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François Cérésa, Total western : just my rifle, my pony and me, Séguier, 23/05/2024, 1 vol. (141 p.), 19€.

Grand Hussard devant l’Éternel, oscarisé par le Grand Prix Michel Déon de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre, François Cérésa dégaine, avec Total Western : just my rifle, my pony and me (Séguier), une déclaration d’amour jubilatoire aux westerns ayant enchanté nos jeux et souvenirs d’enfants. L’ombre bienveillante de nos grands frères d’alors, John Wayne, Gary Cooper, Robert Mitchum, l’énigmatique Burt Lancaster ou encore Kirk Douglas, la fossette la plus célèbre d’Hollywood, aplanissait nos premières démangeaisons existentielles. Dans nos cinémas de quartier, au travers des lucarnes à écran rebondi, les chevaliers d’antan troquaient leur heaume et leur lourde épée pour un Stetson cradingue et un six coups à barillet, le Western régnait en maître sur nos rêves d’aventure, d’espace, d’éternité.
C’est quoi, le western ? Des cow-boys. Des Indiens. De l’eau-de-feu. Des armes. Des bisons. Des brigands. Un shérif. Des diligences. Des chevaux. Des embuscades. Une femme qui se distingue des autres. Des politiciens. Un barbier. Un train qui passe dans la ville. Un general store. Un saloon. Un hôtel. Un ou plusieurs tueurs. Un justicier qui tire plus vite que les autres… Mais c’est surtout, une histoire. Une bonne histoire.” Et des flingues qui ont enchanté notre imagination, Colt 45, Winchester 73, Remington non encore jetables : “sans armes à feu, pas de western !” La Constitution américaine y tient encore beaucoup, au grand dam de nombre de victimes innocentes devenus pigeons au pays du ball-trap.

Le western, c’est aussi le culte du héros, le réfractaire monté sur burnes qui défie le monde entier, l’antisocial magnifique, un rien vaurien, à moitié sauvage, qui triomphera de tout. Aujourd’hui, où la masse domine dans toute sa puante médiocrité, l’union faisant la farce, les crétins anonymes se la jouant philosophes grecs, penseurs humanistes, c’est l’ennemi tout botté, le Wanted dead, surtout pas alive, sur pattes ! Bouh le vilain, le sale macho, l’empêcheur de ramper en paix, de radoter pâquerettes ! L’histoire, la bonne, la vraie, enseigne pourtant que la résistance a plus de noblesse qu’une vile collaboration, que se dresser contre l’infamie est le propre de l’homme, la seule voie à suivre pour donner du sens et du panache à nos frêles existences. Et puis, des héros, ça ne court pas les rues ! Celles-ci sont d’abord Fidèle à lui-même, Cérésa tire dans le tas : « le western était un genre voué à la gloire de la Bonne Virilité. La Bonne Virilité, comme pour les chevaliers de la Table ronde, vient au secours de la veuve et de l’orphelin. Elle établit la Loi (d’essence masculine selon Freud). Elle fonde la famille, civilise les sauvages, libère les opprimés. Le western est une morale autant qu’un genre cinématographique. » Lancé Pony Express, il surenchérit, c’est « un équivalent moderne des romans de chevalerie », une resucée de notre bonne vieille mythologie. Quoi de plus naturel que des Italiens aient pris la relève des arrières petits-fils de cow-boy, troquant le lasso pour le spaghetti, plus consensuel à table, créant ainsi « une union monstrueuse entre la légende de l’Ouest et la Commedia dell’arte », avec Clint Eastwood et Terence Hill en maîtres de cérémonie, la comédie marchant souvent sur les traces de la tragédie.

