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L’ours et le philosophe – Frédéric Vitoux

Grand connaisseur de l’œuvre de Céline, fidèle de Bernard Frank et de Serge Rezvani, Frédéric Vitoux sait de quoi il parle lorsqu’il évoque les Ours, même s’il est bien connu que sa préférence va aux chats. Talentueux auteur de “Charles et Camille” et du “Roman de Figaro”, évidemment passionné par ce diable de Beaumarchais, le Siècle des lumières ne présente aucune zone d’ombre pour lui. Et comment ne pas évoquer à son nom l’Île Saint-Louis, parcourue en tous sens dans ses livres et amoureusement observée par le petit bout de la lorgnette ou, plutôt, via le Péricope de l’Île ? Est-ce alors un hasard si, dans son dernier opus, “L’Ours et le Philosophe”, Vitoux s’attaque, avec verve et malice, à l’amitié sans retour qui lia le sculpteur Falconet au maître de l’Encyclopédie, Denis Diderot, l’un et l’autre justifiant de liens très étroits avec son Île, le premier y séjournant, d’ailleurs, de manière définitive. C’est son côté ronchon grognon qui vaut à Falconet son incorporation d’office dans la “brigade des Ours”, sans que cela n’affecte la décision de la Grande Catherine, suivant en cela les chaudes recommandations de Diderot, de lui confier la réalisation de la statue équestre de Pierre le Grand. Un Ours à Saint-Pétersbourg, Leningrad plantigrade ! Cette communion entre deux caractères bien trempés, la plume étant plus délicate que le burin ou la masse (même si celle-ci ne tolérera pas la porte fermée à son nez, le 8 octobre 1773), débouche sur une dispute, au sens premier du terme, à propos de postérité, ce rêve fou qui ne se matérialise que dans la nuit du tombeau. Le misanthrope Falconet la dédaigne quand Diderot, encore envahi des manuscrits de ses plus belles œuvres, place en elle tous ses espoirs. Le pittoresque de leurs échanges, où revit l’aventure de l’Encyclopédie, époque glorieuse qui voyait l’Esprit français s’exporter aux quatre coins du globe, est savamment égayé par Vitoux qui multiplie les clins d’œil, les digressions savantes ou plus intimes (Nicole forever), prétexte à redécouvrir les mystères insulaires, à évoquer d’autres compagnons des grottes et cavernes, mêlant ainsi passé et présent pour mieux les réconcilier. Foreman et Mohamed Ali échangent des coups légendaires à Kinshasa tandis que Tom poursuit Jerry pour l’éternité. Henri de Latouche passe alors une tête au milieu d’échanges épistolaires de très haute volée. Céline revient de Leningrad, en 1936, râlant et pestant. En puisant dans son savoir encyclopédique, Vitoux sculpte une nouvelle œuvre qui fera date. Sa postérité est assurée.

François JONQUERES
articles@marenostrum.pm

Vitoux, Frédéric,”L’ours et le philosophe”, Grasset, “Littérature française”, 02/02/2022″, 1 vol. (384 p.), 22,90€.

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On ne s’attend pas toujours à ce qu’un roman nous serre le cœur avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres.

Et pourtant, La Petite Vie d’Antoine Cargoet réussit ce miracle : faire résonner l’universel dans le murmure du personnel. Premier roman d’une maîtrise rare, ce récit retrace, avec pudeur et intensité, l’histoire d’un fils qui, face à la disparition de son père, tente de recoller les morceaux d’une mémoire ordinaire et pourtant essentielle. Rien de spectaculaire ici — juste des instants vrais, une lumière jaune sur un salon, des trajets en voiture, des films partagés en silence.

Coup de maître d’un écrivain discret, La Petite Vie redonne à la tendresse sa pleine place littéraire. Il ne s’agira pas d’oublier ce livre, mais de le garder auprès de soi, comme une photo un peu floue, un peu précieuse.

 

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