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Idir : un Kabyle du monde

Alilat, Farid, Idir : un Kabyle du monde, Le Rocher, 06/04/2022, 1 vol. (346 p.-16 pl.), 21,90€

Je n’avais qu’une vague connaissance d’Idir lorsque j’ai lu Idir un Kabyle du monde. Et cette lecture m’a amené tout naturellement à en savoir plus, à écouter les chansons qu’il a interprétées, à regarder les vidéos de concerts qu’il avait donnés. Et j’ai compris qui était Idir, son importance pour les Kabyles d’Algérie et aussi son immense talent et ses qualités humaines.
Idir est l’un des plus prestigieux représentants de la culture kabyle. Le journaliste et auteur Farid Alilat raconte son enfance, sa jeunesse, sa maturité et sa vie d’artiste. Il a rencontré des personnes qui ont connu le chanteur et qui se sont confiées à lui. Une enfance et une adolescence marquées par la guerre d’Algérie, sa famille ayant subi comme beaucoup d’autres des actes hostiles de la part des soldats français.
La période qui suivit la guerre fut à la fois celle qui vit le bonheur de la libération après 132 ans de colonisation, mais aussi celle du conflit entre l’armée de l’intérieur et celle des frontières, mais aussi les premières répressions contre les Kabyles qui demandaient la reconnaissance de leur apport à la lutte pour l’indépendance. Durant toute sa vie, Idir revendiqua sa berbérité et il fut un porte-drapeau de la culture kabyle.
Il chanta son pays et ses gens, leurs souffrances et leurs espérances, les exilés. Il a aussi célébré le vivre ensemble et les différentes cultures qui s’entrecroisent.
L’auteur raconte les étapes de sa carrière, et l’on découvre un artiste qui se situe en dehors du commercial, ne produisant un nouvel album lorsqu’il avait quelque chose à dire, un message à transmettre.

Dans cet album, il y a aussi les poèmes et les histoires anciennes que lui racontaient sa maman et sa grand-mère Yaya Taous le soir au coin du feu dans leur village de l’Aït Lahcène. Il y a les sons de cette flûte taillée dans le roseau quand il était petit, et ces mélopées qui sortaient des mains et des lèvres des bergers qui gardent les troupeaux de chèvres dans les champs, les maquis et les oliveraies. Il y a aussi l’âme de Mumha, le forgeron du village dont les tambourinements du marteau sur l’enclume ont tapissé la conscience musicale du jeune garçon. Il y a les mots, les images, les tableaux de cette Kabylie éternelle que le poète Benmohamed et les textes signés par Idir ont su dessiner et sublimer. L’album est un condensé de l’âme kabyle, de cette culture, de ce patrimoine, de cette langue et de cette identité berbères que le pouvoir algérien a réprimés et combattus.

En nous disant qui était Idir, Farid Alilat décrit aussi en filigrane l’histoire des rapports entre la Kabylie et le pouvoir central algérien. Au-delà de l’aspect anecdotique de ce récit, il apparaît clairement qu’Idir fait partie de ces rares hommes capables d’atteindre l’universel.
Idir fut un pont entre la Kabylie et la France, entre les deux rives de la Méditerranée.
Kabyle, il le resta toute sa vie, mais il avait compris que cela devait s’intégrer dans un ensemble plus grand, une culture universelle, un humanisme véritable.
Il sut partager sa culture avec des chanteurs français comme Charles Aznavour, Francis Cabrel, Patrick Bruel. Mais aussi avec des artistes africains, la malienne Ramata Diaketé ou l’ougandais Oreyma.
Idir est l’ami, le frère ou le cousin que chacun de nous aurait aimé avoir. Il fait partie des hommes bons, de ceux qui donnent espoir en l’humanité.

Comme ce fut le cas pour moi, ce livre incitera le lecteur à aller plus loin avec Idir, en découvrant ou en réécoutant ses chansons et d’abord A Vava Inouva celle qui le rendit célèbre et qui fut reprise en 77 langues, un immense succès planétaire.

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