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Guide anachronique de l’infini

Guillaume Bunel, Guide anachronique de l’infini, Arléa, 15/02/2024, 1 vol. (143 p.), 19€

Guillaume Bunel est musicologue, spécialisé dans les énigmes et rébus musicaux à la Renaissance. Dans la toute jeune collection des Guides anachroniques lancée en 2023 par les éditions Arléa, il s’attaque à un sujet aussi ambitieux que vertigineux : celui de l’infini.
L’ouvrage s’articule autour de quatre grandes thématiques : “Espaces” – “Temps” – “Mémoire” et “Ondes”. Ce n’est ni un dictionnaire, ni un essai théorique qui déroulerait méthodiquement le fil de son argumentation. Les courts chapitres peuvent être lus indépendamment, mêlant souvenirs personnels, anecdotes historiques ou réflexions esthétiques et philosophiques.

Un livre aussi labyrinthique que son sujet

Le voyage commence avec Galilée observant les étoiles à l’aide de la lunette astronomique qu’il vient de mettre au point et cherchant à percer les mystères de l’univers. Relevant nuit après nuit les positions des astres errants, le savant italien réalise que “la grande horloge du ciel a des milliards de centres. C’est une ruche illimitée de cycles, un bourdonnement sans nom. Un mécanisme aux milliards de rouages”. Ce vertige face à l’infiniment grand peut être vécu de façon similaire en s’abîmant dans le monde de l’infime. Nul besoin de microscope pour en faire l’expérience. La persistance du regard à la surface des objets les plus quotidiens dévoile des perspectives insoupçonnées. Guillaume Bunel, dans une langue ciselée, proche de la poésie en prose, nous invite à partager ce trouble d’une réalité qui se dérobe :

Sitôt que je regarde un tissu ou un meuble, un livre ou un bibelot, les surfaces s’émiettent, les contours se défont. Partout s’ouvrent des portes qui multiplient sans fin leurs paliers mystérieux, ciselant le chaos de chambres minuscules.

Une encyclopédie vagabonde

L’auteur convoque au gré des chapitres physiciens, explorateurs, peintres, écrivains, musiciens de toutes époques et nationalités. Loin d’être un assommant étalage d’érudition, ces références entremêlées avec un art consommé de la digression, permettent au contraire de prendre conscience de l’ampleur d’un sujet qu’il serait réducteur de n’appréhender que du seul point de vue de la science. Pour aider à se figurer l’insignifiance de la place de l’être humain sur une planète que les religions ont pendant longtemps décrite comme un écrin à son seul usage, quoi de plus parlant en effet que cette citation de Mark Twain ? “Si la Tour Eiffel représentait l’âge du monde, la couche de peinture sur le mamelon du sommet représenterait la part de l’homme à l’échelle de cet âge”. On croisera plus loin la molaire de l’homme de Denisova, représentant d’une espèce éteinte du genre Homo ; on s’extasiera des prouesses d’individus à la mémoire prodigieuse capables de réciter plusieurs dizaines de milliers de décimales de π ; on apprendra ce qu’il advint des yeux de John Dalton à sa mort lui qui comme la plupart des daltoniens ne parvenait pas à faire la différence entre un géranium rose et le bleu du ciel ; on revivra le naufrage du Titanic par le biais des signaux de détresse communiqués en alphabet morse et l’on s’amusera à déchiffrer avec le commandant Bazeries, les messages codés échangés entre Louvois et Louis XIV…

Chercher à résumer ce Guide anachronique de l’infini relèverait de la gageure. Le prix de ce petit livre réside tout autant dans l’hybridité de sa forme que dans l’incroyable richesse de son contenu qui ravira sans nul doute tous les esprits curieux.

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On ne s’attend pas toujours à ce qu’un roman nous serre le cœur avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres.

Et pourtant, La Petite Vie d’Antoine Cargoet réussit ce miracle : faire résonner l’universel dans le murmure du personnel. Premier roman d’une maîtrise rare, ce récit retrace, avec pudeur et intensité, l’histoire d’un fils qui, face à la disparition de son père, tente de recoller les morceaux d’une mémoire ordinaire et pourtant essentielle. Rien de spectaculaire ici — juste des instants vrais, une lumière jaune sur un salon, des trajets en voiture, des films partagés en silence.

Coup de maître d’un écrivain discret, La Petite Vie redonne à la tendresse sa pleine place littéraire. Il ne s’agira pas d’oublier ce livre, mais de le garder auprès de soi, comme une photo un peu floue, un peu précieuse.

 

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