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Noires et blanches – Damien Glez

Quel bel objet. Et c’est un cri du cœur !
Sur la couverture de ce livre tout juste paru le 4 novembre 2021, “Noires et Blanches”, un titre qui résonne comme deux notes de musique. Et Bahiya, la splendide Africaine que nous retrouverons au milieu du recueil, y déploie “son capillaire oriflamme”.

Derrière la préface rédigée par Roukiata Ouédraogo, chroniqueuse et artiste burkinabée, ce sont trente-deux femmes, qui se détachent ainsi, sur papier glacé, dans la pénombre ou la lumière, en une ronde fraternelle. Et on les voit, distinctes, telles les notes d’une partition. Toutes différentes, croquées aux divers âges de la vie, en divers coins du monde, extraites de situations souvent banales, parfois plus exceptionnelles. Toutes sont magnifiques dans la fraîcheur de leurs jeunes années ou stigmatisées par les épreuves ou la vieillesse. Toutes sont saisissantes de vérité. Et cette vérité nous touche d’autant plus qu’elle est celle du monde contemporain : misère, injustice sociale, violence, réchauffement climatique, solitude ou promiscuité, sensualité ou détresse…

Chacun des portraits est adossé à un poème qui lui ressemble ou révèle la trame de son histoire, ou mieux encore un pan de l’histoire des femmes d’aujourd’hui. Page 56, la fillette déflorée que la peur pétrifie dans un recoin de sa chambre… Page 45, l’Arménienne centenaire dont le fusil rappelle les combats… Page 48, la dame à la lame qui nous renvoie l’image cruelle de l’exciseuse appliquant la cruelle tradition… Page 71, la mère que l’éloignement des enfants rend muette…

Damien Glez, l’illustrateur, franco burkinabé, est dessinateur de presse, scénariste de séries télévisuelles. Le plus souvent, il publie dans des collectifs d’auteurs. Il a aussi réalisé pour Arte une BD – reportage sur un camp des réfugiés au Darfour. Ici encore, il joue le réalisme et l’expressivité. Il stylise le décor, exagère le trait, appuie le détail, pousse parfois l’excès jusqu’à la caricature, sans jamais une once de vulgarité. Mais c’est aussi un auteur et une plume de poète. Ses textes, le plus souvent de construction classique (le quatrain y est très largement majoritaire) témoignent, en même temps, d’une audacieuse liberté. Il jongle avec les mots, et les images du monde, emprunte une chanson, fait un clin d’œil à un titre de film, tout en respectant la rime. Et à travers le texte, comme à travers ses dessins, le monde qu’il illustre par ces silhouettes et ces visages, reste bien le nôtre.

“Noires et blanches” est vraiment superbe, un livre d’art à prix tout doux. Mais il se veut d’abord un hymne, un hommage à la Femme contemporaine, à la Femme universelle. Faites-vous plaisir, et faites-le connaître, offrez-le autour de vous !

Christiane SISTAC
articles@marenostrum.pm

Glez, Damien, “Noires & blanches : portraits de mots et de traits”, préface Roukiata Ouedraogo, Éditions La Trace, “Regard”, 17/11/2021, 1 vol. (71 p.), 24€

Retrouvez cet ouvrage chez votre LIBRAIRE et sur le site de L’ÉDITEUR

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