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Ce que faisait ma grand-mère à moitié nue sur le bureau du Général – Christophe Donner

Christophe Donner, Ce que faisait ma grand-mère à moitié nue sur le bureau du Général, Grasset, 11/01/2023, 1 vol. (298 p.), 22€.

Comment ne pas s’interroger sur Ce que faisait la grand-mère de Christophe Donner, à moitié nue, sur le bureau du Général (Grasset), à Colombey-les-Deux-Églises ? La réponse ne laissera personne de marbre, d’autant qu’elle conclut joliment un entrecroisement, aussi original qu’improbable, d’histoires méritant, comme la bombe, un grand « H ». Ce choc, savamment orchestré, entre demain (NFT pour Non Fungible Token et Blockchain) et hier, où la monnaie n’était pas de singe, ouvre la porte des couloirs du temps, refaisant vivre, sous la plume amusée de l’auteur, la célèbre complicité ayant lié, avant d’opposer, le Maréchal Pétain à son bouillant subordonné d’alors, en route vers son immense destin, tout en revisitant les derniers instants de Philippe Daudet, dont l’assassinat ou le suicide ont passionné une France se remettant à peine des effroyables saignées de la Première Guerre mondiale. Le père de Philippe n’est autre que le titanesque Léon Daudet, digne descendant de Pantagruel et de Voltaire, un cœur, un estomac (après les profiteroles, il commandait une douzaine d’escargots), un œil que l’on chercherait en vain en nos tristes jours. Et quel écrivain fantastique, Le voyage de Shakespeare, Les Morticoles, Les Lys sanglants, tant d’autres, un souffle hugolien, une hargne sans limite, mythologique, une aura olympienne.
Sacré Léon, la France était grande avec des hommes tels que lui, quoiqu’on puisse aujourd’hui en penser ou lui reprocher, Dieu connaissait ses excès. Christophe Donner ne l’épargne guère, son roman tournant parfois au réquisitoire à charge et multiples décharges. : “Pas seulement un maître chanteur mais un authentique tueur à gages” ou encore “Chez Daudet, c’est la haine, sèche et brutale, narquoise et assurée de l’impunité que lui confèrent son nom et son statut de député”, sans oublier cette comparaison osée, pour qui se veut impartial, de l’attelage Maurras-Daudet en Laurel et Hardy : “on sait qui est le gros, qui est le petit. Qui est le méchant, qui est l’ahuri”. N’épiloguons pas, il n’y a nul panache à enfoncer des portes déjà entre-baillées. Ces coups de dent, incisives et canines à la fête, après tout nous sommes entre carnassiers, ne doivent pas obérer le destin cruel de son enfant, errant, comme perdu au milieu de nulle part, au milieu de ses contradictions, cherchant un bien fragile refuge auprès des Anarchistes, sans que rien ne décide si l’index ayant appuyé sur la détente fut libre ou guidé. Une fois les comptes réglés, c’est toute une époque, forcément folle, qui revit grâce à Christophe Donner : voilà l’alliance contre-nature entre Vidal et Léon Daudet, qui augurait mal de l’avenir de la presse écrite, la rivalité savoureuse entre le héros de Verdun et celui qui serait bientôt le sauveur de la France, ce dernier n’hésitant pas à promettre tous ses efforts, dès avril 1932, pour que “votre gloire soit effacée”, une pique méritée à l’encontre de “la STCRP, rebaptisée RATP à la Libération”, peu encline à faire la grève “lors de rafles entre août 1941 et juillet 1944″, autre temps, autres mœurs. Et, même si “mettre Léon Daudet en prison, c’est embastiller Voltaire”, n’est-il pas réjouissant de savoir qu’un modeste chauffeur de taxi, Charles Bajot, a réussi, dans la France de jadis, là où Clémenceau, Zola et Dreyfus avaient échoué ? Parce que, au-delà des atrocités et des immortelles rancœurs, nous sommes un peuple joyeux, plongez à notre suite dans le décolleté pigeonnant de Colombey !

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On ne s’attend pas toujours à ce qu’un roman nous serre le cœur avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres.

Et pourtant, La Petite Vie d’Antoine Cargoet réussit ce miracle : faire résonner l’universel dans le murmure du personnel. Premier roman d’une maîtrise rare, ce récit retrace, avec pudeur et intensité, l’histoire d’un fils qui, face à la disparition de son père, tente de recoller les morceaux d’une mémoire ordinaire et pourtant essentielle. Rien de spectaculaire ici — juste des instants vrais, une lumière jaune sur un salon, des trajets en voiture, des films partagés en silence.

Coup de maître d’un écrivain discret, La Petite Vie redonne à la tendresse sa pleine place littéraire. Il ne s’agira pas d’oublier ce livre, mais de le garder auprès de soi, comme une photo un peu floue, un peu précieuse.

 

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