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Jérusalem racontée par un musicien amoureux de sa ville

Laura Ulonati, J’étais roi à Jérusalem, Actes Sud, 20/08/2025, 304 pages, 22€

Avec J’étais roi à Jérusalem, Laura Ulonati nous offre un récit vibrant, porté par une voix qu’on n’oublie pas facilement. Ce roman raconte une ville, Jérusalem, mais surtout il raconte un homme, Wasif Jawhariyyeh, musicien palestinien inspiré d’un personnage réel dont la vie traverse tout un siècle de bouleversements et de rêves, dans une Palestine aux multiples identités.

Laura Ulonati explore avec délicatesse la mémoire d’une ville aux mille visages, où la frontière entre l’histoire intime et collective se dissout progressivement. Jérusalem y apparaît comme un tableau impressionniste, composé d’innombrables petites touches sensibles : une cour intérieure baignée de soleil, des odeurs de citronniers, des ruelles bordées d’échoppes, des voix de chanteurs ou de marchands qui s’interpellent. C’est tout un univers à la fois familier et précieux qui prend vie sous nos yeux, tissé dans le fil d’une narration fluide, subtilement poétique.

La romancière maîtrise particulièrement bien l’art du portrait et de l’évocation. Elle sculpte ses personnages comme de petites statues dont elle prend soin de dévoiler progressivement chaque trait. Wasif, figure centrale du roman, se révèle d’une étonnante humanité. Il est à la fois tendre et désinvolte, imprudent et mélancolique, profondément ancré dans cette terre où la musique semble être une langue commune à tous. À travers lui, Laura Ulonati raconte aussi l’âme d’une époque révolue où musulmans, juifs et chrétiens cohabitaient au quotidien, partageant les mêmes rituels, les mêmes fêtes, et parfois les mêmes tragédies.

La musique, d’ailleurs, tient une place particulière dans ce roman. Elle est le souffle de vie qui parcourt les pages, le rythme qui anime les corps et les territoires, dessinant une carte invisible faite de notes et de silences. Cette présence musicale rappelle que même quand les paroles s’épuisent, la mélodie reste un lien précieux, résistant au temps et à la déchirure. Les chants traditionnels, les improvisations nocturnes, les refrains amoureux, toutes ces notes permettent à Ulonati de magnifier le fragile équilibre qui unit les habitants de Jérusalem.

Par-delà la beauté évidente de son écriture, Laura Ulonati nous invite surtout à réfléchir à ce que signifie l’exil, la perte, et plus encore, la transmission. Wasif incarne l’exil, mais aussi la permanence de la mémoire. Il porte en lui une nostalgie lumineuse et généreuse, une nostalgie qui ne se contente jamais d’être seulement une souffrance, mais devient une forme de dignité profonde. Ses souvenirs ne sont pas tournés vers le passé pour y rester prisonniers, ils sont au contraire une manière de maintenir ouverte la possibilité d’une rencontre, d’un avenir commun.

En cela, J’étais roi à Jérusalem possède une portée symbolique universelle. Laura Ulonati capture non seulement l’identité palestinienne et ses rêves contrariés, mais aussi une aspiration humaine fondamentale à une coexistence pacifiée. Elle capte avec finesse ce qui fait notre humanité commune, ce qui relie les hommes par-delà les frontières visibles ou invisibles. Le roman agit ainsi comme une puissante méditation sur l’art et la culture comme moyens de résistance à l’oubli, aux fractures, à la séparation.

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On ne s’attend pas toujours à ce qu’un roman nous serre le cœur avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres.

Et pourtant, La Petite Vie d’Antoine Cargoet réussit ce miracle : faire résonner l’universel dans le murmure du personnel. Premier roman d’une maîtrise rare, ce récit retrace, avec pudeur et intensité, l’histoire d’un fils qui, face à la disparition de son père, tente de recoller les morceaux d’une mémoire ordinaire et pourtant essentielle. Rien de spectaculaire ici — juste des instants vrais, une lumière jaune sur un salon, des trajets en voiture, des films partagés en silence.

Coup de maître d’un écrivain discret, La Petite Vie redonne à la tendresse sa pleine place littéraire. Il ne s’agira pas d’oublier ce livre, mais de le garder auprès de soi, comme une photo un peu floue, un peu précieuse.

 

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