0
100

Voyage cinéphile dans l’Amérique de Redford, miroir des présidents américains

Jacques Demange, L’Amérique de Robert Redford, LettMotif, 27/01/2026, 184 pages, 28,90

L‘Amérique de Robert Redford n’est ni une biographie, ni une monographie, mais l’étude d’un homme, acteur et réalisateur, qui incarne à travers des films minutieusement choisis la société étasunienne en mutations. L’auteur, Jacques Demange, universitaire, collaborateur à Positif et critique à Cinechronicle – déjà connu chez LettMotif pour Michelangelo Antonioni, d’un regard à l’autre (2019), Natalie Portman, dualités (2021), Kate Winslet, la discrète (2023) – a une approche soci(étal)o-historique. Il étudie l’œuvre filmique de Redford au miroir des présidents américains. Au fil(m) des différents chefs d’État – tel l’autoritaire Donald Trump (son prénom disneyen ne prêtant plus à rire) – Redford reste bel et bien un citoyen engagé toute sa vie.

Les années John Fitzgerald Kennedy

Les débuts télévisés de Redford correspondent à ceux, présidentiels, de Kennedy (de là à penser que les hommes politiques sont des acteurs). Dans les années 1960, Redford joue dans huit séries télévisées mais nourrit des projets plus ambitieux tel le théâtre. Avec ses cheveux blonds, ses yeux clairs et sa carrure d’athlète, il est l’image romantique d’une Amérique triomphante et rappelle la figure publique de Kennedy. Tous deux offrent un visage rassurant des E.-U. et s’imposent sur les écrans. Hollywood se lance à la course technologique et les E.-U. se lancent dans la course aux armements. Redford, “aristocrate réservé”, s’oriente dans le cinéma indépendant. La Guerre est aussi une chasse (1962) de Denis Sanders est un film à petit budget (300.000 dollars) où son talent éclate. Le 22 novembre 1963, une faille s’ouvre avec l’assassinat de Kennedy à Dallas. Le cinéma américain accuse le coup et Hollywood déchante avec Daisy Clover (1965) de Robert Mulligan, La poursuite impitoyable (1966) d’Arthur Penn, Propriété interdite (1966) de Sydney Pollack, films noirs où Redford – tour à tour Lewis, Bubber, Owen – est un spectre du passé. Un changement s’opère avec Butch Cassidy et le Kid (1969) de George Roy Hill et Jeremiah Johnson (1972) de S. Pollack Ces deux films qui appartiennent au western, genre spécifique aux E.-U., à leur conquête et création, affirment la grandeur de la Nation américaine avec un changement d’atmosphère. Ils montrent les débuts d’un monde nouveau avec un Redford, à la fois Kid magnifique et rieur défiant la loi et Jeremiah écologique et vengeur, qui devient un éternel voyageur marquant la résurgence de refoulés historiques.

Les années Richard Nixon

L’arrivée au pouvoir en 1969 de Nixon, qui n’avait pu vaincre Kennedy aux présidentielles antérieures, symbolise un retournement politique, un flash-back qui vient combler la faille ouverte avec Kennedy assassiné. Redford fonde en 1969 sa propre maison de production, Wildwood Enterprises, devient engagé et produit Votez McKay (1974) de Mïchael Ritchie, critique tant du monde hollywoodien que politique. Il en est de même de Gatsby le magnifique (1974) de Jack Clayton, film sur la bourgeoisie américaine des années 1920 qui sombre dans le sommeil de l’amnésie. L’affaire du Watergate, affaire d’espionnage compromettant Nixon, pourtant réélu, et le poussant à démissionner pour ses pratiques peu démocratiques, sonne un réveil tragique de l’Amérique. Les films des années 1970 décrivent alors un mouvement de fermeture et de rétractation : Les trois jours du condor (1975) de S. Pollack, Les Hommes du Président (1976) de Alan J. Pakula.

