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L’ami des beaux jours – Sébastien de Courtois

Il est des livres qui touchent plein cœur. Hélas, comme ils sont rares, si rares, trop, sachons les apprécier. L’Ami des beaux jours fait partie de cette fratrie d’exception qui rappelle les envolées des Grands Anciens, le souvenir de leur audace, de valeurs aujourd’hui moribondes ou tombées en désuétude.

Tout part d’une rencontre sur les bancs de la fac de droit, un Folio dépasse de la poche de Frédéric, Mort à crédit, cette mort qu’il revendique, recherche presque, puisqu’il ponctue volontiers ses sorties d’un « viva la muerte » fleurant bon la 317e section. Sébastien se sent irrésistiblement attiré par cette personnalité qui dénote, la jeunesse poursuit des rêves fous : « nous étions antimodernes par principe, sceptiques par conviction, et fatalistes pour le reste », « nous voulions lire ce que bon nous semblait, loin des dogmatismes et de la pensée dominante. ». Les Valseuses s’invitent alors, rejoignent Le Singe en hiver ou Les Poneys sauvages. Sophie se mêle bientôt à ce duo de choc et la vie reprend aussitôt le dessus. En ces années-là, la guerre déjà, une autre, dans les Balkans, en Croatie. Frédéric s’engage, fidèle à son idéal. Puis le temps passe, les routes se séparent. Comme elle semble loin désormais l’époque bénie où les amis lisaient ensemble les articles de Charles Dantzig dans L’Idiot international… Les pas de Sébastien le mènent à Paris, il y croisera Vladimir Dimitrijevic et le regretté Pierre-Guillaume de Roux, « des intellectuels iconoclastes qui aimaient rassembler autour d’eux des sorbonnards en mal d’épopées », apercevra, assis, seul sur son banc, Emil Cioran autour duquel la mort rôde déjà. Puis c’est la Turquie, du côté d’Ankara, comme s’il fuyait son passé et ses fantômes. Il est maintenant trop tard pour Sophie, la chance ne s’offre souvent qu’une seule fois.

Pourtant, Sébastien qui demeure hanté par le souvenir de Frédéric, échoue à l’effacer de sa vie, dans l’ignorance du sort que sa folle bravoure, sa juvénile intrépidité, lui ont réservé sous le festival des balles traçantes serbes. Au hasard d’un échange électronique, Sébastien met ses pas dans les siens, dans un pays marqué par l’horreur et qui connaît aujourd’hui la paix. Pour comprendre, pour enfin savoir. Il ne restera bientôt plus à Sébastien qu’à ériger un tombeau digne de la grande humanité de son camarade, de son destin en dehors des sentiers battus.

D’une guerre l’autre, Sébastien de Courtois rend ses lettres de noblesse, c’est rafraîchissant en nos jours tristes, à la droiture, au don de soi et à l’amitié, la vraie, l’inaltérable, la seule qui compte. Le soleil brillera encore demain.

Courtois, Sébastien de, L’ami des beaux jours, Stock, 13/04/2022, 1 vol. (266 p.), 20€.

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On ne s’attend pas toujours à ce qu’un roman nous serre le cœur avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres.

Et pourtant, La Petite Vie d’Antoine Cargoet réussit ce miracle : faire résonner l’universel dans le murmure du personnel. Premier roman d’une maîtrise rare, ce récit retrace, avec pudeur et intensité, l’histoire d’un fils qui, face à la disparition de son père, tente de recoller les morceaux d’une mémoire ordinaire et pourtant essentielle. Rien de spectaculaire ici — juste des instants vrais, une lumière jaune sur un salon, des trajets en voiture, des films partagés en silence.

Coup de maître d’un écrivain discret, La Petite Vie redonne à la tendresse sa pleine place littéraire. Il ne s’agira pas d’oublier ce livre, mais de le garder auprès de soi, comme une photo un peu floue, un peu précieuse.

 

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