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Bad hombre explore la dénonciation et la vérité à l’ère numérique

Pola Oloixarac, Bad hombre, Le Cherche Midi, 15/01/2026, 227 pages, 21€

Plébiscitée en Argentine pour ses qualités de journaliste et d’essayiste, Paola Caracciolo –  plus connue sous le pseudonyme de Pola Oloixarac –, l’est davantage encore par ses romans à caractère provocateur qui lui ont valu, depuis 2008, une notoriété internationale.
Tout autant que Les théories sauvages, objet d’un premier best-seller, la fable satirique de son deuxième roman Mona, version licencieuse de La montagne magique où s’affichent les petits travers des grands écrivains, n’a fait que conforter sa réputation d’autrice sulfureuse.
Et c’est un peu dans la même veine que s’inscrit Bad hombre, une fiction audacieuse, à bien des égards inconfortable mais séduisante. Le canevas de ce texte percutant, exposé comme une histoire vraie, en est fixé dès la première page, tel que l’indique la romancière.

Entre 2016 et 2018, différentes femmes m’ont contactée pour que je les aide dans une tâche très précise : elles voulaient bousiller la vie de certains hommes. Elles-mêmes ne s’étaient jamais vues, mais je connaissais quelques-uns des hommes en question, raison pour laquelle elles m’écrivaient. Le plan consistait à nous unir pour leur infliger un châtiment exemplaire : que les vies normales de ces hommes telles qu’elles s’étaient déroulées jusqu’alors disparaissent sous les décombres d’une révélation qui les marquerait irrémédiablement.

Un féminisme vengeur

La singularité du sujet, à connotation féministe autant que vengeresse, tient dans l’amalgame fait autour du titre, tel qu’explicité en liminaire.
L’expression Bad hombres imaginé par Donald Trump, en référence aux hommes hispanophones dont la présence était jugée indésirable aux États-Unis, relevait du même opprobre que ces hommes toxiques qui se cachaient pour occulter leurs méfaits.
Mais quand bien même le récit paraît axé sur la dénonciation de ces Bad hombres prédateurs, il n’en constitue pas la finalité.
Ce qui interroge Pola Oloixarac, c’est plutôt la façon dont s’établit la frontière entre le bien et le mal. Ce qu’elle remet en question, ce sont les mécanismes sociaux de jugement et de condamnation qui ont cours de nos jours.
 Qu’est-ce qui a provoqué la multiplication de ces Bad hombre ? Comment la société les a fabriqués ?
Une façon de rendre compte des méfaits d’un certain courant actuel qui n’obère pas toutefois son désir d’objectivité. Ce sera le cas avec Laurent, universitaire et brillant diplômé de l’ENA qui perdra injustement son aura et son travail à cause d’une injuste dénonciation.
Il avait subi un procès inique, et son accusatrice pour le traîner en enfer, n’avait présenté d’autre preuve que sa parole de femme outragée, son droit à l’anonymat et quelques extraits de Facebook, argumente-t-elle.

Le portrait d’un monde en pleine confusion

Là aussi, plutôt que de s’attacher aux causes d’un discrédit, l’autrice cherchera à comprendre la manière dont les accusations sont proférées, exacerbées, le plus souvent sans fondements mais qui se refermera comme un piège explique-t-elle, car toute défense aurait été perçue comme un aveu de culpabilité.

Comme s’il était question dans ces cas-là du degré de culpabilité, ou de celle qu’on est disposé à admettre. Quand une histoire devient publique — quand Laurent devient le personnage de cette histoire et que les autres le perçoivent comme tel —, l’innocence est automatiquement et irrémédiablement perdue.

En se basant sur diverses sources de son enquête et d’autres plus personnelles, l’écrivaine argentine construit son roman en une série de chapitres, pensés comme des fragments d’une histoire plus large qui devient une théorie de l’actuelle violence du genre.
Ainsi à travers Matéo, le tombeur argentin, Ana, une sorte de dame aux camélias issue de sa propre famille, en passant par Diego ou Elijah, l’autrice va décrypter les mécanismes qui vont permettre à ces personnages de nourrir ces processus de dénonciations caractérisant ces Bad hombres.
Tout un volet d’exemples incluant les frasques de Victoria Ocampo, femme fatale du début du XX° siècle, qui, en traitant les hommes comme des appâts susceptibles de satisfaire ses nombreux caprices ramena dans son sillage argentin, des êtres tels que Roger Caillois, Malraux, Tagore et surtout Drieu la Rochelle, dont le concept de la virilité fut son tyran absolu avant de devenir un marchepied pour le fascisme.
Bref, une incursion peuplée d’intrigues à mi-chemin entre la cancel culture et les contradictions féministes, qui, rédigée dans un style aussi drôle que subversif et parfois dérangeant, n’en traduit pas moins les dérives et l’authenticité d’un monde en pleine confusion.

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