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Christos Markogiannakis, Omero, le fils caché, , traduit de l’anglais par Maxime DesGranges, Plon, 28/09/2023, 1 vol. (445 p.), 21,90€

L’idylle entre la cantatrice Maria Callas et le riche armateur grec Aristote Onassis nouée à partir de 1959 fit couler beaucoup d’encre. Les échotiers de l’époque s’en donnèrent à cœur joie pour scruter les faits et gestes du couple, d’autant plus qu’il coïncida avec la fin de la carrière de la diva, désertant progressivement les scènes d’opéra pour se consacrer à sa passion amoureuse. On sait aussi que l’histoire ne connut pas un dénouement très heureux puisque Onassis, collectionnant les femmes comme des “trophées” ne tarda pas à délaisser sa maîtresse pour la jeune veuve du président Kennedy, qu’il épousa en 1968. Bien des années plus tard, des journalistes avancèrent qu’en 1960, la Callas aurait accouché d’un enfant prématuré. Ce dernier, prénommé Omero, serait mort quelques heures seulement après sa naissance. Cette théorie qui continue à faire débat parmi les biographes, sert de point de départ au livre de Christos Markogiannakis. Le romancier imagine en effet ce qui aurait pu se passer si cet enfant avait réellement existé, mais surtout s’il avait continué à vivre dans le plus grand secret…

Une tragédie dans les pointillés de l’histoire

Profitant pleinement des privilèges qu’octroie la fiction, l’auteur développe une histoire passionnante dans les pointillés de l’histoire. Le livre se présente comme la confession à la première personne que le fils caché de la Callas et d’Onassis aurait transmise à l’écrivain en guise de testament. Reprenant là un artifice littéraire classique, celui du manuscrit retrouvé et publié, l’auteur se définit comme le simple “messager” d’une existence hors du commun qui n’aurait rien à envier aux tragédies antiques. La première partie du livre relate l’enfance du protagoniste, élevé par un couple d’Italiens qu’il nomme mamma et papà dans une grande maison au bord d’un lac et décrite rétrospectivement comme une “cage dorée”. Sa véritable identité est tenue secrète, de même qu’on préserve l’enfant de tout contact avec la musique, comme si l’on craignait que les gènes maternels ne se révèlent par le chant. Il reçoit régulièrement des cadeaux de son nonós, parrain divinisé et véritable protecteur de son existence. C’est à la mort de ce dernier, en 1975, qu’Omero découvre enfin la vérité sur ses origines. Ce riche et généreux nonós n’était autre que son père biologique et c’est ce dernier qui, refusant l’embarras d’un fils illégitime, a fomenté le scénario de sa fausse mort :

Bien qu’il ne songeât probablement pas à me laisser mourir au sommet d’une montagne ni à me jeter à la mer entre quatre planches, comme mes homologues mythologiques, je devais disparaître.

Retrouver sa mère

Mais là où l’histoire rejoint la tragédie, c’est que la Callas ignore que son fils a survécu. Dévastée par le deuil, elle écrit, années après années, des lettres à son enfant mort-né et va même se recueillir pendant quinze ans, sur une fausse sépulture dans un cimetière au nord de Milan…

Elle laissait les lettres sur ma tombe lors de chaque visite ou presque. Écrites en grec signées seulement d’un "Maman", elles ne présentaient pas le risque de révéler l’identité de leur auteur ou celle de l’enfant inhumé.

Ayant appris l’existence de ce mensonge inhumain, Omero s’envole pour Paris bien décidé à reprendre contact avec celle qui lui a donné le jour. Le roman offre de belles pages sur les errances du narrateur, attendant de longues heures sous les fenêtres de l’immeuble où réside la diva, attendant, le cœur battant, de la voir apparaître. Mais comment aborder quelqu’un qui vous croit mort depuis toujours ?

Auteur de romans policiers, Christos Markogiannakis s’éloigne ici de son genre de prédilection pour dresser le portrait crédible et saisissant d’un individu tourmenté qui, jusqu’à sa mort, va consacrer toute son énergie à explorer les vestiges de ses origines. Tour à tour enquêteur et personnification inquiétante d’une Némésis vengeresse, le narrateur se nourrit comme un drogué de tout ce qui touche à ses parents biologiques :

C’est ce que crée l’addiction : elle vous rend désespéré, elle accentue les défauts de votre caractère. Papà avait compris cela et m’avait dit d’arrêter de fouiller dans le passé.[…] Je ne l’ai pas écouté. Et le monstre en moi n’a jamais cessé d’être nourri.

Chroniqueur : Jean-Philippe Guirado

Chroniqueur : Jean-Philippe Guirado

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