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Sur le modèle d’Albert Schweitzer et plus tard d’Ed Parish Sanders, qui ont travaillé sur ce qui est appelé la “troisième quête”, James D. Tabor envisage le Jésus historique d’une nouvelle manière. Pour mieux comprendre sa personnalité et les débuts de son mouvement, il se met en quête de la “Marie historique”, qui est pour lui le véritable point de départ du christianisme.
Marie est, comme le souligne James Tabor, la personnalité la plus oubliée de l’histoire, mais paradoxalement, elle en est aussi l’une des femmes les plus connues. Dans ce nouvel essai, “Marie : De son enfance juive à la fondation du Christianisme”, James D. Tabor tente de démystifier la mère du Christ, en lui rendant son humanité de femme juive. Il crée ce qu’il appelle “une anti-narration mariale”, ayant pour but de retrouver la personnalité de la véritable Marie. Il dénonce un effacement intentionnel de son histoire par les premiers chrétiens afin de la hisser au rang de déesse, de mythe virginal inatteignable. Il essaie de retracer sa vie, qui est souvent cantonnée à la naissance et à la mort de son fils Jésus. Il lui rend sa jeunesse à Sepphoris marquée par le tempérament d’Hérode le Grand et les émeutes d’après sa mort ; il lui rend ses huit enfants, sa sexualité, et son indépendance.
Cet essai est une parfaite introduction pour le grand public aux différentes méthodes de criticisme théologique. Cependant, certaines théories que James Tabor semble adopter manquent de support historique et de sources primaires. L’auteur, qui est connu pour les polémiques qu’ont déclenché certains de ses écrits, expose plusieurs théories qui bien qu’elles soient fort intéressantes, relèvent plus de l’imagination que de la réalité.
En revanche, son chapitre “Sur les traces de Pantera” est un coup d’éclat. Comme le souligne l’auteur, bien que le lien entre la tombe de ce soldat romain et Marie ne soit pas attesté, et qu’il n’est pas prouvé que Jésus ait eu pour père biologique un homme nommé Pantera, l’existence de cette tombe nourrit de nombreux fantasmes. Surtout, elle ouvre la porte à une facette de Marie jusque-là inexplorée : sa passion amoureuse et sexuelle. Le fait que Marie ait pu avoir une relation et concevoir un enfant avec un homme qui ne partageait ni sa foi, ni ses origines, par amour, la rend plus humaine, plus réelle. J. Tabor écrit que c’est “dans le secret de son cœur et dans le libre choix du père de Jésus, que nous touchons à l’aspect le plus essentiel de sa féminité” (p. 192).
Ainsi le “Marie” de James Tabor dresse le portrait d’une jeune femme juive, rebelle, indépendante et amoureuse, qui a bien plus à offrir qu’un réceptacle divin. Cet essai apporte quelque chose jusqu’alors inconnu à la quête du Jésus historique : un personnage aux ambitions tout aussi eschatologiques que celles de ses fils.

Éliane BEDU
Contact@marenostrum.pm

Tabor, James, “Marie : de son enfance juive à la fondation du christianisme”, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Dutheil de La Rochère et Nathalie Gouyé-Guilbert, Flammarion, 11/03/2020, Disponible, 1 vol. (375 p.), 22,90€.

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