Les années Ronald Reagan

En 1981, l’ancien acteur de cinéma (de série B) Reagan devient président. Une nouvelle ère filmique s’ouvre avec la VHS et avec le succès planétaire de La guerre des étoiles (1977) de George Lucas qui contribue à un nouveau marché glorifiant les héros et achevant le temps des rebelles. C’est dans ce contexte qu’arrivent Le Meilleur (1984) de Barry Levinson et le sublime Out of Africa (1985) de S. Pollack, avec Redford en Roy Hobbs, un champion de baseball qui entame une traversée de désert et qui doit prouver qu’il est le meilleur, et en Denys Finch Hatton, un chasseur épris de liberté et de grands espaces …

 

Si les autres décennies sont à découvrir, les films de Redford décrivent une Amérique qu’il aime et défend toujours. Parti le 16 septembre 2025 à l’âge de 89 ans, il laisse un précieux héritage au monde du cinéma. Au début des années 1970, il achète deux hectares de terrain dans les montagnes du Wasatch, au S-E de Salt Lake pour vivre avec sa famille dans la Nature. Devenu réalisateur, il crée le Sundance Institute, un havre de paix et de travail pour les artistes indépendants. Des cinéastes confirmés apportent leur aide bénévole : Terry Gilliam, George Roy Hill, S. Pollack, Bertrand Tavernier… De jeunes cinéastes sont invités : Paul Thomas Anderson, Edward Burns, Quentin Tarantino… En 1985, il crée le Sundance Film Festival qui devient la Mecque du cinéma indépendant permettant de découvrir les films réalisés en dehors des normes imposées. En 1996, il crée la chaine de télévision Sundance Channel spécialisée dans les films indépendants. Robert Redford est un homme singulier et pluriel, acteur charismatique et cinéaste engagé, un passeur de cinéma libre et indépendant qui symbolise une Amérique, son Histoire et Hollywood, avec ses failles et ses faiblesses, ses utopies et ses espoirs. Une filmographie en tant qu’acteur – de télévision et de cinéma – et réalisateur et un index des films et des personnes ferment classiquement le tout. Faut-il préciser que l’ouvrage – de grand format (17 × 24 cm) avec 16 photos pleine page ou double page et 110 photogrammes NB des films analysés – est passionnant ?

Vous avez aimé cet article ?

Média indépendant et sans publicité, Mare Nostrum propose un accès libre à tous ses contenus. Seul son lectorat lui permet d’exister.
Une information exigeante a un coût : soutenez nous
(dons déductibles).

Pour contacter la rédaction – contact@marenostrum.pm

Et si, au cœur des années 1930, un écrivain majeur décidait de fuir le vacarme du monde pour se lancer à la poursuite d’un mythe millénaire, entre sable, silence et légende ?

Dans André Malraux et la Reine de Saba, Jean-Claude Perrier exhume une expédition oubliée : celle menée par Malraux en 1934 au Yémen, sur les traces d’une reine à la frontière du réel et du fabuleux. Ce récit, d’une grande finesse littéraire, mêle aventure, érudition et méditation sur le pouvoir des civilisations disparues. Plus qu’un simple voyage, c’est un cheminement intérieur que l’auteur retrace, révélant un Malraux habité, visionnaire, oscillant entre engagement et vertige métaphysique.

Un livre rare, à la fois dense et lumineux, où l’épopée se fait reflet d’une époque troublée et miroir d’une quête universelle.

À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE - À LA UNE
Soutenez notre cause - Soutenez notre cause - Soutenez notre cause

Pour que vive la critique littéraire indépendante.

Nos articles vous inspirent ou vous éclairent ? C’est notre mission quotidienne. Mare Nostrum est un média associatif qui a fait un choix radical : un accès entièrement libre, sans paywall, et sans aucune publicité. Nous préservons un espace où la culture reste accessible à tous.

Cette liberté a un coût. Nous ne dépendons ni de revenus publicitaires ni de grands mécènes :
nous ne dépendons que de vous.

Pour continuer à vous offrir des analyses de qualité, votre soutien est crucial. Il n’y a pas de petit don : même une contribution modeste – l’équivalent d’un livre de poche – est l’assurance de notre avenir.

autres critiques
Days :
Hours :
Minutes :
Seconds