéphane Encel retourne la Bible comme un gant : loin d’être le socle des pouvoirs établis, elle en est le premier contestataire. Un roi encadré par la Loi, un prophète que personne n’institue, une vigne qu’aucun souverain ne peut acheter, une liberté qui s’apprend, une norme qui se fonde sur la mémoire de l’esclavage. En quatre chapitres — liberté, pouvoir, loi, sens — il transforme Babel, le Veau d’or et l’Ecclésiaste en outils d’analyse pour lire nos crises : populisme, démesure urbaine, effondrement de la transcendance, fuite technologique.
Saint Max d’Olivier Rasimi : chemin de croix de Max Jacob
Février 1944 : la Gestapo arrête le vieux poète Max Jacob dans sa retraite de Saint-Benoît-sur-Loire. En quatorze stations, comme un chemin de croix, Olivier Rasimi ressuscite un homme impossible à réduire — juif et catholique, farceur et mystique, pécheur et saint. Un récit dense, drôle et bouleversant sur une vie libre broyée par la barbarie.
La cité violette d’Angélos Terzakis
Athènes, années 1930. Dans une maison décatie de Plaka, un vieil avocat scrupuleux et ruiné vit entre un fils qui le méprise et une fille sans dot. L’arrivée d’un jeune assistant sans caractère redonne un souffle au cabinet — jusqu’à ce que le passé revienne et que la ville, qui grandit et dévore, réclame son dû. Un huis clos familial d’une cruauté tenue, publié en 1937 et jamais traduit en français.