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Du Liban, cette ancienne province de l’empire Ottoman, on connaît la souffrance et l’agonie de ce peuple qui – depuis 1943 – a déjà subi deux guerres civiles et plusieurs invasions. Une civilisation abattue par la violence des hommes qui – naguère – savaient vivre ensemble. La tragédie du port de Beyrouth semble avoir définitivement mis à genoux un pays qui cherche aujourd’hui à survivre sous le joug des privations et d’un État corrompu. Zahlé, la ville du vin et des poètes où l’on parlait naguère l’araméen – la langue de Jésus – n’échappe pas à son lot de souffrances. Elle est la quatrième ville du Liban, une enclave chrétienne située à l’intérieur de la Bekaa, et qui a été – dans les années 1980 – au cœur du conflit et d’une bataille contre les forces d’occupation syriennes.

Zahliotes de naissance et Zahliotes dans l’âme, Pascale Saad Stephan – Chloé Fakhouri Kazan – Christine Najjar Hayek – Françoise Khoury Ghanem el Hachem, se sont retrouvées autour du projet de ce beau livre illustré de peintures et aquarelles de Mussad Trad afin de rappeler à la diaspora zahliote l’enchantement que fut leur ville :

C’est le Liban authentique, intemporel, mélange de nostalgie et d’espérance. À l’abri des tumultes de Beyrouth et des villes côtières, elle cultive retrait et indépendance. Zahlé c’est un autre Liban. Plus discret, plus secret, plus authentique je crois. Le monde tel qu’il est mais aussi le monde tel qu’il fut et demeurera.

Dès qu’il quitte la ville de son enfance et son pays, l’homme – par une sorte de déchirement d’âme – laisse une grande partie de lui-même qui demeure attachée à certains lieux. La faculté de chérir ces lieux et les êtres qui l’ont peuplé, demeure impérissable. Je ne sais pas pourquoi, en achevant Zahlé, j’ai eu une envie irrépressible de relire quelques pages de Francis Carco (1886-1958). Il était l’ami des peintres, des mauvais garçons, des filles perdues, mais il était surtout le poète de la nostalgie. Ce sentiment est peut-être moralement le plus douloureux, car il nous confine dans le cercle des choses vécues, et il nous ôte le goût de les revivre encore. Francis Carco aurait tant aimé ce livre écrit à quatre mains – de femmes – et illustré par un homme. Il aurait aimé sa poésie qui – malgré la nostalgie – est un cri d’espérance pour un avenir meilleur de l’humanité. Il aurait aimé les couleurs et les formes des peintures et aquarelles de Moussad Trad, inspirées par sa ville natale et le soleil éclatant de Zahlé qui embrase la pensée du sage et la touche de l’artiste. Il aurait aimé ces escaliers, ces personnages aux airs tristes et tendres, ces êtres éphémères et charmants qui paraissent inspirés par les tableaux de Maurice Utrillo ; Zahlé la poétesse a des airs de Montmartre, cette autre “colline inspirée”, avec ses rues pavées, ses estaminets, ses éclats de rire, où, sous le saule du père Frédé on chantait la bohème…
Nous avons tous une Zahlé dans notre cœur, des racines, un amour inconditionnel pour notre terre natale, et l’on aimerait qu’elle se mue en un ouvrage aussi fort, “écrit dans la langue des Libanais amoureux de la France et du français.”

Librement inspiré de situations personnellement et intensément vécues, ce livre qu’on a voulu le plus plaisant possible, nous a demandé nos propres mots, nos amusants souvenirs, nos impressions les plus intimes et nos sentiments les plus colorés. Et puisqu’on fait nôtres ces quelques mots d’Albert Camus : “La pensée d’un homme est avant tout sa nostalgie”, ce livre nous a réclamé, en toute simplicité, nos pensées les plus nostalgiques et notre belle histoire. Une histoire purement zahliote.

“Zahlé. Le Liban au cœur” est une œuvre de dévouement qui nous touche. Les recettes du livre sont versées dans leur intégralité afin d’aider cette ville romantique et enchantée, synonyme de “bonheur”. L’ouvrage est l’incarnation du don de soi-même au profit d’une belle cause, une façon de retirer de sa nostalgie, comme d’une source, la joie et la fierté d’appartenir à une diaspora.

Jean-Jacques BEDU
articles@marenostrum.pm

Pascale Saad Stephan, Chloé Fakhouri Kazan, Christine Najjar Hayek, Françoise Khoury Hachem, peintures et aquarelles de Moussa Trad, “Zahlé : le Liban au cœur”, Éditions Erick Bonnier, “Encre d’Orient”, 04/11/2021, 1 vol. (308 p.), 39€.

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On ne s’attend pas toujours à ce qu’un roman nous serre le cœur avec des souvenirs qui ne sont pas les nôtres.

Et pourtant, La Petite Vie d’Antoine Cargoet réussit ce miracle : faire résonner l’universel dans le murmure du personnel. Premier roman d’une maîtrise rare, ce récit retrace, avec pudeur et intensité, l’histoire d’un fils qui, face à la disparition de son père, tente de recoller les morceaux d’une mémoire ordinaire et pourtant essentielle. Rien de spectaculaire ici — juste des instants vrais, une lumière jaune sur un salon, des trajets en voiture, des films partagés en silence.

Coup de maître d’un écrivain discret, La Petite Vie redonne à la tendresse sa pleine place littéraire. Il ne s’agira pas d’oublier ce livre, mais de le garder auprès de soi, comme une photo un peu floue, un peu précieuse.

 

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