Fidèle à lui-même, Cérésa tire dans le tas : “le western était un genre voué à la gloire de la Bonne Virilité. La Bonne Virilité, comme pour les chevaliers de la Table ronde, vient au secours de la veuve et de l’orphelin. Elle établit la Loi (d’essence masculine selon Freud). Elle fonde la famille, civilise les sauvages, libère les opprimés. Le western est une morale autant qu’un genre cinématographique.” Lancé Pony Express, il surenchérit, c’est “un équivalent moderne des romans de chevalerie“, une resucée de notre bonne vieille mythologie. Quoi de plus naturel que des Italiens aient pris la relève des arrières petits-fils de cow-boy, troquant le lasso pour le spaghetti, plus consensuel à table, créant ainsi “une union monstrueuse entre la légende de l’Ouest et la Commedia dell’arte“, avec Clint Eastwood et Terence Hill en maîtres de cérémonie, la comédie marchant souvent sur les traces de la tragédie.

Parfois, Cérésa est sévère, mordant, al dente, comme quelqu’un qui aime furieusement : “l’ennui, avec le western, c’est qu’il y en a tellement de mauvais qu’on finit par oublier les bons.” So what, old fellow ? seuls les bons seront sauvés, Rio Bravo, nous sommes d’accord, un monument ! Les aventures du Capitaine Wyatt, un chef-d’œuvre inégalé ! Le cycle du dollar, une tuerie en règle, sans oublier les innombrables pépites, trop souvent méconnues, La prisonnière du désert, La horde sauvage, Winchester 73, La chevauchée fantastique, La charge de même, une ruée vers l’or de nos DVDs (old school !) s’impose.
M’est-il permis de ne pas totalement partager ce constat taillé au tomahawk, scalpé ras-les-tempes ? : “le Western est une invention pure et simple“, “un genre qui n’a jamais existé dans la vraie vie” : “les vachers sont primaires (comme les Américains), les tueurs tirent dans le dos (c’est plus efficace), les redresseurs de torts sont armés de fusils de chasse (ça fait plus de dégâts). Le duel, c’est du cinéma. Le face-à-face, c’est du cinéma. Celui qui dégaine le plus vite, c’est du cinéma. En fait, tout ce que l’on aime. Une perversion bien agréable qui nous incite à devenir forts dans la vie (inventée), dans nos entreprises (contraignantes), souriants dans le malheur (récurrents grâce à nos politiques).” Qu’importe, le Rio Grande donnera toujours plus envie de se baigner que la Seine, et que seraient nos tristes vies sans canyons, diligences, bagarres de saloons et bisons futés ?

Aujourd’hui, cependant, l’arc bande mou et le six coups fait visage pâle. “Il n’y a plus de conquête de l’Ouest. Les superhéros ont dégagé les pistoleros. L’aventure, c’est Krypton ou Atlantis. On est un Avenger ou Captain America… Marvel tient le manche. Batman a évincé Doc Holliday, Superman a ostracisé Jesse James, Spiderman a viré Billy the Kid, Black Adam a renvoyé Buffalo Bill à ses bisons.” Lucky Luke n’ose plus fumer, à quand le Duke sirotant une verveine ou taquinant une menthe à l’eau ? Le monde d’hier disparaît sous les jupons qui font désormais des histoires pour un rien. Le Grand Remplacement façon big bang, expansion tous azimuts, à toute berzingue ! Ce sera mieux demain à suivre les penseurs déplumés des grandes universités américaines, défoncés aux calumets de la paix et le scalp d’honnêtes hommes en bandoulière. Tiens, une bonne histoire, ça se réécrit ! En plus mauvais, bien sûr ! Aux goûts du jour, latex et sirops, enfer et arc-en-ciel, en éradiquant les anciens tauliers, comme un acheteur de bien national souhaitant jouir d’une propriété payée par le prix du sang, ce qu’un mauvais plaisant nommait “un bien étrange raccourci“.

Grâce au Ciel, quelques cœurs d’or résistent encore et toujours à l’envahisseur social, aux redresseurs des torts-des-autres.
Kevin Costner a des faux airs de François Cérésa, pas le genre à baisser les bras, à abdiquer sans combattre. Son Horizon va-t-il enfin dégager le nôtre ? Danse avec les loups était un pur joyau, un sang pur coule dans ses veines de pur-sang. Il n’est pas encore temps de ranger éperons ni ceinturons, l’Ouest, le grand, le vrai, le sauvage, continuera à peupler nos rêves d’une humanité perpétuellement au galop.

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Chroniqueur : François Jonquères

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