Temps de lecture approximatif : 2 minutes

Gilles Vidal est un auteur aux multiples facettes, avec une quarantaine de romans à son actif. Il semble qu’à propos de son dernier opus : “L’art de la fuite est un secret “, Jim Jarmusch (p. 62) n’aurait pas désavoué sa façon de raconter cette histoire de héros ordinaire et son appétence pour les descriptions. J’ajouterai qu’Éric Rohmer en aurait, sans doute, apprécié l’ambiance à la fois mystérieuse et sophistiquée ainsi que l’esthétique des sentiments si délicatement exposés. Récit à la première personne, à l’imparfait et au passé simple, comme il se doit dans un récit (très) bien écrit. Il est dommage qu’une coquille ait fait confondre et mélanger Jean Dubuffet avec Bernard Buffet (p. 97), le mélange donnant Bernard Dubuffet. Nous comprenons tout de même que l’auteur fait référence à Annabel Buffet et à ses traits émaciés.

Jeu de séduction, trip-movie, polar déroutant autant que récit initiatique et même drame, l’auteur pratique et utilise avec art, une espèce de tension narrative qui vous pousse à en savoir davantage après chaque page, jusqu’au dénouement : la délivrance ? La mort ? Ou …l’amour ? C’est ce qui est la marque de fabrique des bons thrillers. En même temps, “L’art de la fuite est un secret” est un roman béhavioriste et d’atmosphère ou les comportements des protagonistes sont finement analysés, avec une écriture très poétique et picturale façon impressionniste.

“L’art de la fuite est un secret”, c’est encore l’art de la description poussé à un joli niveau, où il est fait appel à tous les sens pour ravir notre esprit (l’accord parfait du coulommiers lorsque le vin au tanin ferme vient boxer la glotte juste après avoir fait macérer le fromage…) ou cette phrase du cinéaste expressionniste Japonais Kenji Mizoguchi : “il faudrait se laver les yeux entre chaque regard” (p. 23)

La progression des sentiments est rendue par petites touches au fur et à mesure de l’avancée du récit, sans précipitation où l’intérêt des deux protagonistes l’un pour l’autre s’affirme lentement, où la découverte se fait naturellement, sans à-coup. C’est donc tout simplement que lors du premier contact physique des doigts qui se rencontrent inopinément, que se produit cette décharge électrique dans tout le corps, que tous ceux qui sont tombés amoureux connaissent déjà. De même, lorsqu’ils se retrouvent dans le même lit, alors que rien n’est dit entre eux, Victor, très émoustillé par les fragrances dégagées par Agnès qui dort contre lui, secondarise ses pulsions et reste maître de lui. Cela donne lieu à une très belle description du ressenti que le lecteur aura du plaisir à découvrir et savourer.

C’est la qualité principale de ce récit multiforme et déroutant : les descriptions, qu’elles soient des décors, des ambiances ou des sentiments. Lire ce petit livre ne vous prendra sans doute pas beaucoup de temps, mais il vous laissera dans la bouche le goût des bonnes choses.

Dominique VERRON
contact@marenostrum.pm

Vidal, Gilles, “L’art de la fuite est un secret”, La Déviation, 04/03/2021, 1 vol. (109 p.), 12,00€

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