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Dans Yamma, une voix de mère traverse l’immigration et l’intime

Ouissem Belgacem, Yamma. Éditions Flammarion, 22/05/2024. 192 pages. 20 €

L’ancien footballeur professionnel, Ouissem Belgacem, a pris du recul avec ce qui était jusqu’alors le nerf de sa vie. Il est aussi l’auteur de « Adieu, ma honte » (2022). Pour des raisons personnelles qu’il a expliqué lors de son changement de trajectoire, il a décidé de témoigner, non seulement sur les plateaux de télévisions ou sur les radios, mais aussi par l’écrit. Il nous propose un récit intime ; Yamma. Le thème central du livre est la relation mère-fils, avec toutes ses tensions, ses sacrifices et sa profondeur affective. Dans ce livre, il donne la parole à sa mère, Faouzia Bouguerra, en racontant sa vie depuis la Tunisie, son installation en France et son parcours de femme, de mère et d’immigrée. Le mot Yamma signifie «maman» dans certains dialectes nord-africains. C’est un dérivé de l’arabe classique « Umm » ou « Umma ». Le titre donne d’entrée une tonalité affective et personnelle à son texte. Yamma touche à des thèmes universels tels que l’immigration, l’identité, l’acceptation de soi et des autres, la place des parents et des enfants, les tensions culturelles et religieuses.

C’est le récit d’un parcours migratoire, mais aussi de la complexité de la vie intérieure de sa mère

Un parcours entre amour, sacrifices, peines, émancipation, contraintes sociales et culturelles quotidiennes. Une femme qui a dû quitter son pays, affronter un mari violent, élever seule ses enfants. En se mettant dans la peau de Faouzia, sa mère il retrace son parcours depuis la Tunisie jusqu’en France, ses renoncements, et les sacrifices consentis pour élever ses enfants. Le récit explore aussi le temps de rupture et de réconciliation entre mère et fils après l’annonce de l’homosexualité de l’auteur. C’est un passage difficile qui se transforme progressivement en acceptation. S’il témoigne de son rapport à l’identité et à l’immigration, il développe surtout la manière dont elle a vécu le coming out de son fils, avec toutes les tensions émotionnelles que cela a suscitées dans leur famille.

Dépasser les conflits familiaux par la communication, la réconciliation et l’empathie

Le mode n’est pas banal. Il se met dans la peau de sa mère et raconte son parcours à la première personne, comme si c’était elle qui prenait la parole. Il lui donne une voix littéraire à la première personne. C’est une voix imaginée de la Mère. Sans doute parle-t-il d’elle, et également de toutes ces femmes qui n’existent que dans l’ombre des hommes, des traditions, derrière des moucharabiehs… Faouzia incarne ces femmes qui quittent leur pays et leur passé pour une promesse de vie meilleure, avec ses joies et ses douleurs. C’est aussi la voix des femmes migrantes deux fois exclues. Elles parlent autrement. Ouissem témoignage ainsi à quel point l’histoire de ses parents, et de sa mère en particulier, a façonné sa vie et ses propres combats, notamment autour de l’acceptation de son affectivité. Accepter son orientation sexuelle et la vivre pleinement pour soi, et à l’intérieur d’une famille maghrébine dont la culture est aux antipodes de l’évènement. Pour dire vrai, « être homosexuel » au Maghreb est un non-évènement. Dans ces sociétés, il y a des choses que l’on sait, que l’on pressent, et que l’on tait jusqu’au jour où…

Le récit montre les tensions générationnelles et culturelles, notamment autour de sa « sortie du placard ». De ce point de vue, le livre encourage la compréhension mutuelle et l’amour inconditionnel, en montrant qu’il est possible de dépasser les peurs et les préjugés par le dialogue et le temps. De toute évidence, c’est un message de tolérance, qui s’invite régulièrement dans les débats contemporains sur l’identité, la famille et l’acceptation de soi. Comprendre d’où l’on vient pour mieux se comprendre soi‑même.

