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Dans “My Name is Orson Welles”, Citizen Kane rayonne encore

Frédéric Bonnaud (dir.), My Name is Orson Welles, Éd. La table ronde, Hors Collection, 462 p., 18/09/2025, 44,50 € (livre broché avec jaquette)

L’année 2025 marque le 110e anniversaire de la naissance d’Orson Welles et le 40e anniversaire de sa disparition (1915-1985). My name is Welles est le nom de l’exposition qui lui est consacrée à la Cinémathèque française du 8 octobre 2025 au 11 janvier 2026. C’est aussi le nom du présent livre qui en est le catalogue. Frédéric Bonnaud, directeur de la Cinémathèque française, commissaire de l’exposition et directeur du livre, partage ainsi avec nous son amour d’un génie universel et intemporel.

My name is Kane !

Qui dit Orson Welles dit Citizen Kane (1941), film mythique qui prend tout un chapitre. Après le choc de La guerre des mondes qui panique l’Amérique et prouve son génie, la RKO ne peut se passer de Welles et lui propose, à vingt-quatre ans, de réaliser son premier film avec une liberté totale, la seule condition étant de respecter le budget de 800.000 dollars. Welles réunit une équipe de choc. Maurice Seiderman (non crédité au générique) crée le maquillage, capital pour générer les visages et les silhouettes, et compose les changements d’âge de Kane, jeune et vieux. Gregg Toland, directeur de la photographie tout juste oscarisé pour Les Hauts de Hurlevent de William Wyler, fournit la photographie contrastée du film. Welles ne veut pas de stars et fait appel à ses copains de théâtre et de radio, Joseph Cotten et Everett Sloane. Dans un entretien avec Huw Wheldon, Welles, questionné sur la censure du film par William Randolph Hearst, le magnat de la presse, précise que des personnes ont tenté d’arrêter le tournage avec des tractations au sein des studios RKO mais c’était une manoeuvre interne qui n’avait rien à voir avec Hearst. Il y eut aussi des tentatives d’intimidation de journaux. Pour anecdotes, le film est interdit en URSS pour son image sympathique d’un millionnaire, Jorge Luis Borges et Sartre accablent le film mais Aragon et John O’Hara le portent aux nues.

Dublin-New-York, les années d'apprentissages

Les premières années sont celles de la jeunesse à Londres et à Dublin dans un milieu aisé et artistique. À sept ans, Kane est un violoniste prodige – sa mère est elle-même une virtuose du piano et une championne de tir – et, à dix ans, il est un remarquable dessinateur, acteur et poète. Il a le vocabulaire d’un adulte et une profondeur de pensée et multiplie des performances de lecture de trois ou quatre heures. À seize ans, il arrive à Dublin, armé de connaissances en théâtre et en opéra, et entre au théâtre en jouant des classiques. Il découvre le cinéma d’Hollywood dont les baisers scandalisent l’Irlande prude et catholique. Si Welles triomphe au théâtre, Dublin n’est qu’une petite ville et il rêve de NY. À dix-neuf ans, il débute à Broadway et son énergie et sa violence le propulsent sur les planches. Macbeth vaudou transporte spectateurs et critiques avec des décors tropicaux, des uniformes napoléoniens et des acteurs noirs. Il enchaine les succès, marquant de son empreinte Broadway. Son génie créatif le pousse à faire de la radio (plus de 200 émissions) qu’il révolutionne en tant que comédien dramatique jouant en direct dans tous les foyers. La pratique lui permet d’inventer des techniques et de rassembler des collaborateurs qui le suivront au cinéma.

Un artiste nomade voguant entre L'Europe et les Etats-Unis

Après Le criminel (1946) et La Dame de Shanghai (1947), Welles quitte les EU, non qu’il soit persona non grata à Hollywood, inscrit sur la liste noire anti-communiste ou criblé d’impôts, mais simplement comme il est un génie nomade qui aime changer de pays. L’Europe voit en lui un cinéaste émérite et expatrié et Welles signe Le troisième homme (1949) et Le procès (1962). Il réalise aux EU, Mr Arkadin (1955), Don Quichotte est son film maudit, inachevé et mythique. Le livre consacre aussi un chapitre au théâtre, la passion originelle de Welles, et contient de nombreux entretiens du cinéaste et un témoignage de Costa-Gavras.

La force de cet ouvrage est les écrits pluriels des spécialistes internationaux de Welles : français (Michel Deguy et Kane, Estève Riambau et l’Espagne malgré Franco, François Thomas et Welles en Europe, Philippe Garnier et La totalité de Welles, Jean-Philippe Trias et Un conteur facétieux, Richard Marienstras et Shakespeare, Julie Vatain-Corfdir et Welles à Broadway), britanniques (Simon Callow et The Orson Welles Story, Mark Cousins et Dessins et pensées dans les adaptations shakespeariennes), irlandais (Gerry Kearns et Dublin), étasuniens (John Berry et Native Son, Robert Rubin et La soif du mal, Norman Gambill et Kane), italiens (Alberto Anile et Welles à Rome, Paolo Mereghetti et Le troisième homme), allemands (Stefan Drössler et The Other Side of the Wind), (ex)yougoslaves (Vassili Silovic et The One Man Band). Ce pavé de plus de 460 pages bénéficie d’une iconographie théâtrale et cinématographique surabondante, magnifique et variée : photos, affiches, dessins, lettres manuscrites, unes et textes de journaux et revues, plans, cases de BD. On l’a compris, les textes d’époque et contemporains et les belles images font un beau livre à découvrir et à (s’) offrir.

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