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Comme des dieux – Gérald Bronner

Et si une secte évangéliste essayait de trouver le nouveau Messie à l’aide d’une émission de téléréalité ? Tel est l’audacieux point de départ du roman de Gérald Bronner, Comme des dieux. L’auteur, professeur de sociologie à l’Université de Paris, est surtout connu pour ses essais qui, depuis plus de vingt ans, décortiquent de façon passionnante les biais cognitifs à l’œuvre dans nos croyances. Ici, il offre en quelque sorte un prolongement romanesque à son travail de sociologue. La fiction lui permet de laisser libre cours à l’humour et à la fantaisie qui n’apparaissaient qu’en filigrane dans ses textes plus académiques. Le héros, Jeff Jefferson, est un psychologue universitaire franco-américain. Au début du roman, sa vie professionnelle et sentimentale n’est qu’un champ de ruines. Sa femme l’a quitté, il perd son poste à l’université et même son ventre, torturé de crampes d’origine psychosomatique, hurle l’angoisse existentielle qui le ronge. Plus rien ne le retenant en France, le narrateur décide de partir pour New York où l’Église du jour nouveau, à laquelle il a consacré autrefois sa thèse de doctorat, vient de lancer sur sa chaîne câblée, un programme intitulé He is Alive ! Le pasteur de cette secte charismatique, un dénommé Kaythrone, affirme que Jésus est déjà de retour sur Terre mais qu’il ne sait pas encore qu’il est le Messie. D’où l’objectif de l’émission qui consiste à le révéler parmi treize candidats ayant chacun des prétentions surnaturelles. Pour faire taire les critiques, le gourou affirme : “Vous savez, Jésus était plus qu’en avance sur son temps. Y a pas plus moderne que lui. Je vois pas pourquoi il se priverait de faire de la téléréalité s’il le fallait.”

Du côté des aspirants prophètes, enfermés dans un hangar cerné par une foule de curieux et de fidèles en puissance, certaines personnalités se détachent assez vite du lot. Parmi elles, Dorothy Olsen, fille d’agriculteurs du Colorado, prônant l’amour libre et pour laquelle Jeff Jefferson se met à éprouver une réelle fascination. Un événement inattendu vient bouleverser l’issue de l’émission et entraîne alors le narrateur dans un fascinant road trip à travers les États-Unis. Dans un style qui peut parfois évoquer celui de Bret Easton Ellis, Gérald Bronner campe avec beaucoup de talent ses personnages et les comportements propres à notre temps ; une époque marquée par la versatilité de l’attention et l’oubli aussi rapide qu’inéluctable promis à des individus propulsés au sommet et aussi vite oubliés. De façon subtile, et sans jamais paraître docte, le romancier éclaire son propos à l’aide de certaines expériences phares de la psychologie sociale, comme celle de Léon Festinger sur la dissonance cognitive ou encore l’amusant test du chamallow de Walter Mischel. Il est aussi largement question de notre rapport contrarié au merveilleux et à l’irrationnel qui débute dès l’enfance avec la croyance au Père Noël. On affirme des grands romanciers, de Balzac à Michel Houellebecq, qu’ils sont d’excellents sociologues. Avec Comme des dieux, Gérald Bronner nous prouve que la réciproque est également vraie et qu’un bon sociologue peut faire un excellent romancier.

Bronner, Gérald, Comme des dieux, Grasset, 26/01/2022, 1 vol. (300 p.), 20,90€

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On ne s’attend pas toujours à ce qu’un roman nous serre le cœur avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres.

Et pourtant, La Petite Vie d’Antoine Cargoet réussit ce miracle : faire résonner l’universel dans le murmure du personnel. Premier roman d’une maîtrise rare, ce récit retrace, avec pudeur et intensité, l’histoire d’un fils qui, face à la disparition de son père, tente de recoller les morceaux d’une mémoire ordinaire et pourtant essentielle. Rien de spectaculaire ici — juste des instants vrais, une lumière jaune sur un salon, des trajets en voiture, des films partagés en silence.

Coup de maître d’un écrivain discret, La Petite Vie redonne à la tendresse sa pleine place littéraire. Il ne s’agira pas d’oublier ce livre, mais de le garder auprès de soi, comme une photo un peu floue, un peu précieuse.

 

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