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De toutes les références relatives à la Beauté, celle que Dostoïevski met dans la bouche du prince Michkine dans “L’idiot” est assurément l’une des plus signifiantes. Et en parfaite adéquation avec la réflexion de John Griffin.
Dans “La Beauté sauvera le monde” les deux parties de la formule du grand écrivain russe ne sont, en effet, pas réunies par hasard. Elles sont pleinement solidaires.
Car c’est si, et seulement si, le salut du monde et de l’âme humaine est à nos yeux, une nécessité que la Beauté peut avoir un sens. De la même façon que la Beauté ne peut être invoquée dans son entité que si elle s’insère dans une conception métaphysique du monde.
Ces propos d’Étienne Barilier, relayés par ceux contenus dans la préface du livre constituent, d’une certaine manière, la matrice du manifeste de John Griffin.
Pour lui, la Beauté est la qualité intrinsèque d’une relation harmonieuse entre objets et sujets, nations et continents, et par-dessus tout, entre les personnes et la planète Terre. C’est l’injustice sociale, la globalisation de l’économie et les conflits en tout genre qui l’ont enlaidie. Avec pour conséquence, une humanité malheureuse et déboussolée bien éloignée des bienfaits que les progrès du début du XXe siècle avaient laissés entrevoir.
Pour tenter d’enrayer les processus environnementaux conduisant à l’agonie de cette civilisation, l’auteur n’imagine qu’une seule solution. Privilégier la tradition face au modernisme. C’est-à-dire, recouvrer les bénéfices de la “Sophia perennis”, cette sagesse immuable dont la conscience humaine est toujours potentiellement l’héritière. Ou encore, plonger dans les racines naturelles de la Beauté plutôt que de continuer à être la proie des dérives de la science.
C’est ce que l’auteur développe remarquablement dans son concept “d’écolophilosophie”. À l’attentisme ambiant, ce dernier oppose l’élaboration collective d’un nouveau schéma de la pensée à l’émergence d’une civilisation bâtie sur la raison. “Enfermés que nous sommes dans la sphère de la pensée scientiste, nous avons perdu le lien avec le mystère de la Beauté qui faisait jadis le sel de l’existence”, relate-t-il.
Pourtant, ces éveils à la Beauté subsistent dans nos quotidiens. Se réveiller à l’aube lorsque l’obscurité laisse place au jour ; entendre un cours d’eau qui ruisselle dans la clairière d’un bois ; ou se laisser griser par l’exhalation d’une rose sont autant de sensations qui bousculent l’âme et nous prouvent que le beau et le sacré ne sont pas uniquement des modes de perception mais des qualités inhérentes à la nature.
Le Sacré justement. C’est dans le chapitre consacré à la genèse du transcendant, que l’essayiste australien nous livre ses meilleures pages. Après avoir évoqué la profonde accointance des fondateurs des religions avec la Beauté, John Griffin en dresse un exhaustif commentaire. Dans la tradition judéo-chrétienne tout d’abord, avec l’immanence de l’Esprit et son mouvement à travers la nature, parfaitement symbolisée par le vent “qui souffle où il veut”.
Au niveau du bouddhisme ensuite, avec cette quête permanente de transcendance et la prise de conscience individuelle du respect de la nature. Et dans l’Islam enfin, dont l’attention portée à cette même nature regorge dans les pages du Coran. “En vérité Dieu est beau et Il aime la Beauté”, dit un hadith, à cet égard. Mais cette incitation à puiser dans le passé un retour à la Beauté n’est jamais aussi prégnante dans l’ouvrage que dans l’exemple métaphorique des jardins. Celui du Taj Mahal, et plus encore, celui de l’Alhambra, en Espagne, “où les ruisseaux qui s’écoulent, le son de l’eau et des fontaines, sont les images les plus puissantes de la description du paradis.”
Autant d’allégories propres à libérer nos contemporains de l’angoisse d’un environnement destructeur et les inciter à méditer sur l’ineffable Origine de la Beauté.

Michel BOLASELL
contact@marenostrum.pm

Griffin, John, “De l’origine de la beauté : écophilosophie et sagesse traditionnelle”, Préface de Satish Kumar. Traduction de Marie-Christine Scordia Merceur et Ghislain Chetan, Hozhoni, 18/06/2020, vol. (439 p.), 19,00€.

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