Tolérance et acceptation… Le « Coming out » de Ouissem Belgacem

Le livre interroge la confrontation entre identité individuelle et les normes sociales, notamment dans le cadre de l’homosexualité et de l’appartenance culturelle. Le coming out est un moment clé qui met en lumière les enjeux de tolérance et de compréhension au sein d’une famille traditionnelle. L’auteur tend à expliquer quel est le processus de réconciliation, où l’amour familial finit par dépasser les préjugés ; c’est-à-dire la capacité des individus à accepter la différence et à remettre en question leurs croyances culturelles et personnelles. L’amitié entre identité et contexte social est possible, mais demande du temps et de l’écoute. La réconciliation est progressive avec son fils après son coming out illustre l’amour inconditionnel et la capacité à dépasser les peurs culturelles et personnelles. Le cheminement de la mère de Ouissem vers l’acceptation du choix de son fils illustre la possibilité d’adapter les traditions et croyances face à l’évolution des réalités familiales et sociales.

 Malgré les difficultés une mère garde toujours au cœur pour ses enfants son amour. Sa mère traverse les épreuves personnelles et familiales tout en gardant un cœur ouvert et généreux. Il faut y lire les liens profonds liés à la transmission et à l’acceptation, en mettant en avant la réconciliation, l’amour familial et le dépassement des préjugés culturels. Faouzia symbolise le courage, l’amour inconditionnel et résilient, les sacrifices et la capacité de savoir pardonner. Cette femme a une vie intérieure solide, indéracinable…, et toujours disponible pour se réconcilier avec elle-même, avec les siens, le monde d’hier et le monde nouveau à construire en France comme migrant. L’adaptation ne va pas de soi. Il faut du temps… pour accueillir la nouveauté et préserver ses racines culturelles.

Immigration et identité culturelle

 L’ouvrage explique en quoi l’immigration n’est pas seulement géographique, mais aussi identitaire. Il faut concilier les valeurs d’origine et les exigences du nouveau pays dans lequel on souhaite s’insérer. L’histoire de Faouzia est celle d’une migration : elle quitte la Tunisie pour la France, avec toutes les difficultés liées à la réinstallation, l’adaptation et la préservation des racines culturelles. Les parents maintiennent les traditions, tandis que les enfants adoptent de nouvelles habitudes et de nouvelles valeurs. L’identité se construit comme un équilibre fragile entre héritage culturel et adaptation sociale.

Résilience et émancipation

 La voix de Faouzia offre une perspective rare et précieuse sur les enjeux familiaux contemporains liés à l’identité, à l’orientation sexuelle et aux conflits générationnels. En donnant une voix à sa mère, Ouissem Belgacem offre au lecteur une manière différente d’aborder l’histoire personnelle, l’amour filial et les défis de la vie moderne. La maternité est décrite non seulement comme un rôle biologique, mais comme une construction morale et émotionnelle, faite de renoncements et d’amour inconditionnel. Le livre met en lumière la transmission des valeurs : culture, éthique, et capacité à affronter les difficultés. On découvre au fil des pages une forme d’héroïsme discret, souvent invisible mais essentielle à l’équilibre familial. Elle réussit à construire une vie stable pour elle et ses enfants. Du coup la résilience est représentée comme une force silencieuse et quotidienne, dans les actes de survie, d’adaptation et de persévérance. L’émancipation n’est pas toujours spectaculaire. Elle peut être dans la constance, la patience et le courage face aux épreuves.

Yamma est un livre sur la mémoire familiale

Elle devient un outil pour comprendre le présent et construire l’avenir, notamment pour les générations suivantes. Les thèmes convergent autour de l’amour familial, la compréhension et la résilience. Le récit célèbre la maternité et le rôle des femmes invisibles au Maghreb, et en France. Ces femmes sans voix, voilées ou non ; mais tel n’est pas le problème. L’auteur montre l’importance de la mémoire et de la transmission en explorant la complexité de l’identité et des normes culturelles, en invitant à la tolérance et à l’empathie universelle. Ce livre rend hommage à une mère et aux sacrifices des femmes migrantes. Il combine tendresse, émotion et réflexion sur l’identité. Le nom de « Maman » résonnera toujours au plus profond de l’âme et des souvenirs de chacun ; et particulièrement dans le moment de désespoir où l’on voudrait sentir sa mère à ses côtés…, lui demander conseil ou la tenir dans ses bras. Un bel hommage d’un fils pour sa mère lui disant dans le creux de l’oreille tout son amour au moment où sa vie allait devenir plus claire et plus redoutable en sortant d’un placard où il n’aurait sans doute jamais eu à entrer. Sa mère lui a permis de trouver la clé d’une libération…

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