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Emmanuelle Guilcher révèle Bardot et Signoret sous un jour neuf

Emmanuelle Guilcher, Signoret Bardot. Deux icônes à la française, Balland, 15/03/2025, 414 pages, 23€.

D’emblée, le titre peut étonner : Signoret Bardot réunit Deux icônes à la française que tout semble séparer. L’une est intellectuelle, l’autre est belle et sensuelle, l’une partie il y a vingt ans (en 1985), l’autre, dernière monstresse du cinéma toujours vivante, retirée sciemment des écrans depuis quarante ans. En réalité, les deux sont belles, intelligentes, engagées, libres dans un monde d’hommes. Il semble qu’Emmanuelle Guilcher, l’autrice, diplômée de l’IEP de Paris, journaliste, directrice des programmes et de l’antenne de Public Sénat, qui avait un petit a priori sur BB, ne voyant, comme la plupart des hommes, qu’un corps mince à la belle poitrine et à la voix unique, soit finalement séduite par la femme qui a toujours réfléchi et fait ce qu’elle voulait, n’étant pas potiche et obéissante.

Des enfants heureuses

Si treize années séparent leurs naissances (1921-1934), leurs enfances sont toutes deux de la Grande Guerre. Simone est née à Wiesbaden, en Allemagne occupée. André Kaminker, son père, militaire, rencontre Georgette Signoret, de 8 ans sa cadette. Ses parents regagnent la France et son père entre dans la publicité. En 1933, l’industriel Louis Bardot épouse Anne-Marie Muse, plus jeune de 16 ans. Leur petite Brigitte est élevée dans la religion catholique et dans un milieu bourgeois. Simone, son père étant d’origine juive, est élevée sous le rite protestant. D’une beauté foudroyante, elle suit des cours de piano mais s’ennuie, fréquente des camarades du lycée Pasteur. La guerre interrompt ses études et elle trouve un emploi de secrétaire dans Les nouveaux temps, journal collaborationniste, mais rêve de cinéma. Brigitte danse dès 6 ans. En 1947, est reçue au concours d’entrée au Conservatoire national de danse de Paris. À 15 ans, elle pose pour Elle. Roger Vadim, 22 ans, la remarque et la rend célèbre sur les médias des années 1950. Elle fait la une de Paris Match, Elle, Jours de France, Cinémonde. Simone, elle, apparaît dans les journaux de Gauche : L’écran français, Les Lettres françaises, Cinévie.

Des icônes internationales

En 1943, Simone rencontre Yves Allégret, il est marié, elle a 22 ans, lui 14 ans en plus. Il lui offre ses premiers grands rôles dans Dédée d’Anvers (1948) et Manèges (1950). Elle se fait connaitre dans Thérèse Raquin de Marcel Carné (1953) et Les diaboliques de H-G Clouzot (1955). Brigitte commence à montrer ses fesses et ses seins dans La lumière d’en face de Georges Lacombe (1955), Futures vedettes de Marc Allégret (1955). Casque d’or de Jacques Becker, dernier chef d’oeuvre classique en noir et blanc, et le phénoménal Et Dieu créa la femme scandalisent et consacrent les deux femmes. Elles sont toutes deux superbes et libres d’aimer qui elles veulent, tant sur les planches que dans la vie. Simone incarne une prostituée et Brigitte une mineure de 18 ans qui séduit les hommes. Le mythe BB est né et, après le scandale d’En Cas de malheur de Claude Autant-Lara (1958), BB triomphe dans les années 1960 avec Le repos du guerrier de Roger Vadim et surtout Le mépris de JLG, Simone, elle, s’exile aux EU. Toutes deux entament une carrière internationale – plus américaine pour Simone qui est oscarisée en 1960 pour Les chemins de la haute ville de Jack Clayton – et symbolisent la France. Dans les années 1970, elle joue des rôles politiques et dramatiques dans L’aveu, L’armée des ombres, Le chat, La veuve Couderc

Simone, d’origine juive par son père, a toujours été contre la guerre, le nazisme et l’antisémitisme. Avec Yves Montand, fils d’ouvrier communiste, elle va définitivement se ranger à Gauche et s’engager dans les combats de la Guerre froide. Brigitte de son côté, va quitter le cinéma (avant que les hommes ne la quittent) et prendre la défense des animaux, ne montrant plus son corps mais n’hésitant pas à donner de sa personne et faisant parler d’elle par son franc-parler. L’autrice ajoute des entretiens avec Alain Delon, qui rencontra Brigitte dans le film à sketches Histoires extraordinaires (1968) (Signoret joua dans le même film mais ne la rencontra pas), et avec Brigitte Bardot. Un livre prenant de plus de 400 pages, riche et documenté, historique et sociétal, sur deux femmes fortes et féministes, icônes engagées politiquement. De nombreuses Notes (attestant du sérieux des recherches dans des livres, revues et archives télévisées), une Bibliographie, une Filmographie et un tableau de box-office concluent l’ensemble. Je n’aurai qu’un regret : que tous les films des deux actrices n’aient pas leurs pages citées.

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On ne s’attend pas toujours à ce qu’un roman nous serre le cœur avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres.

Et pourtant, La Petite Vie d’Antoine Cargoet réussit ce miracle : faire résonner l’universel dans le murmure du personnel. Premier roman d’une maîtrise rare, ce récit retrace, avec pudeur et intensité, l’histoire d’un fils qui, face à la disparition de son père, tente de recoller les morceaux d’une mémoire ordinaire et pourtant essentielle. Rien de spectaculaire ici — juste des instants vrais, une lumière jaune sur un salon, des trajets en voiture, des films partagés en silence.

Coup de maître d’un écrivain discret, La Petite Vie redonne à la tendresse sa pleine place littéraire. Il ne s’agira pas d’oublier ce livre, mais de le garder auprès de soi, comme une photo un peu floue, un peu précieuse.

 

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