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L’Assiette du chat : un souvenir – Frédéric Vitoux

Frédéric Vitoux, L’assiette du chat : un souvenir, Grasset, 08/03/2023, 1 vol. (171 p.), 18€.

Cette année, l’académicien Frédéric Vitoux a décidé d’être, une nouvelle fois, incontournable puisqu’il signera l’Album Pléiade (Gallimard) consacré à Céline, complétera sa passionnante Vie de ce même Céline, qui avait reçu, en 1988, le prix Goncourt de la Biographie, et, en guise d’apéritif, nous offre un émouvant livre de souvenirs dans la lignée de Grand Hôtel Nelson (Fayard) ou de Longtemps j’ai donné raison à Ginger Rogers (Grasset), dont les chats ne sont évidemment pas absents, et dans lequel il donne enfin la parole à des silences trop longtemps retenus.
Avec L’Assiette du chat (Grasset), Frédéric Vitoux achève sa plongée dans les abysses de ses souvenirs familiaux, lesquels s’emboîtent dans son œuvre, d’un livre l’autre, pour reconstituer les méandres d’une histoire si peu conformiste qu’elle en devient terriblement moderne.
C’est être un fameux limier que de mettre ainsi les pieds dans le plat sous couvert d’une assiette à laquelle un chat a, jadis, donné sa langue, la parant de vertus magiques, quasi divinatoires.
La figure du père, qu’il convient de tuer en littérature, sans doute pour mieux le ressusciter ensuite, y est omniprésente. Le brave homme a quelques excuses que l’allergie aux poils de chat n’explique pas lorsque la vie de couple de ses parents plaide en sa faveur : sa mère est aimée par Clarisse, qui laisse ainsi passer sa chance de devenir la génitrice de Bernard Blier ; le cousin Jojo, tout sauf affreux, se mue en sauveur de train électrique, lui qui préférait pourtant la voile à la vapeur, avant de permettre, par sa générosité, d’acquérir le fabuleux appartement du quai d’Anjou ; Odette, trop proche pour n’être qu’une simple étrangère – inutile, chez les Vitoux, de jouer au chat et à la souris -, se dessine à contre-jour, comme si un même sang coulait dans leurs veines.
Freud s’arracherait des filets de barbe par poignées, quand ce père parfois absent, souvent lointain, se mure dans un silence protecteur, porteur de toutes les tolérances. Ce traveling arrière aux faux airs d’enquête interne est le prétexte à des réflexions pleines de sagesse d’où l’émotion n’est jamais absente, à des saillies chirurgicales, drolatiques ou inquiètes, en passant par une revue des effectifs félins, de Fagonette, très Grand Siècle, à Zelda, à laquelle le livre est justement dédié, sans oublier ni l’aristocratique Mouchette, au pelage tigré, ni le robuste Papageno, jusqu’aux “tétons de négresse” contenus dans les colis d’Amérique de la chère Odette, ces petits mamelons meringués et nappés de chocolat, que la phobie de l’obésité ou la peur du lobby du diabète interdit désormais de nommer ainsi.

Au final, dans ce qui demeurera un de ses ouvrages les plus touchants, cette assiette aux neuf vies dévoile sa vocation, aider Frédéric Vitoux à mieux percevoir son père “dans le climat délétère de son enfance, par-delà ce qu’il a caché de sa vie”. La conclusion lui appartient donc : “toute recherche du temps perdu enrichit l’auteur aussi bien que le lecteur du temps d’aujourd’hui “. Ne boudons pas notre plaisir, une gorgée de petit-lait est toujours la bienvenue.

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On ne s’attend pas toujours à ce qu’un roman nous serre le cœur avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres.

Et pourtant, La Petite Vie d’Antoine Cargoet réussit ce miracle : faire résonner l’universel dans le murmure du personnel. Premier roman d’une maîtrise rare, ce récit retrace, avec pudeur et intensité, l’histoire d’un fils qui, face à la disparition de son père, tente de recoller les morceaux d’une mémoire ordinaire et pourtant essentielle. Rien de spectaculaire ici — juste des instants vrais, une lumière jaune sur un salon, des trajets en voiture, des films partagés en silence.

Coup de maître d’un écrivain discret, La Petite Vie redonne à la tendresse sa pleine place littéraire. Il ne s’agira pas d’oublier ce livre, mais de le garder auprès de soi, comme une photo un peu floue, un peu précieuse.

 

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